L’eldorado américain. Encore et toujours Le pays de l’oncle Sam continue d’être la première destination au monde pour les immigrants clandestins et ils sont plus de 11 millions d’illégaux aux Etats-Unis aujourd’hui. La Californie est le symbole de cette migration. Près de la moitié de la population est latino. Un simple tour dans les rues du centre de Los Angeles ou de San Diego suffit pour s’en rendre compte. Derrière chaque petit boulot ou presque, on trouve un travailleur chicano. Souvent en situation irrégulière et mal payé. C’est une communauté nombreuse mais silencieuse.
Jusqu’à cette journée historique. Ce matin de printemps, le 10 avril dernier… Ce jour là, ils sont plus d’un million à oser descendre pour la première fois dans la rue. Toutes les grandes villes américaines sont touchées. Même Dallas au Texas. Des manifs aux Etats unis c’est rare. Alors une manifestation de sans papiers... c’est tout simplement du jamais vu.
Les petites mains du rêve américain veulent être reconnues et le font savoir: "Nous voulons une amnistie pour tous les immigrés clandestins. Nous sommes des travailleurs. Nous gagnons notre vie honnêtement et on nous traite comme si nous étions des voleurs. Nous sommes la force de travail des Etats-Unis et nous voulons que ça se sache.
Il y a beaucoup d’étudiants immigrés qui ne vont pas pouvoir continuer leurs études parce qu’ils n’ont pas de papiers. L’état ne veut plus leur donner de bourse. Que vont-ils devenir?On veut nous obliger à continuer de travailler pour un salaire de misère".
C’est un projet de loi qui a déclenché la colère de la foule. Le texte propose de régler la question des illégaux de façon drastique. S’il est adopté, la police locale pourra faire des contrôles d’identité. Toute personne en situation irrégulière sera passible de 5 ans de prison. Le texte propose de criminaliser à l’avenir tous les immigrés clandestins. Mais pas seulement. Tous ceux qui les aident aussi: " Moi je suis infirmière. Les gens comme moi vont être pénalisés. Les docteurs, les prêtres et tous les gens qui sont amenés à aider ou soignent les sans papiers risqueront la prison".
Un peu partout on trouve des drapeaux aux couleurs du Mexique du Honduras, du Guatemala. Mais les manifestants, brandissent surtout la bannière étoilée américaine en signe d’assimilation. Cette famille souhaite être régularisée. Le père et la mère sont mexicains sans papier. Les enfants nés ici sont Américains. Du haut de ses six ans, la petite Amel s’improvise pour ses parents interprète et porte parole de toute la famille: "On adore être ici parce qu’on travaille, il y a du boulot et tout ça. Et aussi on peut avoir une nouvelle vie. Et on n’a pas de problèmes. Mon père travaille, il coupe des arbres et il en plante. Il travaille dur. Il a un métier difficile. Il essaye d’apprendre l’anglais mais il a beaucoup de boulot".
Le travail est pénible. Les petits salaires la famille Solano connaît bien. Le jour la mère travaille comme serveuse dans un restaurant. C’est le père qui s’occupe des enfants jusqu’au soir avant de prendre son service dans une usine. Pour eux comme pour tellement d’autres familles mexicaines l’application de cette loi serait un déchirement. Elle signifierait l’expulsion de trois d’entre eux : "Beaucoup d’entre nous travaillent pour 6 dollars 75 de l’heure. C’est grâce à nous que les Etats-Unis connaissent une telle croissance économique. Nous travaillons dans l’ombre. Et en plus l’argent que nous gagnons ici, nous le dépensons ici".
Une jeune fille: "Si vous allez chez MC DO aujourd’hui vous payez 5 dollars 95 pour un hamburger. Si tous les immigrés s’en vont le prix passera à 15 dollars".
L’Amérique et le Mexique. Un mur d’acier les sépare désormais. Pour tenter d’enrayer l’immigration clandestine, les autorités californiennes ont construit cette séparation de trois mètres de haut sur plus de 23 kilomètres de long.
A Tijuana, ville frontière, le rêve est à portée de regard. ils arrivent par milliers, de tout le pays et même d’Amérique du sud avec leur rêve ce désir tenace plus confortable. La plupart sont épuisés par les épreuves du voyage.
La maison des migrants sur les hauteurs de la ville, leur offre un peu de réconfort. Ils peuvent s’installer ici quinze jours. Pas un de plus. Ensuite ils doivent reprendre la route. La plupart tente de passer de l’autre côté.
Martin Célédon Garcia est ici depuis onze jours. Ce soir avec son compagnon de chambrée. Ils vont tenter de franchir le mur: "En allant aux Etats-Unis, je vais gagner en un jour je gagne le salaire pour 5 jours de travail ici. Et avec ça je vais pouvoir faire vivre cinq personnes. C’est pour ça que je veux aller en Amérique. Dernièrement, ils ont vraiment commencé à nous traiter comme des criminels. On nous fouille. Mon frère a essayé de passer il y a quelques jours. Et l’ont arrêté et ils m’ont frappé".
