"Rubber" de Quentin Dupieux - 16/05/10
Esthétique du caoutchouc
Un reportage de Bertrand Loutte
Du "Steak" au pneu, ce n’est pas uniquement une question de cuisson. "Rubber", apologie du creux, du vide et de l’idiot, est le nouveau film out of nowhere de Quentin Dupieux, poil à gratter O combien nécessaire dans le paysage plan plan du cinéma français. Non content d’apporter des propositions esthétiques inédites et réjouissantes, Dupieux souffle dans les bronches de l’industrie et nous convainc, pneu à l’appui, qu’économiquement parlant, tout ou presque est à plat.
"Steak" fut un bide. Ce fut surtout une terrible erreur de l’industrie, tentant de vendre comme une comédie franchouillarde un film autiste et picturalement renversant. Quentin Dupieux, compositeur electro sous le nom de Mr. Oizo et créateur de la peluche Flat Eric, a su en tirer les leçons. D’abord, Dupieux est un des rares à reconnaître la vérité d’un tournage cinéma, qu’on soit metteur en scène ou maquilleuse : on s’y emmerde beaucoup, et en trop grand nombre. Ensuite, il balaie les diktats.

"Rubber"Un film de Quentin Dupieux
Avec Stephen Spinella, Roxane Mesquida, Jack Plotnick, Wings Hauser
Realitism FilmsFrance, 85 mn
Site officiel 
Pour conjurer l’expérience "Steak", il a décidé de revenir à l’époque de "Non Film", son premier long métrage, voire à celle de ses tournages solo. Equipe réduite au minimum et Do It Yourself en fronton de plateau. Dans le désert californien, il tourne Rubber, l’histoire d’un pneu serial killer et télépathe. Et le tourne avec le tout nouveau Canon EOS 5D, un appareil photo doté d’une fonction vidéo capable de rivaliser les caméras HD. Encore faut-il savoir bidouiller avec, ne pas se contenter de reproduire les réflexes cinéma, d’être dans l’imitation stérile d’un tournage en 35mm.
A l’arrivée, une lumière magnifique, et un geste esthétique qui va bien au-delà de l’argument concepto-potache du film. "Rubber" tient la route.
Edité le : 16-05-10
Dernière mise à jour le : 16-05-10