L’an 909 après J.-C. a marqué un tournant dans l’histoire du monde, même s’il reste largement inconnu en Europe. C’est à cette date qu’à Tonina, dans l’actuel Chiapas au Mexique, que fut gravée dans la pierre la dernière mention d’un roi Maya. A cette date qu’aurait donc disparu l’une des civilisations les plus fascinantes de l’histoire de l’humanité. Quelle est la cause de cet effondrement, des siècles avant l’arrivée des conquistadors sur le continent américain ?D’innombrables chercheurs et historiens se sont cassé les dents sur cette question. Pourtant, l’image semble maintenant se préciser, grâce notamment à des fouilles récentes et à d’énormes progrès dans le déchiffrement de l’écriture maya ces dernières années. Ce qu’ont trouvé les archéologues n’est pas sans rappeler l’histoire récente de l’Europe : à partir du 6e siècle, le destin du pays maya se forge dans deux cités-Etats, Tikal, dans l’actuel Guatemala, et Calakmul, dans le Yucatán mexicain. Aujourd’hui encore, Calakmul n’est accessible que par une piste poussiéreuse, et seules quelques ruines ont été mises au jour. Mais les recherches effectuées ont d’ores et déjà révélé l’immense étendue de la cité d’antan : elle a compté plus de 6000 bâtiments, ce qui fait d’elle la plus grande ville jamais construite par les Mayas. Pendant des siècles, cette cité-Etat est la grande rivale de Tikal, et les guerres qui les opposent, directes ou indirectes, se succèdent. Calakmul réussit d’abord à s’imposer, puis c’est Tikal qui l’emporte dans cette guerre des super-puissances à la fin du 7e siècle. Pourtant, l’incroyable effervescence bâtisseuse qui s’ensuit (selon le chercheur allemand Nikolai Grube) prend fin sans raison apparente ; la dernière inscription retrouvée à Tikal date de l’année 869. C’est à cette époque que disparaissent les rois divins. Les métropoles se vident de leur population, seuls quelques habitants restent sur place « comme des squatteurs dans une ville à l’abandon » (Nikolai Grube).
Ce déclin, c’est très probable, a des causes multiples. Les chercheurs savent que la fin de la période classique des Mayas a été marquée par des famines qui, elles aussi, ont sans doute plusieurs causes : d’une part, des indices laissent penser qu’à cette époque, il y a eu un changement de climat et une baisse du niveau des nappes phréatiques, d’autre part, la forte croissance démographique des Mayas a fini par entraîner une surexploitation des ressources. Conséquences : érosion des sols et baisse de leur fertilité. La forêt a par ailleurs été inconsidérément décimée.
Nikolai Grube pense que la dislocation de la civilisation Maya s’explique aussi par un facteur politique. Tikal, peut-être dépassée par le contrôle logistique d’un territoire si vaste, peine à maintenir son hégémonie. Les uns après les autres, des princes d’Etats auparavant indépendants se mettent à prétendre au statut de roi divin. De simples fonctionnaires font ériger des statues à leur effigie, un privilège jusque-là réservé aux souverains. Le pouvoir royal est si éphémère que le temps ne suffit même pas pour achever un autel commandé par la cour. Une fois rompu l’équilibre de la terreur entre Calakmul et Tikal, le pays s’embrase au milieu du 8e siècle. Michael Zick, spécialiste des Mayas, parle à ce sujet de « balkanisation » du territoire maya.
En un temps record, les villes se dépeuplent – de Palenque à Chichen Itzá, de Calakmul à Tikal, d’Uxmal à Caracol. Ironie de l’histoire, c’est sur l’un des lieux les plus visités que le déclin est le plus visible : à Tulum, la seule cité maya sur le littoral. Le cadre grandiose – sur fond de cocotiers et des eaux turquoise de la Mer des Caraïbes – ravit la plupart des visiteurs venus des stations balnéaires toutes proches, Cancun et Playa del Carmen. La beauté du site est indéniable – à première vue, ou d’un point de vue touristique. Mais si l’on y regarde de plus près et si l’on a déjà visité l’un des grands sites mayas, le doute s’installe : comparativement, les constructions de Tulum sont minuscules ; et pourquoi n’y a-t-il pratiquement aucun mur droit dans cette cité ? Tout semble bizarrement de guingois… Et effectivement, les constructions de Tulum datent de l’an 1000, donc de la période post-classique. Les descendants des réfugiés de Tikal ou de Calakmul seraient-ils venus s’installer ici ? En tout cas, ils avaient depuis longtemps perdu le savoir-faire de leurs aïeuls. Pas d’erreur, seul le site est réellement grandiose…
Pour aller plus loin :
- Les extraits vidéos du documentaire
- Une sélection de livres sur le sujet,
- Une sélection de liens,
- Le détail du programme
- Une carte de la région






Envoyer à un ami
RSS
Facebook
Twitter