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22/10/07

Entretien avec Ismaël Ferroukhi

Quels ont été vos premiers pas au cinéma ?
J’ai toujours eu envie de raconter des histoires, depuis que je suis petit. Au départ je pensais même écrire des romans.
Et puis un jour j’ai écrit une histoire liée à mon enfance. C’était vraiment un hasard, l’écriture était très visuelle, alors j’ai décidé d’en faire un film.

Est-ce que la rencontre avec Cédric Khan vous a poussé à faire du cinéma ?
Avec Cédric on se connaît depuis que nous sommes enfants. On vient de la même petite ville. Cédric avait déjà envie de faire du cinéma, alors que moi je n’y pensais pas. Puis quand j’ai tourné mon court, il fallait le monter et moi je n’y connaissais vraiment rien, alors j’ai demandé à Cédric de le faire. C’est comme ça qu’on s’est retrouvé, ici à Paris. Ensuite j’ai écrit avec lui son deuxième long métrage, il a monté mon deuxième court, et voilà… Pour moi c’était très important de fonctionner en binôme avec un ami. J’étais novice dans le cinéma et je n’avais pas les codes. Avec Cédric, j’étais tellement à l’aise que je pouvais parler facilement, il me comprenait parfaitement et puis il y avait cette envie de cinéma qui nous liait vraiment.

Aviez-vous à l’esprit des réalisateurs ou des films à imiter ?
Non, parce que je n’étais pas vraiment cinéphile, je n’avais pas cette culture. Je me suis servi de cette « ignorance » comme une force, j’étais libre de mes envies et de mes erreurs.

Souvent le premier film est une œuvre autobiographique.
Le grand voyage s’inspire de mon histoire même si je ne l’ai pas vécue comme ça. Mon père a fait ce voyage et je me suis inspiré de cette histoire et des choses vécues pour écrire mon film. C’est plus dans les sensations mais pas dans les événements.

Vous avez écrit le film seul.
C’était un peu long et un peu compliqué. J’avais envie de faire un film subtil, où les choses ne sont pas forcément dites…L’écriture était une étape fondamentale. Et puis surtout c’était mon premier film de cinéma et je voulais du cinéma, alors ça m’a pris un an...

Une des thématiques du film est la religion, même si elle n’est pas la plus importante. Comment l’avez-vous abordée ?
La religion était le prétexte et en même temps c’était important, parce que le rapport au père était aussi le rapport à la religion. Mais le centre du film pour moi est la relation entre ces deux êtres qui n’arrivent pas à se dire les choses, par pudeur, mais qui en ont envie. C’est vraiment ça qui m’intéressait. D’ailleurs le film ne parle pas de religion pendant une heure et demi, mais de comment s’aimer et se comprendre, sans devoir se transformer.

Il y a quelque chose qui est frappant dans le film : le père et le fils ne parlent pas la même langue. De surcroît ils sont dans un huis clos, une voiture…
Oui pour moi c’était un principe qu’ils ne parlent pas la même langue. C’était aussi une manière pour le père de transmettre des choses à son fils. Ce n’est pas à travers le language qu’ils communiquent dans le film, c’est à travers autre chose, des attitudes, des regards, des détails… les moments où ils ne se disent rien, pour moi sont les moments où ils se disent le plus de choses.

Les personnages et les paysages évoluent beaucoup au cours du voyage…
Le début du voyage se fait de nuit, mais c’est un voyage vers la Mecque, vers le soleil, donc ils sortent de plus en plus de la voiture, ils rencontrent d’autres gens, ils échangent. Le père au départ est presque cassé en deux, plié, et puis au fur et à mesure du voyage il se redresse, il se déplie.

Est-ce que le fait de tourner dans l’ordre chronologique vous a aidé ainsi que les comédiens ?
Oui, cela nous a beaucoup aidé : plus on avançait et mieux on se connaissait. J’ai vraiment joué sur le rapport entre mes deux comédiens, un grand acteur très expérimenté et un jeune à sa première expérience… C’était comme un père et un fils, ils s’observaient, ils s’étudiaient et je pense qu’à un moment donné ils se sont enrichis l’un de l’autre.

Ce n’est pas un peu compliqué pour un premier film de gérer un tournage où vous parcourrez 5000 km en voiture… ?
J’ai eu la chance de trouver un producteur qui a cru dans mon projet et dans ma folie (Humbert Balsan, aujourd’hui disparu, ndrl) ! Il fallait traverser dix pays, il fallait qu’il fasse beau, que tout se passe bien… On n’avait pas beaucoup d’argent pour le faire alors il fallait vraiment faire très attention. Je crois que j’ai eu la chance des débutants ou des inconscients, je ne sais pas… Parfois on passait vraiment entre les gouttes et nous ne savions jamais si le lendemain nous pourrions tourner…

Tout le film se passe quasiment dans une voiture avec deux personnages et puis d’un coup c’est l’explosion : la foule, l’architecture, les couleurs, nous somme à la Mecque. Comment avez-vous réussi à tourner là bas ?
En réalité ce sont les premiers images que j’ai tournées, parce que je m’étais dit que si je n’y arrivais pas, il n’y avait pas de film ! C’était très compliqué d’avoir les autorisations et de les faire respecter. J’ai su aussi que c’était la première fois qu’il y aurait des images tournées pour le cinéma. En réalité sur cinq jours, j’ai du tourner au maximum une journée et demi. J’ai essayé de me débrouiller et quand je suis rentré, j’étais totalement incrédule d’avoir réussi à le faire.

Que vous reste-t-il du film aujourd'hui ?
Il me reste une aventure inoubliable, une très belle amitié avec Nicolas Cazalé (l'un des comédiens) et aussi tout ce qui n’est pas dans le film et qu’on a vécu.
Ce fut comme une naissance : douloureuse, belle, forte et intense.




Entretien mené par Vittoria Matarrèse

Edité le : 17-10-07
Dernière mise à jour le : 22-10-07