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L'embrasement

Retour sur la mort de deux adolescents à Clichy-sous-Bois qui a provoqué les émeutes de l'automne 2005.

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L'embrasement

Retour sur la mort de deux adolescents à Clichy-sous-Bois qui a provoqué les émeutes de l'automne 2005.

L'embrasement

05/11/10

Entretien avec Philippe Triboit – réalisateur

En revenant, à travers le prisme de la fiction, sur l’« affaire Clichy » un an après les événements, Philippe Triboit prend des risques assumés. Entretien avec un réalisateur qui cherche à décrypter le réel de l’intérieur, sans juger.

« Ce film retrace à partir des éléments en notre possession, l’enquête sur les circonstances de la mort des deux jeunes gens. C’est aussi, plus largement, en mélangeant personnages réels incarnés par des acteurs et personnages inventés, une volonté de saisir un climat qui a rendu possible l’un des événements les plus graves de notre histoire immédiate. »

Marc Herpoux et Philippe Triboit



  • N’était-ce pas risqué de mêler aussi étroitement fiction et réalité ?
Quand Fabienne Servan Schreiber, la productrice, nous a proposé d’adapter « L’affaire Clichy », journal au quotidien des avocats des victimes, Marc Herpoux et moi avons eu envie d’élargir le propos et d’intégrer leur démarche à une sorte de polaroïd de la situation en banlieue. En éclairant l’intime en profondeur, la fiction permet d’apporter un regard différent de celui du documentaire sur l’histoire contemporaine, à condition de se fixer des limites : être rigoureux avec les faits et avec notre morale personnelle. Nous avons ainsi respecté une chronologie très précise des événements et veillé à ce que les personnages réels et fictifs ne se croisent jamais dans une même scène, pour éviter toute manipulation. Seul le journaliste belge, ce témoin qui n’influe pas sur le cours des choses,  rencontre les uns et les autres.

  • Pourquoi avoir privilégié la version des victimes ?
Comme les policiers ne veulent pas communiquer dans cette affaire et que l’instruction se poursuit, nous ne voulions pas extrapoler. Nous nous sommes donc bornés à imaginer leur ressenti du quotidien, à travers le regard de Sylvie. Un travail d’invention romanesque qui est le même que pour Ahmed, le jeune émeutier. Et comme dit le film, je commence à être persuadé que les jeunes courent quand ils voient des policiers et que les policiers courent quand ils voient des jeunes, même si ce degré d’incompréhension est, à mon sens, en train de bouger. Mais il faut bien comprendre que ce film a été fait pour rééquilibrer les voix et faire entendre celle des victimes, puisque la version officielle -celle du ministre de l’Intérieur et de la police- a été largement diffusée par les médias qui vont aujourd’hui trop vite, sans aucun contrôle.

  • Comment s’est déroulé le tournage à Clichy-sous-Bois ?
Après avoir obtenu des familles des victimes et du survivant Muhittin Altun, l’autorisation de faire le film, nous avons été aidés par l’association Au-delà des mots qui s’est créée à l’époque des faits. Je crois que les gens étaient sensibles au fait que des personnes extérieures s’intéressent à cette affaire et essaient d’y voir plus clair. De mon côté, je me suis engagé à intégrer des habitants à l’équipe et à prendre des figurants locaux. Du coup, le tournage s’est déroulé dans un climat de respect mutuel et de confiance totale. Et avec le soutien de la mairie, nous avons pu filmer les reconstitutions sur les lieux-mêmes. Au final, je crois que ça a été le tournage le plus facile de ma vie.

Propos recueillis par Sylvie Dauvilliers


Biographie
Philippe Triboit travaille essentiellement pour la télévision depuis 1980. Il a réalisé plusieurs épisodes de séries : Engrenages, Trois femmes flics, Avocats & associés et Madame la Proviseur. Il a également à son actif plusieurs téléfilms dont dernièrement l’adaptation de Bel ami (2005).

Edité le : 28-11-06
Dernière mise à jour le : 05-11-10