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19/05/05

Emir Kusturica

  • Programmation spéciale Kusturica sur ARTE



Cinéma : Underground
Jeudi 19 mai à 20.45
Tracks, le magazine musical
Jeudi 19 mai à 23h25





  • Les vidéos : 







Conférence de presse à propos de "Super 8 Stories" : Berlin 2001 / Langue: Anglais

Emir en Live !!!











Berlin 2001 / O.Bombarda
 

Tendre barbare

L’homme ne manque pas de talents : réalisateur, auteur, musicien, critique de cinéma, professeur et altermondialiste, Emir Kusturica a par deux fois décroché la Palme d’or sur la Croisette. Cette année, il préside le jury du Festival.

Pour contacter Emir Kusturica, il faut téléphoner ou envoyer un fax. En effet « Rasta International », sa société de production à Belgrade, n’a ni adresse mél, ni site Internet. Faut-il y voir une attaque contre les médias électroniques ? Il avait déclaré un jour que ces médias rendaient le monde de plus en plus inhumain… En tous les cas, le maître est difficile à joindre, surtout en tournée. Avec son groupe de punk tzigane, « No Smoking Orchestra », où il tient la guitare basse, Kusturica est présent sur la scène internationale. En Turquie, en Belgique, à domicile en Serbie, puis à travers l’Europe, en Russie, en Israël et même en Amérique latine, il joue la musique de son dernier film« La vie est un miracle ». Mais régulièrement, il retrouve le chemin de l’Hexagone où il a longtemps vécu, d’abord à Paris, puis en Normandie avec sa famille. S’il se sent chez lui sur la Côte d’Azur, ce n’est sans doute pas étranger aux deux palmes d’or que le Festival de Cannes lui a décernées : l’une en 1985 pour « Papa est en voyage d’affaires », dans lequel il stigmatise la délation sous Tito, et l’autre en 1995 pour « Underground », un réquisitoire contre la guerre. Dix ans plus tard, il se retrouve à la tête du jury du festival. Grand honneur pour ce cinéaste qui sent son destin lié à l’agitation de la Croisette et qui dit d’ailleurs : « Je suis né plusieurs fois et je suis sûr que l’une de mes naissances à eu lieu à Cannes. »

Tout est guerre

Pourtant, la France n’a pas toujours été tendre envers Emir Kusturica. Son film Underground a été qualifié de politiquement incorrect - sans même l’avoir vu, Alain Finkielkraut avait reproché au musulman bosniaque ses sympathies pro-serbes. Kusturica a toujours refusé que l’on rejette la culpabilité de la guerre en Yougoslavie sur les seuls Serbes. Les accusations selon lesquelles son film « nazifierait » les victimes et défendrait les bourreaux ont tellement touché ce « tendre barbare » qu’il s’est livré à une polémique avec le philosophe dans le quotidien Le Monde, annonçant à cette occasion qu’il arrêtait le cinéma.
Kusturica a pourtant continué de tourner, et le thème de la guerre reste omniprésent dans ses films. « Pour moi, tout est guerre », avait-il un jour déclaré dans un magazine français à l’occasion de la sortie de son film « La vie est un miracle », l’année dernière. A ses yeux, la guerre est une sorte de « système de pensée » global, de « fascisme économique » qui forme la société et assure la cohésion du monde. A cet égard, Underground, qui commence par l’attaque aérienne des Allemands sur la Serbie en 1941 et se termine 50 ans plus tard aux prémices de la guerre en Yougoslavie, est sans doute son œuvre la plus ambitieuse et la plus aboutie. C’est l’histoire de deux amis, Marko et Blacky, qui s’enrichissent en vendant des armes et autres biens sur le marché noir pendant le siège allemand de Belgrade. Un jour que Blacky est en difficulté avec les nazis, Marko le cache dans sa cave avec d’autres réfugiés qu’il fait travailler. Pendant 50 ans, Marko invente des subterfuges pour faire croire à son ami que la guerre n’est pas finie - tandis que lui-même fait carrière comme haut fonctionnaire du régime de Tito. La manipulation médiatique d’événements historiques et politiques est au cœur du film. Un thème qui revient souvent chez Kusturica qui était à Paris quand les premiers combats ont éclaté en Yougoslavie, qui les a vus à la télévision, et qui juge présomptueuses les vérités brandies par ceux qui y sont étrangers. Le film est aussi un cri poussé contre l’atrocité de la guerre qui a déchiré son pays natal, la Yougoslavie. « C’est la vraie guerre, la guerre ultime. Quand un homme lève la main contre son frère », fait dire Kusturica au magouilleur Marko vers la fin du film. En mai 1995, lorsque Underground fait un triomphe à Cannes, la vraie guerre fait toujours rage.