En 3 ans, Martin est passé déjà cinq fois. Le Mexique il y revient quand il peut pour voir sa famille surtout pendant les fêtes religieuses. Mais depuis quelques temps les choses se compliquent. C’est que depuis un an c’est beaucoup plus difficile. Ils ont doublé le nombre de gardes frontière.
En face En Amérique juste de l’autre derrière le mur. Pour certains cette construction métallique est bien plus qu’une frontière. C’est une insulte au Mexique. Un véritable dispositif militaire. C’est en tous cas ce que pense Enrique Morones, un Américain d’origine.
Avec son association les « Border angels», il porte assistance aux migrants: "Parfois on peut apercevoir des immigrants. Parce que c’est le Mexique juste là…On peut voir la route d’ici…Cette taule là, elle provient des plaques les débarquement de la première guerre du golfe. Ils en ont utilisé au Vietnam, pour envahir l’Irak aussi. Ils s’en servent pour se poser ou débarquer dans la jungle ou le désert. Oui, je suis totalement opposé à cette militarisation de la frontière. Parce que le Mexique n’est pas notre ennemi".
Nous sommes sur la zone depuis moins de 5 minutes et déjà la patrouille est là avec les grands moyens.
Enrique: "Là, regardez. C’est un hélicoptère de patrouille… Ils veulent vérifier et voir qui on est. Ils vont faire une sorte de tour du secteur de la frontière".
Un garde: "Vous avez une autorisation pour être ici. Non vous pouvez pas. Vous devez circuler".
Le secteur est équipé de caméras et de détecteurs de vibration au sol. Le moindre mouvement humain déclenche ce genre d’intervention. Avec un tel dispositif le passage est de plus en plus improbable. Mais le flux ne diminue pas pour autant. Les clandestins s’accrochent à leurs rêvent et prennent toujours plus de risques.
Enrique : "Il y a beaucoup de femmes et d’enfants qui essaient de passer. Trois personnes meurent par jour. Ç'est-à-dire qu’aujourd’hui, rendez-vous compte, trois personnes vont mourir en passant la frontière en venant du Mexique vers les Etats-Unis. Et ca pourrait être juste là. En Californie, dans ces montagnes, il y en a eu plusieurs les mois derniers. Ça ne devrait pas arriver. Nous on dit 'Niu muerte mas'. Assez de morts".
A 800 km de là, plus à l’est : L’Arizona. Depuis un peu plus de deux ans, les points principaux points de passage se font par ici. Les migrants fuient le mur trop difficle à franchir et tentent de passer par les montagnes et le désert. Les gardes frontières sont débordés.
Pour tenter d’enrayer le flux, des civils viennent leur prêter main forte. On les appelle les "minutes-men". Ce sont tous des bénévoles. La plupart sont retraités, les autres ont pris sur leur temps de vacances pour venir scruter l’horizon dans le désert.
Au quartier général, dans une atmosphère de milice, chapeau de cow-boy, casquette et colt à la ceinture, la soirée s’organise. Le chef de la section Echo donne les consignes en choisissant bien ses mots : "N’approchez pas les clandestins. Vous ne devez avoir aucun contact physique avec eux. Sauf peut-être peut-être pour leur donner à manger ou à boire. Si vous voyez quelque avec un gros du sac à dos, il transporte sûrement de la drogue. Ou s’il a un fusil. Ça se voit tout de suite. Et si vous apercevez un pistolet, dans ces cas on passe en code noir. Silence absolu. Pas de lumière. Et on appelle dès qu’on peut le QG pour qu’ils préviennent les gardes frontières".
En tout, dix huit équipes de deux personnes partent vers leur poste d’observation.
Il est 5 heures de l’après midi, c’est l’heure à laquelle les migrants clandestins sortent de leur cachette dans le désert et reprennent leur route vers le nord. Les minutes men tentent de les repérer...
S’ils remarquent quoi que soit, interdiction formelle d’intervenir. Ils doivent aussitôt prévenir par radio la patrouille des gardes frontières: "Celles là sont toute fraîches. Elle date datent probablement d’aujourd’hui. Vous voyez qu’elles viennent de par là, du sud, la direction du Mexique. Il longe la vallée en direction du nord et de Tucson. Y’a du très frais là-bas".
L’installation n’est pas encore terminée. Mais déjà, les mouvements commencent. Le poste 8 : Ils en ont repéré 10. A peu près huit peut-être. La patrouille est en route.
Le bruit a couru au Mexique que le gouvernement américain envisage de régulariser les immigrés. Alors ils se ruent tous ici. On voit beacoup de petits groupes. Ils n’ont même pas de passeur. Ils veulent venir par tous les moyens. D’après les gardes frontières, le nombre de clandestins interppelé a doublé par rapport à l’année dernière.
Un Minute-man : "Une fois que ces gens là sont là, ils ont des enfants qui naissent ici. Et bien ces mômes là vont aller dans nos écoles. Ils ne parlent même pas anglais. Il faut des professeurs qui enseignent dans les deux langues. Ça nous coûte très cher. Et en plus ça pénalise nos enfants. Lorsque le professeur parle espagnol, les petits Américains ne comprennent pas. On est perdants dans tous les cas".
