Avec Adelaïde Leroux, Samuel Boidin, Henri Cretel
Une coproduction ARTE
Synopsis : Dans les Flandres, Demester, fermier agriculteur, aime son amie d’enfance Barbe. Ils font l’amour régulièrement mais Barbe ne veut rester libre. Demester l’accepte malgré lui. Ce dernier décide de partir comme soldat dans un pays étranger en guerre. Avec deux amis, il est à la merci d’une violence brutale incontrôlable. Pendant ce temps, Barbe restée au pays subit des crises de folie inquiétantes…
L'entretien avec Bruno Dumont, Adelaïde Leroux et Samuel Boidin
Le trailer du film
Critique : Après La Vie de Jésus, L’Humanité et Twentynine Palms, Bruno Dumont réalise Flandres, une œuvre d’une maîtrise parfaite et d’une très grande intensité. Cinéaste littéralement « à part » et habité par un désir très fort de se renouveler de film en film, il juxtapose ici deux univers opposés: l’univers nordique et calme des Flandres tout d’abord (le pays originel de Dumont) où vivent presque en léthargie Barbe et Demester, par opposition à l’exotisme d’un pays jamais nommé (Dumont a tourné en Tunisie), une contrée lointaine en guerre et dévastée par une violence insoutenable. Par les paysages filmés, le cinéaste affirme son intention particulière de représenter l’intériorité de ses personnages. Dans la région grise et froide des Flandres, Demester (interprété par Samuel Boidin qui avait déjà tourné dans La vie de Jésus) vit effectivement en demi teinte, replié sur des démons intérieurs. Il est incapable d’affirmer son amour à Barbe, une jeune fille libre qui couche avec tous les gars du village et qui connaît progressivement des symptômes inquiétants de folie. Sans relâche Dumont est au plus près de ses deux acteurs non professionnels pour puiser la vérité qui transparaît d’eux-mêmes, une justesse profondément musicale basée sur le rythme des silences et des mots, évacuant tout aspect inutile comme dans le cinéma de Bresson, pour privilégier prioritairement l’image et l’émotion. Lorsque Demester s’engage dans l’armée, il s’agit d’un électrochoc : le soleil, la chaleur, l’explosion de bombes, la torture, le viol et le sang sont autant d’éléments de la tragédie intime du personnage qu’un drame collectif, la mort de l’humanisme. Flandres joue ainsi en permanence de la coïncidence des contraires dans la conscience suraiguë que tout est continûment mêlé et au final aboutit à l’idée d’une « révélation » la plus marquante. Avec cette exigence et cette force d’évocation exceptionnelle, le cinéaste français inscrit Flandres sans conteste au firmament des films essentiels.
Olivier Bombarda
Synopsis: Les Flandres. Demester passe son temps à la ferme avec ses parents ou avec Barbe, qu'il connaît depuis l'enfance. Avec d'autres jeunes hommes, il est enrôlé dans une guerre lointaine, où il est confronté à l'horreur: Demester sera le seul survivant de sa petite unité. Il rentre en Flandres. La guerre l'a définitivement changé.
Critique: On compare volontiers Bruno Dumont à Robert Bresson. Cela tient, pour une bonne part, à leur sensibilité, leur retenue verbale et leur manière sans détour de mettre en scène les personnages. Ils ne disent pas un mot de trop, juste l'essentiel. Dumont observe ses personnages avec une grande curiosité. Il travaille de préférence avec des acteurs non professionnels, car ils ne jouent pas, ne pensent pas, ils se contentent d'être simplement eux-mêmes. Leurs visages reflètent les événements et nous permettent d'entrevoir leur état intérieur: "Quand je montre un plan, dans lequel Demester contemple le paysage devant sa ferme, nous sommes dans Demester."On ne s'étonne pas d'apprendre que Dumont a étudié la philosophie. Quand il écrit un scénario, il se concentre sur des questions existentielles. De quelle manière la guerre change-t-elle un homme ? Comment continuer sa vie ensuite ? Quelle est vraiment la force de l'amour ?
Dumont ne cherche pas à raconter une histoire avec beaucoup d'action, du grand spectacle , et beaucoup de figurants jouant à la guerre. Il réduit. Il réduit tant et plus, qu'à la fin, il ne reste plus que six soldats dans un pays lointain. Ne pas donner de nom à ce pays paraît tout aussi astucieux. Cela se passe loin d'ici, et ça suffit : il y a le désert, des falaises, des palmiers, et des hommes dissimulés sous leurs vêtements. En donnant ainsi un caractère abstrait à son film, il lui confère une valeur universelle. Les événements qui s'y produisent, sont ceux qui se produisent dans toutes les guerres : une femme est violée par les soldats, un paysan (avec son âne) est assassiné. La vengeance des autochtones est immédiate : le soldat coupable d'avoir tué le civil est lui-même exécuté d'une balle dans la tête. La femme identifie le soldat qui l'a violée : on lui tranche les testicules, et avant qu'il ne se soit complètement vidé de son sang, il est tué par balle.
Bruno Dumont montre ces scènes de manière crue, mais jamais il ne se complaît dans la violence. Il les montre parce qu'elles sont nécessaires. Il en va de même pour les scènes de sexe, plutôt nombreuses. Jamais l'acte n'a paru si peu érotique que dans ce film. Il est réduit à une simple fonction mécanique.
En se focalisant sur l'essentiel, le metteur en scène confère à son film une densité qui est immédiatement abordable par le spectateur. Bruno Dumont dissèque la réalité jusqu'à ce qu'elle devienne exemplaire. Son film apprend beaucoup sur la vie, en particulier sur l'amour et la guerre.
Nana A.T. Rebhan






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