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16/12/05

Friedrich Goulda : Wolfgang Amadeus Mozart

Sonate B-Dur KV 570; Sonate D-Dur KV 576, Fantasie c-moll KV 475


Le pianiste Friedrich Gulda aimait à raconter que, quand il serait mort, il irait sur un nuage rose dans les cieux jouer du piano à quatre mains avec Mozart. Friedrich Gulda, pianiste et jazzman, nous a quittés le 27 janvier 2000, la date anniversaire de la naissance de Mozart. Et nous donnerions beaucoup pour pouvoir écouter les deux Autrichiens, Gulda et Mozart, jouer ensemble tout là-haut.

Mozart était le compositeur préféré de Gulda. Il était selon lui le plus grand personnage de tous les temps, il l’appelait « mon champion du monde. » Toute sa vie, Gulda a travaillé sur les œuvres de Mozart et a toujours joué les mêmes concertos pour piano et sonates, par exemple, la sonate en la majeur KV 331 avec le célèbre Rondo Alla Turca, ou la fantaisie en do mineur KV 475. Il voulait jouer au moins quelques morceaux « d’une manière satisfaisante pour le maître et moi, » déclarait-il toujours. Tout le monde savait (lui le premier) qu’il était arrivé très près de ce but. Gulda jouait Mozart incomparablement bien. Sa technique du piano était tellement maîtrisée, étincelante de régularité, qu’il pouvait simplement « laisser couler » les morceaux de manière décontractée et naturelle. Dans le même temps, il était si sensible que, sous ses doigts, la musique devenait animée d’une spiritualité infinie.

De nombreux pianistes n’ont jamais su jouer Mozart : certains se contentent de parcourir les morceaux avec une technique parfaite sans oser exprimer d’émotions et ne produisent qu’ennui et monotonie. D’autres veulent en faire trop et pèchent par excès de pathos et de kitsch. Gulda ne semblaient rencontrer aucun de ces problèmes. Lorsqu’il prenait place au piano, tout paraissait aller de soi. Ses tempos rapides étaient fluides, son articulation, impeccable, et son phrasé mélodique se prêtait merveilleusement au chant. Mais surtout, le Mozart de Gulda swinguait. L’esprit libre du musicien de jazz trouvait sa place, avec beaucoup de goût, dans les sonates et concertos.

Mozart représentait aussi un modèle et un défi pour Gulda pour ses qualités d’improvisateur et d’expérimentateur. Gulda inventait spontanément des cadences, recherchait un nouveau son Mozart sur son piano numérique Clavinova, accompagnait le « Alla Turca » de percussions synthétiques, ou jouait les morceaux de piano dans un show hip-hop avec go-go danseuses. Les puristes étaient horrifiés par de telles frasques. Mais Gulda disait très clairement qu’il fallait prendre ses folies au sérieux. Il prenait référence sur le Maître lui-même, avec qui il partageait son aspiration à une vie haute en couleur.

Mais ce n’était là qu’une facette de l’obsession de Gulda pour Mozart. L’autre était le doute, les scrupules, la frustration de l’insatisfaction musicale. Toute sa vie, Gulda s’est interrogé sur Mozart, passant des nuits à peaufiner son jeu dans sa cave, sous son appartement, au bord du lac Atter. Quand il arrivait à faire ce qu’il avait en tête, il était le plus heureux des hommes : « c’est comme parler avec le bon dieu en personne, » disait-il.

On se rend compte de son degré de perfectionnisme en constatant qu’on ne trouve pratiquement aucun de ses enregistrements de Mozart, alors qu’il est l’un de ses meilleurs interprètes. Il a rejeté ou n’a pas voulu publier la plupart des productions et enregistrements. Il n’existe pas d’intégrale des sonates ou concertos pour piano de Mozart. On doit ainsi se contenter de la sonate en ré majeur (KV 576), de la sonate en si bémol majeur (KV 570) et de la fantaisie en do mineur (KV 475), enregistrées par Gulda pour Deutsche Grammophon en 1990. Sur ce CD, on se fait une juste idée de la manière incomparable qu’avait Gulda de jouer Mozart. On entend comme il exécutait en un tour de main l’allegro de la sonate en si bémol majeur avec pourtant un phrasé nuancé, comme il savait « chanter » sur son piano les mouvements lents, ou avec quelle vigueur il se plongeait dans les ambiances désolées de la fantaisie en do mineur. Peu de gens en sont capables.

Wolfgang Amadeus Mozart :
Sonate en si bémol majeur KV 570, Sonate en ré majeur KV 576, Fantaisie en do mineur KV 475
Friedrich Gulda (piano)
DG 431 084-2

Edité le : 08-07-05
Dernière mise à jour le : 16-12-05