Samedi, 21 novembre 2009 : 15 h 30
Un des intérêts du Forum d’Avignon, outre les rencontres avec des penseurs ou des artistes qui viennent d’au-delà des mers, ce sont les études commandées par les organisateurs pour alimenter la réflexion collective. J’ai jeté mon dévolu sur celle d’Inéum Consulting intitulée « La culture, enjeu économique ou symbolique pour le développement des territoires ». Pour mettre en lumière les relations entre culture et attractivité des territoires, les auteurs ont étudié un échantillon de 32 villes dans douze pays différents, qui ne sont pas toutes des capitales. En s’appuyant sur des données quantitatives et qualitatives, ils aboutissent à une typologie riche d’enseignements. Parmi les « rentières », on retrouve Venise dont la performance économique est étroitement liée à l’activité touristique mais aussi Vancouver; parmi « les historiques » Paris comme Bologne, Cracovie, Dublin, Florence, Prague… et New-York ; « les convaincues » ont investi dans le domaine culturel et en attendent des retombées dans les années à venir comme Madrid, Lyon et Montréal ; « les volontaristes » qui réunissent Dresde , Bilbao et Marseille leur emboîtent le pas, à l’exemple de Barcelone. Parmi les émergentes, il faudra suivre les performances d’Essen, capitale européenne de la culture 2010, qui dépense 142 € par habitant et par an pour la culture mais qui a une population estudiantine très faible, ce qui représente un handicap en termes de développement. Enfin, est-ce un hasard si « les pragmatiques » - dont le dynamisme ne repose pas sur les activités culturelles mais qui ne les dédaignent pas - regroupent des villes du Nouveau-Monde : Chicago, Ottawa, Philadelphie, Singapour, Sydney, Toronto…
Mais aujourd’hui, le miracle se cachait loin des mots, dans un intermède musical avec « Musique de chambre », un duo interprété par Ballaké Sissoko à la kora et Vincent Segal au violoncelle. Label No Format, distribué par Universal.
Claire A. Poinsignon
Vendredi, 20 novembre : 23 h
Le Palais des papes a connu aujourd’hui l’affluence des grands jours avec les discours inauguraux du ministre de la Culture et de la Communication, Frédéric Mitterrand, et de la directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova dans la salle du conclave. Puis sont intervenues des voix qui n’ont pas toutes la même lecture de la crise actuelle ni les mêmes talents en matière de communication. Ainsi, Richard David Precht, philosophe allemand exprime une pensée critique sur le côté maléfique d’Internet debout, sans notes, pendant une demi-heure : « Internet a fragmenté l’accès à l’information contrairement à ce qui se passait dans l’agora et le forum antique ou la piazza de la Renaissance du temps où l’information était partagée et commentée pour parvenir à une opinion commune. Même les responsables politiques ont perdu une vision globale à long terme. Les élites n’ont plus voix au chapitre ». L’économiste Christian de Boissieu se cale au contraire derrière un pupitre pour décrire la sortie de crise et l’économie de la connaissance qu’il imagine pour demain.
Il prône un développement durable intégrant une dimension culturelle plus affirmée et plaide pour une extension des indicateurs concernant la richesse des nations et le bien-être des individus : « Dans la vie, il n’y a pas que la lutte contre le CO2 ». Nous avons trimé ainsi comme des bénédictins du lever au coucher du soleil après avoir pris possession du cloître Benoît XII pour les interviews et avoir transformé la salle dénommée studium, en studio de montage. Cela ne s’invente pas…
Claire A. Poinsignon
Jeudi, 19 novembre 2009 : 23 h 30
Le TGV spécial part à l’heure de Paris. La lumière est belle. Le paysage file sous nos yeux. Nicolas Seydoux, le président du Forum d’Avignon est heureux parce qu’il a réussi, comme l’an dernier, à attirer des personnalités prestigieuses de la terre entière, de La Nouvelle-Orléans à Singapour. Son objectif, explique-t-il, est que les gens de culture parlent financement avec plus d’aisance et que les financiers reconnaissent l’apport économique pour une ville, un territoire, un pays des activités culturelles. « Si nous faisons des rencontres et bâtissons des projets pendant ces deux jours, nous aurons gagné notre pari. »
A bord, les journaux à la disposition des invités reflètent ces préoccupations. Seuls ont embarqué avec nous Le Figaro, La Tribune, Le Wall Street Journal. Un passager préfère dévorer La prospérité du vice de Daniel Cohen (Albin Michel éditeurs, 2009)…
Avignon nous accueille avec douceur. Le Palais est là, immuable. Ce soir, ce sont des femmes chefs qui sont dans les cuisines : Hélène Darroze, Léa Linster, Reine Sammut et Christine Ferber. Moins connues que leurs collègues masculins les femmes chefs.
Pendant ce temps, à Bruxelles, les chefs d’Etat et de gouvernement des 27 Etats membres ont choisi un chrétien-démocrate belge pour présider le Conseil européen – Herman van Rompuy – et une travailliste anglaise – Catherine Ashton – pour incarner sa politique étrangère.
On ne peut pas dire qu’ils sont connus de tous les Européens.
Claire A. Poinsignon







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