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« Qu’est-ce que l’Europe ? », se demandent bon nombre d’Européens depuis les débuts de la construction européenne. Les définitions formulées de façon ramassée (...)

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05/11/08

Fernando Pessoa (Portugal)

étreint en poète le corps de l’Europe


Pour le poète portugais Fernando Pessoa (Lisbonne, 1888 - id., 1935), « Les poètes n’ont pas de biographie. C’est leur œuvre qui est leur biographie ». Il s’est caché, pour écrire, sous des personnages différents dont l’ensemble ne forme « personne », pessoa en portugais. Il a déclaré aussi, sous l’hétéronyme d’Alberto Caeiro, « La réalité n’a pas besoin de moi ».
Méconnu de son vivant, il est aujourd'hui considéré comme un grand poète du XXe siècle. Dans le recueil Message, écrit de 1913 à 1934, dans les mêmes années que les textes de Valéry sur la crise de l’esprit, il consacre un poème aux rapports entre l’Europe, menacée de mort, qui cherche un futur, et le Portugal qui en est le visage « au regard fixe » tendu vers le même futur.


LE CHAMP DES CHÂTEAUX

L’Europe est un gisant reposant sur les coudes :
Oui, elle gît d’Orient en Occident, le regard fixe,
De romantiques mèches de cheveux tombant
Sur ses yeux grecs, occupés à se souvenir.

Son coude gauche est vers l’arrière déplacé ;
Le droit en angle est disposé.
Italie dit le premier, là où il est étendu ;
Angleterre, dit le second, là où sur le côté,
La main vient faire un socle où s’appuie le visage.

Elle fixe, de son regard de sphinge, de son regard fatal,
L’Occident, futur du passé.

Son visage au regard fixe est le Portugal.
Poème reproduit in extenso avec l’aimable autorisation de l’éditeur Christian Bourgois.

Fernando Pessoa
Poèmes ésotériques
Traduits par Michel Chandeigne et Patrick Quillier
Message
Le marin
Christian Bourgois éditeur, 1988, Paris
ISBN 2626760054363

Edité le : 22-04-04
Dernière mise à jour le : 05-11-08