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Du 7 au 17 février, l’équipe web franco-allemande en collaboration avec la rédaction du Journal de la Culture couvre en direct l’intégralité de la Berlinale.

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Filmfestival Berlinale 2008 - Compétition officielle - 01/09/08

Feuerherz

Un film de Luigi Falorni


Moi Awet, huit ans, fanatisée, armée.

Ce film a plus sa place dans ce festival que beaucoup d'autres



Synopsis : L’Erythrée au début des années 1980. Placée dans un orphelinat, la petite Awet est éduquée par des religieuses, en marge des troubles de la guerre d’indépendance de l’Erythrée contre l’Ethiopie. Malgré l’enseignement catholique, elle montre les signes d’une grande maturité et d’un souci d’équité. Son père qu’elle croyait disparu la réclame un jour, puis la confie à un groupe de l’armée érythréenne de libération qui la forme au combat. Elle devient une enfant soldat…

Critique : Le cinéma politique s’est emparé de la figure des « war children » d’abord et naturellement par le biais du documentaire, puis celui de la production hollywoodienne (« Blood Diamond » d’Edward Zwick avec Leonardo DiCaprio, de bonne tenue). Venu du documentaire et distingué par le succès de son inaugural « L’histoire du chameau qui pleure » (2003), Luigi Falorni privilégie une approche médiane, entre mise en situation précise et dramatisation axée sur le regard d’une enfant. Même éveillée, Awet est encore une petite fille. Plongée dans la guerre, mitraillette à la main, elle fait preuve d’un recul qui n’est tout de même pas suffisant pour la détourner de la fascination exercée par son instructrice, une maman de substitution dont elle apprécie la poigne et la fierté. Instrumentalisée, elle est prête à céder à un discours idéologique auquel elle avait su rester sourde au temps où de vieilles nonnes italiennes s’appliquaient à lui bourrer le crâne de manière équivalente.

« La guerre, c’est un morceau de fer qui entre dans un morceau de chair », avait-on eu l’occasion d’entendre dans « For Ever Mozart » de Jean-Luc Godard (1996), quand le réalisateur évoquait le conflit en Yougoslavie. Luigi Falorni s’applique à son tour à entrechoquer les visages pleins et poupins des enfants au métal des fusils automatiques qu’ils manipulent en s’exerçant. « Feuerherz » est tiré du roman autobiographique de Senait G. Mehari, réfugiée politique en Allemagne. Sans autorisation de tournage délivrée par le gouvernement de l’Erythrée, l’équipe du film s’est rendue au nord du Kenya. « Blood Diamond » se situait en Sierra Leone, au début des années 1990, et il y aurait bien d’autres contrées à énumérer. Production allemande réalisée par un Italien, « Feuerherz » ne concerne effectivement pas, selon les mots de Senait G. Mehari, « ma seule personne, mais tous les enfants qui ont eu à souffrir de la guerre ».

Julien Welter


Critique : Cette histoire pourrait se dérouler dans de nombreux pays, pas seulement en Erythrée. C'est justement ce qui rend ce film si triste et si bouleversant, et rend donc hors de propos le débat suscité par le film au sujet de l'enrôlement de force d'enfants dans l'armée érythréenne, ou au sujet du scénario qui pousserait trop loin l'adéquation avec le bestseller controversé du même nom.

Il y a, et il y a eu, des cas encore plus graves de maltraitance et de violence envers les enfants dans les autres guerres civiles qui secouent l'Afrique, et que ce soit volontairement ou non, des enfants érythréens ont été impliqués dans les combats pour la libération, c'est de cela dont parle ce film, de façon émouvante et, il ne faut pas l'oublier, sous forme de fiction et non de documentaire. On ne s'étonnera pas alors qu'un combat opposant un petit peuple, jouissant d'une certaine sympathie et compassion, à un ennemi surpuissant, dévoile des aspects sordides : personne ne peut, en effet, affirmer que dans de telles guerres seuls les bons combattent. Et pourtant, le film nous présente des combattants pour la liberté -c'est bien le nom qu'ils méritent- qui font preuve d'humanité envers les enfants ; à aucun moment, on nous montre des massacres ou des monstres. Bien entendu, il y a les inflexibles, les grandes-gueules, les lâches, mais il y a aussi les idéalistes et ceux qui sont tiraillés par la peur et leurs contradictions. A cela, il n'y a rien à redire, quel qu'ait été le nombre d'enfants impliqués et quels que furent les événements réels. La petite Awet représente le destin de beaucoup d'enfants, et c'est justement parce que le film opte pour une narration émotive qui adopte parfois le point de vue apparemment naïf d'un enfant, qu'il peut toucher un public qui habituellement ne s'intéresse pas volontiers à ce genre de thème. En dépit des circonstances contraires, le refus -sous la contrainte- de certains acteurs, l'opposition du gouvernement érythréen et d'une part de l'opinion publique, réaliser ce film fut une performance remarquable de l'ensemble de l'équipe.

D'autant que cette oeuvre est devenue un beau film, qui laisse un peu d'espoir et que le public parvient à supporter, bien que ce qui est infligé moralement aux enfants soit normalement insupportable. Même si le film présente certaines faiblesses, en particulier, la fin qui paraît maladroite et artificielle, même s'il ne s'agit pas d'un grand film, il est bon qu'un film comme celui-là existe: il a plus sa place dans ce festival que beaucoup d'autres.

Thomas Neuhauser
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Feuerherz
De Luigi Falorni
(2008, Allemagne, 1h34)
Avec Letedikan Micael, Solomie Micael, Seble Tilahun…

Edité le : 08-02-08
Dernière mise à jour le : 01-09-08