08/09/06
Fillette
« Le phallus est l’objet de mon attention attendrie, il y va de vulnérabilité et de protection » : cette confession émane de Louise Bourgeois, l’une des rares artistes qui, dans son œuvre, met la sexualité féminine mais aussi masculine en débat.
Arborant un sourire entendu, Louise Bourgeois (71 ans) se met en scène sur une photo de Robert Mapplethorpe, tout en serrant contre elle sa sculpture sans doute la plus célèbre : La Fillette. Ce pénis en latex, mesurant 60 cm dans une phénoménale et démentielle érection, est recouvert d’une peau sombre et caoutchouteuse. Il est couronné d’un gland transpercé par un câble métallique faisant office de crochet. Avec un esprit sardonique, l’artiste sape la puissance de ce phallus supersignifiant en le présentant comme si elle en était la génitrice. Allusion à la thèse freudienne selon laquelle toute femme, justement parce qu’elle en est privée, aspirerait à accoucher de son propre pénis. Protectrice, l’artiste porte son « nourrisson », qu’elle a amoureusement baptisé La Fillette. C’est là le résultat d’une volonté constante, dans son travail, d’abolir la polarité sexuelle et de créer une forme qui relie les couples d’opposés, masculin-féminin par exemple, qui fait de l’un la matrice de l’autre et qui exprime le rêve d’une inattingible unité entre les sexes. Ainsi, les deux grosses boules de la statue pénienne se prêtent à une interprétation polysémique, qu’il s’agisse de testicules, de seins ou de cuisses enveloppant un bas-ventre féminin. « Il m’arrive souvent de confondre les métaphores – seins phalliques, masculin et féminin, actif et passif. » Louise Bourgeois ébauche avec son objet un rapport d’une délicatesse extrême, marqué d’attirance, de désir et d’investissement. Un objet que, plaisamment, elle appelle aussi sa « poupée », ou « petite Louise », comme s’il s’agissait d’une projection d’elle-même.
Ce n’est pas un hasard si, derrière l’appareil captant la mise en scène de Louise Bourgeois, se tient un photographe dont l’œuvre est marquée par une fixation sur la sexualité masculine et homosexuelle, que l’artiste contrecarre ici d’un grand geste et de manière laconique : « Mapplethorpe ne doit sa célébrité ni à ses photographies florales ni à ses portraits. Il est célèbre en raison du type de modèles qu’il affectionnait. »
Edité le : 31-08-06
Dernière mise à jour le : 08-09-06