Taille du texte: + -
Accueil > Comprendre le monde > Sur les traces du passé > Les enquêteurs > En marge de l’histoire officielle…

Sur les traces du passé

Grâce à sa série "Sur les traces du passé", ARTE aide les téléspectateurs à élucider leurs secrets de famille.

Sur les traces du passé

29/08/08

En marge de l’histoire officielle…

L’historien André Bechtold à propos de sa participation à l’émission « Sur les traces du passé », du rapport entre les grands événements historiques et le quotidien, et de son travail de détective en marge de l’histoire officielle. André Bechtold a été directeur du Castel Roncolo (près de Bolzano, dans le Haut-Adige) et travaille comme archéologue en Forêt-Noire. Ce musicien averti, adepte de randonnée équestre, a en outre vécu six mois comme au Moyen-âge.

Previous imageNext image
ARTE : vous avez participé au casting de la série. Qu’attendent les familles d’une recherche généalogique ?
André Bechtold: Nous avons reçu près de 500 demandes issues des pays germanophones, dont la plupart avaient une dimension dramatique. Nombre de candidats souhaitaient connaître leurs ancêtres, savoir dans quelles conditions leurs arrière-grands-parents étaient morts, s’ils avaient été mêlés aux événements historiques. Souvent, une recherche généalogique est motivée par l’absence d’informations essentielles et par la question de savoir si la pièce manquante du puzzle ne pourrait pas influer sur leur vie.
L’objectif d’une recherche généalogique est davantage de retracer l’histoire de personnes lambda que de savoir si elles ont pris part à de grands événements historiques, voire de rechercher un éventuel aïeul aristocrate.

Qu’est-ce qui vous fascine dans cette démarche ?
La recherche généalogique s’apparente à la recherche historique ; il faut « plonger » dans une autre époque. A partir de diverses situations apparemment simples, on peut se faire une idée des grands faits historiques et découvrir des perspectives parfois bouleversantes. Les cas que nous avons retenus devaient raconter une histoire et représenter un large éventail de la recherche généalogique. Chaque situation est unique et le généalogiste est la personne qui y est le plus impliquée. Certains d’entre eux se sont mués en véritables Sherlock Holmes. Parfois, il ne faut pas hésiter à creuser en marge de l’histoire officielle…

Y a-t-il un dossier qui vous tienne plus à cœur que les autres ?
Effectivement. Une historie me paraît particulièrement passionnante ; elle se déroule dans un quartier de Berlin mais a sans doute d’importantes ramifications historiques. Peu après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, un homme travaillant dans une fabrique de café a été convoqué à une réunion portant sur la situation générale de Berlin en matière d’approvisionnement. Il a pris son vélo pour s’y rendre mais n’est jamais arrivé à destination. Cette affaire est une véritable intrigue policière ; elle soulève les problèmes auxquels les Berlinois étaient confrontés juste après la guerre, de même que les questions habituelles après un changement de régime sur le rôle et la responsabilité des uns et des autres. Lorsqu’on lance ce type de recherches, on ne sait jamais sur quoi on va tomber et il n’est pas rare de découvrir des choses que les descendants ignoraient.

Comment expliquez-vous l’intérêt croissant du public pour la généalogie, l’histoire et les interrogations qu’elle suscite ?
L’histoire (c.-à-d. l’interprétation du passé) commence dès que l’on consacre du temps à la culture, autrement dit que l’on replace les destins individuels dans un contexte plus large. L’intérêt pour l’histoire est notamment plus grand à des moments où l’identité s’étiole, comme ce fut le cas en Allemagne à la fin de la Deuxième guerre. L’Europe d’aujourd’hui connaît elle aussi de grandes disparités et les gens cherchent à se définir par eux-mêmes. Avec l’amplification des flux migratoires, de plus en plus de jeunes s’intéressent à leurs racines.

Quels conseils donneriez-vous aux généalogistes débutants ?
En premier lieu : privilégier les témoignages de personnes vivantes. Si nos aïeux sont en vie, le mieux est de leur poser des questions, de les laisser parler et de noter toutes les informations en restant le plus neutre possible. Avant de se lancer dans des arbres généalogiques ou des programmes informatiques complexes, je conseillerais de tout faire "à la main". Une fois que les événements sont soigneusement consignés par écrit, on peut examiner les faits et tenter de « comprendre » l’histoire qu’ils sous-tendent. Ainsi, si on sait que son arrière-grand-père est né en 1882, on devrait se demander concrètement comment il a vécu : que mangeait-il, comment communiquait-il, où habitait-il, etc. ?
Deuxièmement : toujours faire preuve d’esprit critique, pour les questions comme pour les réponses. Beaucoup de personnes tournent en rond parce que leurs questions vont toujours dans le même sens et qu’elles ne retiennent que les réponses qui les arrangent. La recherche généalogique est un exercice complexe : il faut être ouvert face aux informations que l’on découvre, sans pour autant perdre de vue sa motivation initiale. Ainsi, lorsque j’entame une recherche, je ne sais jamais ce que je vais trouver et c’est très bien comme ça. Mais une chose est sûre, je finis toujours par trouver quelque chose.

Propos recueillis par Nicola Hellmann

Edité le : 25-06-07
Dernière mise à jour le : 29-08-08


+ de Comprendre le monde