Documentaire de Michael Moore
Compétition Officielle
Critique : En un mot, pour Michael Moore, l’Axe du Mal n’est pas celui qu’on croit. Il passe successivement par La Floride, le Texas, Washington jusqu’en Arabie Saoudite. Georges W. Bush dès les premières secondes de ce documentaire explosif se prend des exocets et des missiles de mots et d’images dans le peu qui lui restait de son image de marque de « grand défenseur du monde libre ». Même Nixon ou Kennedy qui n’étaient pourtant pas des enfants de chœur, s’apparenteraient plus au grand Lincoln en comparaison de Bush Junior dans ce film. Michael Moore choisit ici de se mettre en retrait en ne se filmant pas mais en concentrant son propos en voix-off sur des images d’archives qui sont pour lui autant de « preuves » irréfutables de l’incompétence crasse et de la cupabilité de l’encore-actuel président des Etats-Unis. Son pamphlet s’il n’est pas dépourvu d’humour bien saignant n’en est pas moins violent et bouleversant.
Tout commence par le récit « désopilant » de l’élection du Président en 2000, une élection plus que louche où la Floride en république bananière se permit d’ôter leurs droits civiques sans raison avant l’élection à des milliers de gens pas très aisés et bien entendu noirs de peau. S’ensuivent des séances étranges au congrès où aucun député afro-américains ne parvient à collecter la signature d’un sénateur pour invalider cette mascarade. Et toute la carrière de G. W. Bush jusqu’à ses liens plus que douteux avec les puissants d’Arabie Saoudite (famille Ben Laden incluse), racontée pas à pas par le cinéaste-journaliste est à cette image : une suite de faits, de paroles et d’actes consternants, contradictoires, stupides et surtout tellement énormes qu’ils en deviennent totalement effrayants. Devant tant d’insondable bêtise et d’absurdité, survient cet étrange sentiment d’avoir déjà vu ce film quelque part suivi par la terreur de découvrir qu’il fait songer dans son ensemble à « Dr Strangelove » en plus tordu ou parfois même à « Full Metal Jacket ».
Michael Moore défend avec un grand courage, de toutes ses forces un point de vue qui est pour lui une évidence. En véritable bulldozer, il ne laisse aucune place à une autre réflexion que la sienne comme dans ses films précédents. Mais qu’importe, puisse qu’il exprime une opinion, sans doute une vérité salvatrice qu’il souhaite diffuser, même si pas belle à voir ou à entendre (d’ailleurs souvent censurée donc jamais vue ni entendue !). Il se bat et emploie pour cela des méthodes sincères sûrement, mais peut-être un peu trop radicales : une mère qui pleure son garçon mort, des images d’enfants blessés ou de soldats mutilés en Iraq. Reste des plans vraiment difficiles à oublier. Comme celui du président des Etats-Unis continuant à lire de longues, très longues minutes un livre pour enfant, une sorte de Winnie l’Ourson, dans une maternelle, amorphe et l’œil parfaitement vide devant son staff angoissé, alors qu’on vient de lui annoncer l’attaque des Etats-Unis et l’attentat du World Trade Center.
Parfois la réalité dépasse la fiction et très franchement l’on ne sait plus s’il faut en rire aux éclats ou en pleurer de désespoir.
Delphine Valloire






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