Taille du texte: + -
Accueil > Européens > Regards croisés > Regards croisés n° 5 > Mise en perspective > France

France - 08/12/06

France : les banlieues reposent la question de l’intégration à la française

Un an après les émeutes de banlieues de novembre 2005, la France se demande comment mieux contrôler l’immigration et comment sauver - ou réformer - son modèle républicain d’intégration.

La France, qui dès la fin du XIXe siècle a fait appel à la main d’œuvre étrangère, est l’un des plus anciens pays d’immigration d’Europe. L’immigration a tout d’abord été d’origine européenne. Elle est essentiellement alimentée, depuis les années 60, par les anciennes colonies d’Afrique et du Maghreb. La population immigrée est aujourd’hui estimée à cinq millions de personnes, soit 8 % de la population totale, une proportion relativement stable depuis trente ans. Il faut toutefois noter qu’un quart de la population totale possède au moins un grand-parent d’origine immigrée.

Les recensements démontrent que le solde migratoire de la France est, depuis les années 90, bien inférieur à celui de l’Allemagne ou de l’Espagne. Pourtant, le débat actuel est marqué par la dénonciation d’une immigration incontrôlée, illustrée par les affaires de  sans-papiers. Alors que la réunion du 29 septembre 2006 entre les huit pays de la rive sud de l’Union européenne a convenu de la nécessité de traiter de la montée des flux migratoires au niveau européen, le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, a également présenté une nouvelle loi relative à l’immigration, en juillet 2006, pour la deuxième fois au cours de la même législature. (La précédente datait de novembre 2003). En introduisant le concept d’« immigration choisie », la loi vise, grâce à des critères de compétences et de besoins, à organiser une immigration plus utile et plus assimilable, ce que les milieux associatifs dénoncent comme une « immigration jetable », en rupture avec le modèle d’intégration universaliste républicain.

On touche ici au cœur du problème : assurer l’intégration de populations de culture non-européenne et d’une nouvelle religion - l’islam - au sein de la République laïque. Or, derrière le discours du « creuset républicain » (intégrer tous les individus en une seule communauté de citoyens et non en une somme de communautés particulières), le modèle d’intégration à la française a laissé se développer une fragmentation aussi bien spatiale que sociale de la société. Alors que les trois dernières générations sont nées en France, les populations d’origine africaine et maghrébine restent souvent cantonnées dans des ghettos en proie à l’échec scolaire et au chômage de masse. Cette fragmentation favorise un repli identitaire qui se manifeste à la fois dans les attaques régulières contre les agents et les symboles de l’État et dont le point culminant - peut-être provisoirement seulement -, aura été atteint lors des violences de novembre 2005. Mais il se traduit aussi par les réflexes discriminatoires et xénophobes d’une partie des Français « de souche ».

Il est souvent admis que la solution au problème de l’intégration passera par un meilleur accès à l’éducation et à l’emploi, ainsi qu’à la représentation politique et médiatique pour les citoyens issus de l’immigration. Si oui, comment ? Faudra-t-il réformer le modèle républicain et organiser une « discrimination positive », pourtant taboue dans la culture politique française ? C’est une question difficile, car elle touche directement à l’identité nationale, mais cruciale, si la France ne veut pas rester prisonnière de ses illusions passées.
Benoît Roussel
 
 
..........................................................
Regards croisés n° 5,
Immigration : la porte étroite
..........................................................

Edité le : 07-12-06
Dernière mise à jour le : 08-12-06


+ de Européens