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Entre John Fante et Bukowski, un ovni littéraire acide et culte.

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Entre John Fante et Bukowski, un ovni littéraire acide et culte.

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08/04/09

Fuck America d'Edgar Hilsenrath

Roman grave et burlesque, Fuck America prend le contre-pied du témoignage traumatique direct de la Shoah. Un élixir enchanteur au service de la mémoire.

Portrait et interview videos d'Edgar Hilsenrath

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A l’angle de Broadway et de la 86ème rue, au fond d’une cafétéria juive miteuse, Jakob Bronsky rassemble ses derniers cents pour s’offrir un énième café. C’est qu’il en faut de l’énergie pour écrire un roman, lorsqu’on vit en sursis entre l’expérience de la guerre et l’épreuve de l’immigration. Le résultat est musclé, et le lecteur happé.
Car Bronsky, double à peine voilé d’Edgar Hilsenrath, rescapé des ghettos ukrainiens et témoin direct de l’Holocauste, ne se laisse pas abattre.
Fuck America est un récit d’autofiction virtuose, une introspection gouailleuse et délurée qui interroge la difficulté des relations entre littérature et mémoire. Mais cet auteur de génie fait plus encore. Là où l’agitation new-yorkaise tranche avec les solitudes individuelles, là où le règne du profit achève de scinder la société, Edgar Hilsenrath fait un roman sanguin, d’où la vie jaillit à chaque réplique.
Car lorsque l’écriture vient au secours de l’indicible, tous les espoirs sont permis. Bronsky ne craint ni la faim, ni les maquereaux, ni les embrouilles : entre deux boulots précaires, une arnaque à l’employeur et un rancard raté, l’incoercible auteur en puissance abat les chapitres du Branleur !, pressenti par ses camarades de galère comme un futur best-seller. Réparties jubilatoires, jurons acerbes et boutades bien senties, Fuck America est aussi la tribune joyeuse des insoumis que l’Histoire condamne à la survie.
Et ça marche ! Jacob Bronsky finit par dire à Mary Stone, psychanalyste virtuelle échappée du poste de télévision : « Mais quand j’ai fini le premier chapitre de mon livre sur le ghetto, j’étais guéri ».
Si la famille de cet anti-héros par excellence a laissé l’éclat de ses yeux dans les ghettos ukrainiens, Fuck America a conservé, intacte, toute la splendeur du talent de son auteur.

Fuck America
Edgar Hilsenrath
Roman traduit de l'allemand par Jörg Stickan
Couverture de Henning Wagenbreth
296 pages/ 19€
Editions Attila, mars 09
www.editions-attila.net


Salomé Kiner

Edité le : 06-04-09
Dernière mise à jour le : 08-04-09