Les minutes-men traquent et dénoncent, Enrique Morones lui de prend le contre-pied. Il choisit d’aider ceux qui traversent. Toutes les semaines il ravitaille en eau une vingtaine de points stratégiques.
Certains y voient une incitation à enfreindre à loi. Lui parle de geste simple qui sauvent des vies : "Quand les gens traversent le désert ils cherchent des repères comme ces lignes téléphoniques. Le passeur leur disent de les suivre. En continuant toujours vers le nord. C’est pour cela qu’on a choisi cet endroit. La plupart des migrants se déplacent la nuit. Ils ne peuvent rien voir. A moins que quelque chose n’attire leur attention. Mais quand ils passent,ils voient cette lumière. Alors ils voient aussi les bidons qu’on a déposés. 10 000 personnes sont mortes en essayant de venir travailler aux Etats unis. C’est pas juste. Il faut quelque chose. C’est pour ça que nous, les border angels, nous allons continuer à déposer des bidons d’eau ici l’été et des couvertures l’hiver".
Retour en Arizona chez les minutes-men.
Minute-man: "L’avenir s’annonce bien sombre.Si ça continue comme ça, dans 10 ans l’Amérique n’aura plus rien à voir avec ce qu’elle est aujourd’hui".
- Ça sera comment ?
- Ça sera le Mexique. Ils sont 20 millions. Imaginez s’ils amènent leurs familles. Ca va faire combien de personnes en tout? J’en sais rien. Mais ça va être énorme.
Vers minuit Fin de l’opération. La soirée de traque a été plutôt calme. Les minutes-men retournent à leur quartier général pour un débriefing…. Le groupe de huit migrants repérés un peu plus tôt a pu être interpellé par la patrouille de la police des frontières.
Un Minute-man: "Ce groupe, ces gens , viennent d’un village, une ville où je ne sais quoi, au nord de Mexico. J’ai aidé les gardes frontières pour les recherches, c’est comme ça que je le sais. Il y avait une fille avec eux. Vous croyez qu’ils sont pauvres. Et bien, elle porte un collier en or 18 carats avec un médaillon gros comme ça. Et un des mômes avait une liasse de billet épaisse comme ça dans son sac".
- C’est peut-être tout ce qu’ils possèdent.
-Et avec ça ils demandent l’amnistie ?
Peu de compassion chez les minutes-men dans ces discours aux relents nationalistes. Mais ils expriment tout de même une angoisse que partage dans une certaine mesure de nombreux Américains. Dans un sondage publié en mai : 90% de la population considére l’immigration clandestine comme un sérieux problème pour l’ensemble des Etats-Unis.
Même l’église catholique reconnaît qu’il faut agir…
Ici, à San Diego en Californie de nombreux évêques, et beaucoup d’autres hommes d’église latinos ou non se sont engagés pour défendre les sans papiers. Certains d’entre eux ont aidé à organiser les manifestations. Mais ils reconnaissent tout que l’immigration doit être contrôlée: "Avec ce flot aux frontières, on se rend compte qu’il peut y avoir des terroristes qui entrent dans le pays. C’est pour cela qu’il faut une réforme de la loi sur l’immigration. Mais celle qu’on nous propose est une véritable atteinte à la dignité humaine".
Les discussions autour de la loi , les marches, ont été comme une prise de conscience. La communauté chicanos légale peut avoir un vrai poid politique. Mais jusqu’à présent seul, 20% d’entre eux votaient.
Un immigré : "Enormément de latinos ont été naturalisés. Ils ont la nationalité. Ils peuvent voter. Moi je vote depuis 5 ou 6 ans. J’espère qu’on va pouvoir faire changer les choses pour améliorer le sort de notre communauté. On est marginalsié aujourd’hui… Mais on est très nombreux. On peut avoir du poids. Il est temps pour nous de voter".
Retour au Mexique à la casa de Migrante. Il est trois heures du matin. Martin, et deux des ses compagnons prennent la direction de la barrière. La frontière est bien gardée, les patrouilles tournent, Ils le savent mais ils veulent quand même tenter le coup.
Pour rester légers, ils n'ont presque rien emporté. Un sac avec des pulls, un peu de ravitaillement dans les poches. Une pièce d’identité. Et c’est à peu près tout.
Martin Célédon: "Ça nous permet après de prendre le train ou le bus. Et depuis les attentas du 11 septembre, on nous demande des pièces d’identité. Ils veulent savoir qui est sur leur territoire".
Sans trop y croire, ils jettent un dernier coup d'oeil. Tout à coup l’un d’eux parvient à se faufiler entre deux pilônes. Les autres attendent de voir si la patrouille le détecte...
Rien à faire. Le véhicule de la patrouille s’approche. Ce soir là personne ne passe. Il y a cinq jours Martin et se compagnons de hasard ont du quitter la Maison des migrants. Ils sont partis plus à l’est tenter leur chance encore dans le désert.….







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