La vie est un miracle

Dans les films de Kusturica, on rit, on pleure, on aime, on hait, on mange, on chie, on baise et on se bat – le cinéaste prend partie pour la vie ; il aime ses personnages et pourtant leur inflige des souffrances souvent à la limite du tolérable. Une cruauté pourtant entrecoupée de gestes de tendresse. Chez Kusturica, les miracles sont au programme. Ses films débordent de symbolique religieuse et d’images surréalistes qui semblent tout droit sorties des peintures de Marc Chagall. Les fiancées glissent dans les airs, des lits volants servent d’observatoire pour voir ce qui se passe au sol et, dans « Le Temps des gitans » (1989), le regard magique du jeune Perhan fait planer couteaux et fourchettes. « Je crois que les hommes doivent croire à quelque chose », dit Kusturica qui est coauteur de ses scénarios. La spiritualité doit garder ses personnages de la « religion du profit », on se souvient de l’étoile de David, du croissant de lune et de la croix accrochés au cou décharné du gitan Grga dans « Chat noir, chat blanc » (1998).

Un film n’est pas un hamburger

« Un gitan sans rêves est comme une église sans toit » dit Perhan, le petit gitan. Et Kusturica, que l’on dit pessimiste, a lui aussi des rêves. Par exemple son projet de construire au sud-ouest de Belgrade un village pour les artistes où seront organisés des ateliers sur le cinéma et d’autres arts, où il a l’intention de s’installer et de s’engager contre toute forme de globalisation. Peut-être le cinéaste rêve-t-il aussi d’améliorer le 7ème art en présidant le jury du festival de Cannes – on sait qu’il n’a pas grande estime pour son évolution actuelle : « En ce qui concerne le cinéma, nous approchons du degré zéro. Les films sont de plus en plus mauvais. » Kusturica ne fait pas mystère de son mépris pour l’éphémère Hollywood. S’il n’est pas resté aux Etats-Unis après le tournage de « Arizona Dream » (1993), c’est qu’il croit « qu’il existe encore une différence entre les films et les hamburgers ». Est-ce la raison pour laquelle les Etats-Unis ne figurent pas au programme de la tournée ? Il a en revanche prolongé de quelques semaines son voyage en Amérique latine, où il poursuit un nouveau projet : un documentaire sur Diego Maradona. Le dieu déchu du foot argentin fera certainement bonne figure dans la ligue des héros tragiques kusturiciens.

Maike van Schwamen pour ARTE Magazin


BIOGRAFIE D’EMIR KUSTURICA :
Né en 1954 à Sarajevo, dans l’actuelle Bosnie-Herzégovine, il fait ses études à l’Ecole de cinéma FAMU de Prague. Il a vécu aux USA et en France, a enseigné notamment à l’université de Columbia à New York. Aujourd’hui, il vit avec sa famille à Belgrade. Il joue de la guitare basse dans le groupe « No Smoking Orchestra ».

FILMOGRAFIE (extraits) :
La vie est un miracle (2004), Super 8 Stories (2001), Chat noir, chat blanc (1998), Underground (1995), Arizona Dream (1993), Le Temps des Gitans (1989), Papa est en voyage d’affaires (1985).

DISCOGRAFIE « NO SMOKING ORCHESTA » (extraits) :
La vie est un miracle (2004), Unza unza time (2000), Black cat, white cat (1998)

LIENS :
www.kustu.com
www.thenosmokingorchestra.com

Edité le : 06-05-05
Dernière mise à jour le : 19-05-05