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Femmes : pourquoi tant de haine ?

Des banlieues françaises aux États-Unis sévit un rap barbare et misogyne. Enquête sur le retour des violences machistes.

> Entretien avec Malika Sorel > Malika Sorel : un point de vue engagé

Femmes : pourquoi tant de haine ?

Des banlieues françaises aux États-Unis sévit un rap barbare et misogyne. Enquête sur le retour des violences machistes.

Femmes : pourquoi tant de haine ?

THEMA : "Femmes : pourquoi tant de haine ?" - 31/08/10

Malika Sorel : un point de vue engagé

Malika Sorel, qui participe au débat de la Thema « Femmes : pourquoi tant de haine ? », apporte un point de vue engagé sur les questions soulevées par les deux documentaires.

Malika Sorel est membre du Haut conseil à l'intégration. Elle a publié l’ouvrage "Le puzzle de l'intégration - les pièces qui vous manquent" (Mille et une nuits). Ingénieure de l’École polytechnique d’Alger et diplômée d'un troisième cycle de Sciences-Po, elle a occupé la fonction d’ingénieur, puis celle d’ingénieur d’affaires et de recrutement de cadres dans des PME appartenant au secteur de la défense et des télécommunications.


Avez-vous été surprise de la violence des propos tenus par les jeunes dans le documentaire ?
Non, pas le moins du monde, non plus d’ailleurs que des expressions des visages, car j’ai déjà vu tout cela dans une autre vie, de l’autre côté de la Méditerranée. Du fait de l’importance des flux migratoires, il était hautement prévisible, en raison même du fonctionnement de ces populations, qu’elles reformeraient leurs sociétés d’origine sur la base de leurs propres normes collectives. Il est par ailleurs important de mentionner que la crise morale, intellectuelle et politique profonde que traverse notre société y aura grandement aidé. Notre société doute en effet profondément, et n’a plus guère confiance en elle-même ni en ses ressorts profonds.


On n’a eu de cesse, bien au contraire, de se voiler la face devant la réalité des situations qui se produisaient sur le terrain, hantés par la seule crainte de la stigmatisation.

Comment décririez-vous les visions qu’ils ont de la femme ?
Il n’existe à leurs yeux que deux catégories possibles pour une femme : « pute » ou « soumise ». C’est, bien malheureusement, cette vision de la femme qui leur est transmise dès le plus jeune âge au travers de l’éducation qu’ils reçoivent. Les femmes qui refuseront de se soumettre aux lois ou contraintes édictées par le groupe devront le plus souvent subir l’enfer sur Terre. Ce n’est pas du tout fortuit que Fadela Amara ait choisi d’intituler son association comme elle l’a fait. Il eût été salutaire de préciser qu’il ne s’agissait nullement là d’une évolution de la vision de la femme dans la société française du XXe siècle, mais que nous nous trouvions confrontés, pour un certain nombre de raisons, à une vision importée. Si cette vérité avait été dite par les pouvoirs publics, cela aurait aidé les populations de l’immigration à intégrer les données propres à la société française. Non seulement cela n’a pas été fait, mais on n’a eu de cesse, bien au contraire, de se voiler la face devant la réalité des situations qui se produisaient sur le terrain, hantés par la seule crainte de la stigmatisation. Ajoutons également la dictature du relativisme culturel et l’idéologie de la diversité culturelle, qui ont peu à peu pris en otage notre société. Voilà ce qui a constitué un formidable terreau pour la transplantation d’une misogynie qui se traduit par une rare violence non seulement à l’égard des femmes, mais également à l’égard d’hommes qui ne sont pas reconnus comme de « vrais » hommes.

Comprennent-ils la gravité de leurs paroles ?
Non, pas du tout, et le reportage le met très bien en évidence. La gravité se jauge en effet au regard de son propre référentiel de valeurs et de principes. Ce que nous avons vu et entendu dans ce reportage est extrêmement grave au regard des normes collectives de la société française. Cela ne l’est pas pour eux. Leur comportement est tout à fait rationnel. Il répond aux exigences de leur milieu, et correspond simplement au respect de l’enseignement qui leur a été transmis au sein de leur famille, de leur environnement, de leur société. Ces jeunes gens ont le grand mérite de s’exprimer de manière honnête, directe et claire. D’autres ont adopté un double langage qu’il est alors plus difficile, pour le profane, de décrypter.

D’où vient cette obsession de vouloir tout contrôler ?
Pourquoi vouloir tout contrôler ? Dans certaines sociétés, il ne suffit pas de respecter soi-même les valeurs du groupe. Incombe également à chacun la responsabilité de veiller à ce que l’ensemble des normes collectives soient respectées par tous les autres membres du groupe. Le contrôle social sur chaque individu est donc permanent. Inutile de préciser que ce mode de fonctionnement donnera naissance à des êtres qui auront le plus grand mal à grandir détendus et sereins. Cette obsession de vouloir tout surveiller, tout contrôler se nourrit de la conviction, transmise par l’éducation, que le salut de chacun dépend non seulement de son propre comportement, mais également de celui de son entourage.

Les filles semblent prendre à leur compte certaines de ces thèses et réflexes. Est-ce une façon de s’en protéger ?
Se soumettre pour ne pas risquer les foudres du groupe, et même devenir soi-même un loup pour ne pas être attaquée par les autres loups ? C’est une stratégie qui peut parfois être adoptée pour tenter de se construire une bulle d’oxygène ou un instant de répit. Mais il y a en réalité bien plus préoccupant pour notre société : c’est le défi que constitue une éducation conduite comme un « lavage de cerveau », une dépersonnalisation destinée à mieux piloter les personnes. C’est un processus voisin de ce qui a été observé sous certains régimes totalitaires. Cette éducation fabrique des êtres qui éprouvent les plus grandes difficultés à devenir libres au sens où l’entend notre société, à savoir des individus qui disposent d’un libre arbitre, d’une autonomie de décision, d’un sens critique et d’une véritable capacité de raisonnement. C’est là qu’il faut chercher les raisons du malheur de nos enseignants, qui ne sont pas confrontés à une simple problématique de transmission des savoirs, mais à un problème autrement plus complexe qui dépasse de très loin la mission de l’école. Avec une éducation qui de plus n’hésite pas à recourir à la violence psychologique, morale et physique, il n’est pas du tout surprenant que beaucoup de filles constituent à leur tour des maillons de la chaîne et contribuent à la perpétuation du système. Pour ne pas renforcer l’effet pervers d’une telle éducation, il est important de veiller à ne pas verser dans la communautarisation, ce qui se produit lorsque l’on traite au niveau politique avec des communautés ou lorsque l’on considère les êtres sur la base de leur supposée appartenance ethnique ou raciale. Il faut au contraire s’attacher à traiter avec les seuls individus, sur la base de leur appartenance à la famille humaine.

Interview réalisé par David Carzon

Edité le : 30-08-10
Dernière mise à jour le : 31-08-10


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