Sortie du 8 juin 2005 - 09/06/05
El cielito
Un film de María Victoria Menis
Portrait attachant et sensible d'un vagabond qui se prend d'affection pour un enfant.
(Argentine / France, 2004, 93 min)
Avec Leonardo Ramírez, Rodrigo Silva, Mónica Lairana, Darío Levy…
Synopsis : Félix, jeune vagabond, arrive dans un village perdu d'Argentine. Son chemin croise celui de Roberto, un ouvrier au chômage. Celui-ci lui offre un petit boulot dans sa ferme où il vit avec sa femme Mercedes et leur bébé Chango. Sous le soleil brûlant de la Pampa, Félix découvre la brutalité quotidienne, violente et muette dans laquelle la famille survit. Le couple se déchire pendant qu'une véritable histoire d'amour se tisse peu à peu entre Chango et Felix. Ce solitaire n'a alors plus qu'un but : protéger l'enfant du chaos familial, coûte que coûte…
Critique : Il est des films qui, au-delà du voyage qu'ils proposent, autorisent une compréhension intime d'une réalité étrangère et demeurée jusqu'ici inaccessible. María Victoria Menis, cinéaste argentine, dans ses deux premiers longs-métrages, a dénoncé dans des satires grinçantes la politique et le système judiciaire corrompu de son pays en pleine déliquescence économique. Dans « El cielito »*, elle ne s'intéresse plus seulement à l'univers urbain mais à la vie à la campagne. L'errance de Felix le mène dans la ferme de Roberto où Mercedes, sa femme, continue, seule, ce travail de la terre que son mari déteste. Comme plus de la moitié de la population de ce pays, le couple vit dans la pauvreté et la violence qui en découle les entraîne vers une séparation brusque autant que prévisible.
Felix, spectateur neutre du drame familial, se prend d'amour pour leur enfant quasi-abandonné, Chango, qu'il tente de sauver d'un désastre annoncé. L'attachement de Felix pour l'enfant paraît crédible : il est lentement construit par touches, par petits détails, de petits gestes, par un jeu ou un sourire. La réalisatrice met toute son intelligence et sa subtilité à montrer ces sentiments-là sans forcir le trait ou caricaturer ses personnages. Felix et Mercedes vivent en accord avec la Nature. Ils parlent peu, communiquent sur l'essentiel et le film se base sur l'harmonie de leurs silences.
María Victoria Menis fait de ses paysans taiseux archétypaux des anti-héros touchants en suivant les codes du cinéma "behaviouriste" américain fondé uniquement sur l'observation dépouillée du comportement. Dans le dernier quart du film, La cinéaste montre à nouveau cette ville monstre de Buenos Aires mais du côté des démunis, des innocents ou des âmes perdues, des délaissés de la société. Felix et Chango échouent à se créer un modeste « cielito », leur coin de ciel bleu. Elle a pu tourner en décors naturels : dans une scène où Felix mendie devant la gare centrale dans l'indifférence (réelle) générale, la cruauté moderne n'en est que plus choquante. Jusqu'à la fin abrupte, María Victoria Menis perturbe, créée la surprise de scène en scène en retournant chaque situation attendue avec une lucidité sans faille.
*récompensé du prix CICAE et du prix ARTE au festival de San Sebastian 2004
Delphine Valloire
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El Cielito
Un film de María Victoria Menis
(Argentine / France, 2004, 93 min)
Avec Leonardo Ramírez, Rodrigo Silva, Mónica Lairana, Darío Levy…
Sortie le 8 juin 2004
Edité le : 07-06-05
Dernière mise à jour le : 09-06-05