02/04/03
Ecrire pour écrire
QUAND SIMENON PARLE DE L'ECRITURE...
« Sincèrement, j’éprouvais un désir presque physique d’être à mon bureau, sans trac, sans le souci de créer, de faire une œuvre, d’animer des personnages. Mais d’écrire quand même. De ne pas me relire. De ne pas m’occuper de la correction des phrases, de leur mouvement, de leur vie. Ecrire pour écrire, ce qui, je le croyais à douze ans, constitue le métier d’écrivain. Et c’est peut-être vrai en partie. Seulement je ne suis pas écrivain, je suis romancier. Et le romancier ne connaît pas la joie d’écrire. En somme, le plaisir que je m’offre à 57 ans, c’est d’écrire enfin, de temps en temps, en amateur. »
Tapuscrit du "Petit Saint".
(Photo : © Collections du Fonds Simenon de l'Université de Liège)

« Hier, vers 3h45, je me suis installé à ce même bureau, le Do not Disturb aux deux portes, le café à côté de moi, quatre douzaines de crayons neufs fraîchement taillés, un bloc neuf aussi, de papier jaunâtre, et l’enveloppe de papier bulle avec les noms, âge, adresse, de mes personnages – une pile d’indicateurs de chemins de fer... Rideaux tirés, machine et pipes nettoyées... Bref, la routine qui a fini par tourner en superstition. » (Quand j’étais vieux)
« Pendant des années, mon principal effort a été de simplifier, de feutrer, de rendre mon style aussi neutre que possible afin d’épouser plus adroitement les pensées de mes personnages. » (1970)
Dernière page de la version manuscrite du "Petit Saint".
(Photo : © Collections du Fonds Simenon de l'Université de Liège)

A propos de l’abandon des Maigret : « Je me sentais, je me croyais assez fort pour délaisser une convention de plus, un support dont je n’avais plus besoin. Je me rapprochais de l’homme, de l’homme tout nu, de l’homme en tête à tête avec son destin qui est, je pense, le ressort suprême du roman. »
(L’Age du roman)
« J’écris avec des mots-matière, le mot vent, le mot chaud, le mot froid. Les mots-matière sont les équivalents des couleurs pures... (...) Prenez le mot fumier, par exemple. C’est un admirable mot-matière. Il y a dans l’odeur du fumier toute la fermentation de la matière animale qui est la base de la biologie. Qui renifle le fumier n’a pas peur de la mort (...) Avec un mot-matière, nous avons fait un tour biologique et philosophique. »
(Interview avec Thérèse de Saint-Phalle, Le Monde, 5 juin 1965)
Edité le : 22-04-04
Dernière mise à jour le : 02-04-03