Ancien journaliste, Christophe Graizon a coécrit le scénario de Grands reporters, le téléfilm de Gilles de Maistre, Prix spécial du jury à La Rochelle. Précisions sur une fiction d’un nouveau genre, tournée en situation réelle.
Quel a été le point de départ du film ?
Avec Gilles de Maistre, grand reporter comme je l’ai été, nous trouvions intéressant de montrer ce métier de l’intérieur, la prise de risques qu’il implique parfois, et surtout la solitude qui lui est inhérente. Car, sur le terrain, on rencontre des personnes et des populations dont on ne partage pas la vie. Et, au retour, on a du mal à raconter ces expériences, chargées en adrénaline, à des proches restés sédentaires. C’est un peu un exil des deux côtés. Les deux personnages du film l’assument : lui est relativement misanthrope, quand elle, débutante et plus moderne, voit dans ce contexte un terrain de jeu pour le storytelling. À travers eux, nous voulions opposer deux visions du journalisme, l’une plus objective et étayée, et l’autre émotionnelle. Il s’agissait aussi, par le biais de la fiction, d’entrer dans la logique et la vie quotidienne d’un pays parmi les plus pauvres du monde, le Tchad, pour témoigner de réalités comme la famine que les gens n’ont plus envie de voir.
Connaissiez-vous le Tchad ?
J’y avais fait mon premier grand reportage pendant la guerre de 1983, sans jamais y retourner depuis. Je me suis retrouvé à Abéché, une ville perdue du Centre-Est qui accueille aujourd’hui comme elle peut tous les réfugiés du Darfour et les ONG mondiales qui s’en occupent. C’était saisissant, parce que rien n’avait changé, alors qu’entre-temps des millions de dollars ont été versés pour développer l’agriculture, les adductions d’eau, etc. Où est passé l’argent ? Je n’en sais rien, mais les gens me racontaient les mêmes histoires que vingt-cinq ans plus tôt. À notre arrivée, un mouvement de rébellion parti du Soudan pour renverser le président Idriss Déby a fait long feu et s’est arrêté au milieu du pays. Mais, plus que de l’actualité brûlante, le film traite d’une réalité endémique, à savoir la famine dans les campagnes, délibérément entretenue par cette dictature que la France soutient, quand le pays pourrait s’autosuffire.
Qu’apporte ce type de fiction documentaire, tournée en situation réelle ?
C’est une première tentative, mais je crois que cette écriture apporte une vraie fraîcheur pour capter le public et le toucher. Gilles de Maistre a créé une fusion entre ce qui est de l’ordre du reportage et de l’ordre de la fiction, avec cette sensation que les acteurs improvisent un peu. Finalement, on entre dans quelque chose d’assez léger qu’on a toujours l’impression de surprendre. Et, au regard de la réalité là-bas, très pesante, il me semble que le film ne l’est pas. Les docu-fictions présentent cependant toujours une part de risques, car on marche sur un fil : dans ce décor réel, jusqu’où filmer la douleur des gens sans voyeurisme ? Un long débat éthique que nous avons eu. Si Gilles de Maistre a filmé sur place des enfants souffrant de malnutrition, c’est parce qu’il y en a.
Propos recueillis par Sylvie Dauvillier
mardi, 15 décembre 2009
| 14:45 |
Envoyer à un ami
Ma rediffusion
Grands reporters
Dans le Tchad en guerre, deux grands reporters font l'épreuve de leurs limites. Par Gilles de Maistre (L'hôpital des enfants), avec Bruno Wolkowitch et Toinette Laquière. |
|
DÉTAILS
Dossier
|
|
mardi, 15 décembre 2009 à 14:45Rediffusions :
Dans le Tchad en guerre, deux grands reporters font l'épreuve de leurs limites. Par Gilles de Maistre (L'hôpital des enfants), avec Bruno Wolkowitch et Toinette Laquière.
Claire est journaliste politique en France depuis dix ans. Elle rêve de grands reportages, de missions de terrain. À 30 ans, elle franchit le pas et s'embarque pour le Tchad. Pierre exerce ce métier depuis toujours. Il connaît l'Afrique et le Tchad, aime ces climats chaotiques. Pierre et Claire n'ont pas la même vision du monde ni de leur métier. Il est discret autant qu'elle est voyante. Elle veut faire arriver les événements alors que lui vient les observer. Deux méthodes opposées, deux solitudes, dans un pays en proie à la guerre et à la famine, secoué par l'exode des peuples massacrés au Darfour. Du côté des expats |
|






Envoyer à un ami
RSS
Facebook
Twitter