Yann Marussich a pris conseil auprès de médecins et de chimistes pour élaborer cette performance qui lui a valu le prix Ars Electronica 2008 dans la toute nouvelle catégorie ‘Art hybride’ – une catégorie visant à promouvoir, dans le domaine des arts médiatiques, les projets transdisciplinaires qui font largement appel à la recherche scientifique. On comprend alors qu’après le software et le hardware, c'est la wetware qui intéresse de plus en plus les artistes l’ère des biotechnologies. L’histoire des médias et ses théories laisse croire que les artistes se passionnent aujourd'hui à nouveau pour le corps puisque lui-même est le centre sur lequel les interfaces techniques se sont greffées. Ainsi, dans les années 1960, le théoricien canadien Marshall McLuhan prenait tous les médias en général pour des extensions du corps : il considérait la communication électronique comme un prolongement du système nerveux, la télévision comme un prolongement du regard, le train et les avions comme un prolongement des membres, etc. L’ordinateur, avec ses modèles mathématiques et ses langages de programmation, en était alors encore à ses balbutiements. La méthode de Yann Marussich est-elle mcluhanienne ? « Tous mes travaux prennent le corps pour point de départ – c’est ensuite seulement que je cherche les médias dont j’ai besoin. »
Les théories de McLuhan connaissent aujourd'hui une renaissance, alors que les biotechnologies remettent à l’honneur une tendance de philospher à partir de la dimension corporelle, et qui dépasse la pensée abstraite et la langue. Yann Marussich, lui aussi, se penche moins sur les langages de programmation, les protocoles HTML ou les abstractions sémantiques, car, d’après lui, « les mots peuvent mentir alors que le corps, lui, dans son état physiologique, en est incapable. » Sa stratégie porte sur la communication non-verbale, et cela exclut également tout geste susceptible d’être interprété comme une forme de langage. Yann Marussich a donc mis fin à sa carrière de danseur. « Il m’était tout simplement devenu impossible de m’exprimer par le mouvement. » Il se concentre désormais sur les changements imperceptibles du corps – sur les micromouvements qui donnent, à tort, une impression d’immobilité. Le titre de sa ‘performance’ – Bleu Remix – évoque un corps ‘samplé’, et d’ailleurs, c'est un DJ qui mixe en direct les remous intérieurs du corps de Yann Marussich.
A Linz, Yann Marussich a, « en toute logique » sué, transpiré, laissé s’écouler ses fluides et ses sécrétions au Musée Lentos - où justement sont exposés des objets d’art inanimés. Naturellement, ses fluides et ses sécrétions sont bleues. Car selon Marussich, le bleu est une « couleur artificielle pour le corps – jamais je n’utiliserais de marqueur biologique rouge ! » Ce n’est pas parce qu’il est corporel que l’art serait plus naturel.
- Interview et extraits de la performance






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