Car Bronsky, double à peine voilé d’Edgar Hilsenrath, rescapé des ghettos ukrainiens et témoin direct de l’Holocauste, ne se laisse pas abattre.
Fuck America est un récit d’autofiction virtuose, une introspection gouailleuse et délurée qui interroge la difficulté des relations entre littérature et mémoire. Mais cet auteur de génie fait plus encore. Là où l’agitation new-yorkaise tranche avec les solitudes individuelles, là où le règne du profit achève de scinder la société, Edgar Hilsenrath fait un roman sanguin, d’où la vie jaillit à chaque réplique.
Car lorsque l’écriture vient au secours de l’indicible, tous les espoirs sont permis. Bronsky ne craint ni la faim, ni les maquereaux, ni les embrouilles : entre deux boulots précaires, une arnaque à l’employeur et un rancard raté, l’incoercible auteur en puissance abat les chapitres du Branleur !, pressenti par ses camarades de galère comme un futur best-seller. Réparties jubilatoires, jurons acerbes et boutades bien senties, Fuck America est aussi la tribune joyeuse des insoumis que l’Histoire condamne à la survie.
Et ça marche ! Jacob Bronsky finit par dire à Mary Stone, psychanalyste virtuelle échappée du poste de télévision : « Mais quand j’ai fini le premier chapitre de mon livre sur le ghetto, j’étais guéri ».
Si la famille de cet anti-héros par excellence a laissé l’éclat de ses yeux dans les ghettos ukrainiens, Fuck America a conservé, intacte, toute la splendeur du talent de son auteur.

Edgar Hilsenrath
Roman traduit de l'allemand par Jörg Stickan
Couverture de Henning Wagenbreth
296 pages/ 19€
Editions Attila, mars 09
www.editions-attila.net








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