Grand reporter et documentariste maintes fois primé, Gilles de Maistre témoigne, à travers cette fiction-documentaire, Prix spécial du jury à La Rochelle, de son expérience. Entretien.
Pourquoi une fiction sur le métier de grand reporter ?
L’enjeu était de réaliser une fiction dans le monde réel, avec des incursions dans le documentaire. Grand reporter depuis longtemps, j’ai toujours eu des difficultés, de retour à Paris, à raconter mes émotions, au regard de la famine en Somalie, de la guerre à Beyrouth ou de la guérilla en Colombie. Des problématiques qui, en outre, intéressent peu les gens. À travers la fiction, je pouvais transmettre ce vécu, et montrer le réel de ce que j’avais vu. Avec le co-scénariste, Christophe Graizon, lui aussi journaliste, il nous a paru intéressant de confronter deux écoles de journalisme, l’une axée sur les faits et l’enquête et l’autre, incarnée par Claire, plus émotionnelle. Dans ce métier, il n’est pas toujours évident de trouver la juste nuance entre l’exigence de rigueur et la nécessité d’empathie pour impliquer le public.
Comment s’est déroulé le tournage, en situation réelle ?
Très compliqué, puisque par définition, le réel n’est pas maîtrisable. Il a fallu en permanence s’adapter, réécrire le scénario, en conservant sa cohérence à l’histoire. Nous avions choisi le Tchad, parce que ce pays d’Afrique francophone cumulait plusieurs problématiques : la famine, les camps de réfugiés, les enfants-soldats, les conflits ethniques avec, bien sûr, la crise incompréhensible du Darfour. Ce n’était pas simple d’emmener des comédiens dans ce pays dangereux et de les immerger dans le réel. Au préalable, une journaliste, Prune de Portal, avait préparé le terrain pendant des mois. Ensuite, pour plus de souplesse et mieux nous fondre dans le paysage, nous avons tourné avec une toute petite équipe (moins de dix personnes). Mais sans mon expérience de reporter, je n’aurais pas pu faire le film dans ces conditions.
Comment avez-vous travaillé avec les comédiens ?
Bruno (Pierre) avait déjà une expérience de l’Afrique au Niger, en résonance avec son rôle. Quant à Toinette (Claire), partie avec toute sa fraîcheur, elle a pris le réel de plein fouet, comme son personnage et elle a changé au cours du film. À travers elle, j’avais l’impression de me filmer, plongeant dans cet univers si loin de moi, petit Parisien. Devant ces enfants qui souffrent, on filme en ravalant ses larmes et on s’interroge sur l’utilité de ce métier. Toinette qui l’a vécu en accéléré pendant cinq semaines là-bas, m’a donné tout ce que j’avais pu ressentir. Au fond, à travers eux, j’ai filmé le contrechamp de ce que j’avais fait dans la vie, ce que j‘avais sur le cœur.
GILLES DE MAISTRE / ACTUALITÉ
2009 Adopte-moi (TV)
2007 Le premier cri (Cinéma)
2006 L’hôpital des enfants (TV)
2005 Urgence enfants (TV)
2004 La citadelle Europe (TV)
mardi, 15 décembre 2009
| 14:45 |
Envoyer à un ami
Ma rediffusion
Grands reporters
Dans le Tchad en guerre, deux grands reporters font l'épreuve de leurs limites. Par Gilles de Maistre (L'hôpital des enfants), avec Bruno Wolkowitch et Toinette Laquière. |
|
DÉTAILS
Dossier
|
|
mardi, 15 décembre 2009 à 14:45Rediffusions :
Dans le Tchad en guerre, deux grands reporters font l'épreuve de leurs limites. Par Gilles de Maistre (L'hôpital des enfants), avec Bruno Wolkowitch et Toinette Laquière.
Claire est journaliste politique en France depuis dix ans. Elle rêve de grands reportages, de missions de terrain. À 30 ans, elle franchit le pas et s'embarque pour le Tchad. Pierre exerce ce métier depuis toujours. Il connaît l'Afrique et le Tchad, aime ces climats chaotiques. Pierre et Claire n'ont pas la même vision du monde ni de leur métier. Il est discret autant qu'elle est voyante. Elle veut faire arriver les événements alors que lui vient les observer. Deux méthodes opposées, deux solitudes, dans un pays en proie à la guerre et à la famine, secoué par l'exode des peuples massacrés au Darfour. Du côté des expats |
|






Envoyer à un ami
RSS
Facebook
Twitter