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En direct : "La Traviata" à la Gare de Zurich

Découvrez les coulisses de cet événement spectaculaire.

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En direct : "La Traviata" à la Gare de Zurich

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En direct : "La Traviata" à la Gare de Zurich

09/10/08

Filmer un opéra dans une gare...

Felix Breisach, le réalisateur du projet, explique pourquoi une gare est le lieu parfait pour une opéra et à quels défis les organisateurs vont devoir faire face.

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ARTE : Comment vous est venue l’idée de monter la Traviata sur un quai de gare ?

Felix Breisach : Il y a quelques années, la BBC avait monté plusieurs parties d’une comédie musicale à Paddington Station, à Londres. Cela nous a incités à réfléchir à un nouveau concept susceptible de booster l’intérêt des gens pour les œuvres lyriques retransmises à la télévision : transposer l’opéra dans un lieu public et utiliser l’espace donné comme scène de théâtre.

Pourquoi avoir choisi la gare de Zurich ?

Aujourd’hui, nous pouvons faire de l’opéra n’importe où ; une liberté artistique que j’apprécie beaucoup. Notre choix de la gare est motivé, aussi, par le sujet : la scène des adieux entre Alfredo et Violetta a lieu dans un train et la maison de Violetta est un café. Ce que notre mise en scène a de particulier, c’est de vouloir une forme de présentation incise dans un environnement qui n’a pas encore été utilisé à cette fin - et d’amener les gens dans un lieu où ils passent tous les jours. L’opéra est devenu un espace réservé aux élites. Regardez le festival de Salzbourg : les places sont hors de prix pour un Européen moyen. Je trouve donc justifié de sortir de l’opéra et de permettre au contribuable qui finance tout cela d’assister à ce genre d’événement.

Avez-vous aussi l’intention d’éveiller à l’opéra un public différent de celui des abonnés ?

Il faut bien dire que jusqu’à présent, on a le plus souvent échoué à toucher un grand nombre de téléspectateurs avec ce type de programme. Or, à la télévision, il est quasiment de notre devoir d’attiser la curiosité des gens. Si nous y parvenons, c’est déjà une réussite. Evidemment, cette télévision événementielle présente aussi des inconvénients, il faut bien le reconnaître.

Lesquels ?

Nous avions il y a une vingtaine d’années le phénomène des trois ténors, aujourd’hui nous avons Nebretko et Villazón : toute la branche des médias se concentre sur deux ou trois stars. Alors c’est vrai, ce sont de grands artistes - mais il existe 50 ou 100 autres très grands artistes qu’on ne voit pratiquement plus à la télévision. L’attention est focalisée sans commune mesure sur les premiers.

À quelles difficultés techniques êtes-vous confronté à Zurich ?

Sur le plan de l’image et des caméras, c’est une véritable gageure de jouer dans un espace de 300 mètres sur 200. En termes de son, c’est même le pire défi que l’on puisse imaginer : l’orchestre joue dans le grand hall de la gare, les chanteurs reçoivent l’orchestre par un bouton intra-auriculaire et chantent dans un microphone. Les distances que le son doit parcourir à l’aller entre la musique et l’oreille et au retour entre le microphone et le car régie provoquent un décalage qui doit être compensé pour la retransmission.

Et les chanteurs doivent couvrir le bruit...

Oui, et en plus, ils n’ont de contact visuel ni avec l’orchestre ni avec le chef d’orchestre. C’est pourquoi nous avons besoin de relais, de trois chefs d’appoint qui transmettent les instructions de direction aux chanteurs. À quoi s’ajoutent les batteries de caméras : 16 sur six sites. Nous essayons de rendre l’ambiance de la gare sans oublier qu’il s’agit d’un opéra. Un véritable exercice d’acrobate entre décor et musique.
Est-ce que cela va fonctionner ? Je n’en sais rien et c’est terriblement captivant. Une situation imprévisible. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’aimerais que les gens viennent les plus nombreux possible. Qu’ils regardent et repartent de la gare, épatés ou déçus. Les deux sont envisageables.

En aucun point de la gare on ne pourra tout entendre. La réunion de la musique, du chant et du jeu de scène ne sera réalisée qu’à l’écran. Qu’est-ce qui vous pousse à déconstruire l’opéra ?

J’ai envie de tenter ce que personne avant moi n’a essayé de faire. De conceptualiser quelque chose de nouveau, de repousser les limites techniques jusqu’à l’improbable - de créer l’événement dans cet espace public. Au plan technique, rien ne m’avait encore donné autant de fil à retordre.

Interview : Köppen Ulrike

Edité le : 28-08-08
Dernière mise à jour le : 09-10-08