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L'entretien avec... - 11/09/07

Gabriel Aghion

Réalisateur du film Monsieur Max


Diffusé sur arte vendredi 14 septembre 2007 à 20h40

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Comment êtes-vous arrivé sur cette aventure ?
J’ai lu le scénario que m’a proposé Daniel Leconte, et je l’ai trouvé très émouvant. En fait, pour dire la vérité, je ne pensais pas faire le film, je connaissais certains des poèmes de Max Jacob mais pas vraiment l’homme et j’ai voulu savoir quelle était son histoire. Donc j’ai lu le scénario et à la fin j’ai pleuré. Ça ne m’était jamais arrivé. Dan Franck n’est pas tombé dans une biographie un peu convenue mais a cherché à faire un film sur l’abandon, à travers cette double histoire d’Alice l’orpheline et de Max Jacob. J’ai trouvé ce parti pris très intéressant et ça m’a donné envie de plonger.

Le casting vous est-il venu spontanément à la lecture du scénario ?
Je l’ai pensé d’une manière très différente des autres films que j’ai pu faire. Là, en l’occurrence il n’y avait pas un Max mais deux, il n’y avait pas un Picasso mais deux. En plus, ce n’est pas un film qui raconte d’une part la jeunesse de Max et d’autre part la fin de sa vie, mais ce sont des allerretours permanents. Il fallait donc absolument trouver deux grands acteurs qui se répondent, qu’il y ait quelque chose de commun dans leur voix, leur attitude, qu’on ne se pose pas la question de « ce n’est pas le même ». J’ai presque immédiatement associé Jean-Claude Brialy à Guillaume Gallienne. On a mis les deux photos l’une à côté de l’autre, et on s’est dit, c’est extraordinaire, on y croyait.

Aviez-vous déjà travaillé avec eux ?
J’avais proposé à Jean-Claude mon premier film (La Scarlatine) qu’il voulait faire mais pour des problèmes de dates, ça n’a pas eu lieu. Et j’ai finalement eu cette joie incroyable de pouvoir tourner avec lui et aussitôt cette peine terrible de le perdre avant même que le film ne sorte.
Dominique Blanc, je l’avais mise en scène au théâtre dans une pièce de Schnitzler, il y a quelques années. J’ai suivi évidemment tout ce qu’elle a fait au théâtre et au cinéma. C’est une comédienne ultra douée, qui peut tout faire. C’est un peu notre Meryl Streep française. Il se trouve que là, le rôle était pour elle, elle m’a dit oui tout de suite.

Vous avez tourné un des derniers grands rôles de Jean- Claude Brialy…
Sur le tournage, il était très joyeux, il faisait rire l’équipe tout le temps, il aidait ses partenaires. J’ai eu beaucoup de chance dans ma carrière parce que j’ai tourné avec de grands acteurs à la fois merveilleux et complices avec moi : Jean-Claude en fait partie. Il est de ces acteurs qui sont solidaires avec le metteur en scène, qui savent ce qu’il est en train de vivre. Jean-Claude avait une énorme qualité : un regard, une vraie empathie. C’est rare, en général les acteurs sont des gens qui pensent beaucoup à eux… L’empathie de Jean-Claude, je la ressentais à chaque instant sur le film et ça m’émeut aujourd’hui d’autant plus qu’il est parti.

On ne l’a pas souvent vu dans des rôles tragiques comme celui de Max Jacob ?
Jean-Claude Brialy était beau, léger, spirituel avec un sourire craquant et souvent on ne l’a engagé que pour ce qu’il voulait bien laisser paraître de lui. Il était aussi quelqu’un de pudique et de grave, il avait sa part d’ombre. C’est cette part-là qu’il nous offre dans Monsieur Max.

Quel a été pour vous le plus grand défi de ce film ?
Le premier défi, c’était la durée : 23 jours. Mais j’avais la complicité de Raphaël Cohen sur le tournage et de Dan Franck pour le scénario, avec qui nous avons modifié certaines scènes et resserré d’autres. Ça m’a permis d’avoir un peu plus de temps pour raconter cette histoire qui se passe en 1905, 1936, 1943, à Paris, à Drancy…
Le second défi a été justement les scènes de Drancy. Sur un décor comme celui-ci, il a fallu jouer la pudeur et la nuit, construire une rchitecture de lumière. Je voulais qu’on sente la prison, les grilles, les chiens, toute l’horreur nazie sans trop la montrer.
Pour les intérieurs, j’ai travaillé avec des photos de Drancy. J’ai trouvé notamment une archive très émouvante qui m’a inspiré la scène du partage du pain avec Max, son admirateur et les hommes autour.


Pour la scène des hommes avec les seaux, j’ai aussi reconstitué au plus près une photo d’époque. Quand on regarde ces images effrayantes, le défi est là aussi : comment s’approcher au plus près d’une telle émotion ?
À ses débuts, Gabriel Aghion a assisté de nombreux réalisateurs tels que Bernard Paul, Claude Zidi, Laurent Heynemann, Jean-Jacques Beineix... Depuis, pour le cinéma, il a co-écrit et réalisé, entre autres, La Scarlatine (1983), Rue du Bac (1991), Pédale douce (1996), Belle maman (1999), Le libertin (2000), Absolument fabuleux (2001), Pédale dure (2004). Il a
également mis en scène « Liebelei » d’Arthur Schnitzler au théâtre.

Edité le : 06-09-07
Dernière mise à jour le : 11-09-07