L’exposition de Vardi Kahana « Une famille » illustre la diversité des identités juives et israéliennes. Elle avait déjà suscité une vive curiosité en Israël et à New York, puis a été montrée à Berlin d’où elle partira pour Florence et Bruxelles.
Voici quelques-uns de ces portraits commentés par Vardi Kahana :
3 sœurs Ma mère, Rivka Kahana, avec ses deux sœurs, Leah et Esther. À Auschwitz, c’est dans ce même ordre qu’elles ont fait la queue pour être tatouées. Les matricules sur leur avant-bras gauche se voient très nettement : A-7760, A-7761, A-7762. « Celles et ceux qui étaient tatoués avaient de la chance ; les autres, les prisonniers qu’on n’avait pas cru utile de marquer étaient directement envoyés dans les chambres à gaz ou aux fours crématoires » (Hanoch Marmari, « Ursprünglich waren wir Nummern).
Au printemps 1944, ma mère, ses parents et cinq sœurs qui se trouvaient en Hongrie ont été convoyés à Auschwitz (un garçon, Yossi, soldat dans l’armée tchèque, n’était pas avec eux). À leur arrivée, les hommes ont été séparés des femmes, les mères et les enfants en bas âge des jeunes femmes. Quelques jours plus tard, ma mère Rivka qui avait 18 ans (à droite), et ses sœurs Leah (22 ans, au centre) et Esther (15 ans) faisaient la queue pour être marquées. Elles ont compris dès cet instant que leurs parents et deux des benjamines avaient été tués. Avec leur frère David qu’elles ne devaient retrouver qu’après la guerre, elles étaient seules désormais.
En 1944, elles ne savaient jamais si elles survivraient jusqu’au lendemain. Aujourd’hui, elles sont toutes les trois en Israël, ont 31 petits-enfants et deux d’entre elles ont 35 arrière-petits-enfants, un chiffre en perpétuelle augmentation.
Elles forment la génération fondatrice, elles sont après la Shoah le Ground Zero de la dynastie Grünwald-Kahana.
3 frèresMon père Aharon Kahana et ses deux frères, Moshe et Yehezkel.
Mon père était issu d’une fratrie de onze enfants. Pour ne pas être enrôlés dans l’armée allemande, les six frères se sont enfuis de Beregszaz (Hongrie) avant l’arrivée des nazis. Les cinq sœurs sont restées. Moshe est arrivé le premier en Israël, c’était en 1933. Il a commencé des études dans une Jeshiwa (université talmudique), puis les a interrompues pour rallier un mouvement de jeunesse, le Hachomer Hatzaïr. Il a été l’un des membres fondateurs du kibboutz Masryk, implanté dans le nord d’Israël où il a accueilli ses frères en 1939. Leurs parents, trois sœurs aînées et les enfants de celles-ci avaient été tués à Auschwitz. Deux de leurs sœurs ont survécu et sont également venues en terre sainte.
Mes parents, dont les familles étaient toutes deux originaires de Beregszaz, se sont rencontrés en Europe, mais c’est en Israël qu’ils sont tombés amoureux l’un de l’autre. Leur histoire commune a vite rapproché les deux clans.
La photo des trois sœurs est le point central de l’exposition et symbolise, avec celles des trois frères, la renaissance de la famille dans son contexte israélien : quatre générations de kibboutznik et de colons, de juifs orthodoxes et de gentils, d’hommes et de femmes de gauche et de droite.
Pour la génération de mes parents, la famille était tout. C’était une question de vie ou de mort. Combien de fois ai-je entendu ma mère raconter la façon dont ses sœurs lui avaient sauvé la vie ! De même que mes cousins entendaient leurs mères dire qu’elles devaient la vie à la mienne. Cela créa entre elles des liens éternels que ma génération a intériorisés sous une forme affaiblie et que les membres des troisième et quatrième générations ont quasiment oubliés. J’ai choisi de réaliser ce projet, avec ces deux photos au centre, pour analyser cet éloignement entre les différentes branches alors que ma famille commençait à s’étendre, reflétant la diversité de la réalité israélienne actuelle.
Ma mère et mon père Tel-Aviv, 1995
Mes parents, Aharon et Rivka, sur la dernière photo qui les réunit. Le lendemain, mon père a subi une opération à laquelle il n’a pas survécu.
Toute sa vie, mon père a été en excellente santé – jusqu’à ce jour de la fin février 1995 où les médecins ont diagnostiqué un cancer. Deux semaines plus tard, un dimanche, il devait être opéré. La veille de l’opération, tous les enfants et les petits enfants se sont réunis pour lui souhaiter bonne chance. Je suis venu avec mon équipement et j’ai photographié mes parents et leurs petits-enfants. Le lendemain, mon père passait sur la table d’opération et ne s’est pas réveillé.
Le cousin YakiLe cousin Yaki et sa femme Tzofit, Susya, Cisjordanie, 2004
La cousine Etaet son mari Yosef sur le seuil de leur maison
Hébron, 2004
Ma cousine Eta et son mari Yosef vivent près d’Avraham Avinu, au cœur de la ville arabe d’Hébron, patrie des patriarches bibliques qui abrite aussi leur tombeau où reposent également plusieurs autres familles juives. Le Tombeau des patriarches est placé sous protection permanente de l’armée israélienne. De temps à autre, quelqu’un est assassiné. Quelqu’un de la communauté juive ou de la communauté palestinienne. L’un des dix enfants d’Eta, Elazar, a ainsi été tué lors d’un attentat terroriste dans la Hebron-Beersheba Road.
Neta, Nofei Prat Cisjordanie, 2003
Neta, fille de ma cousine Yonina, avec son mari Elad devant leur container d’habitation. Ils sont colons dans le territoire cisjordanien occupé par Israël.
La famille Barak,Petach Tikva, 1993
Ma cousine Libi avec son mari Naftali et les 10 enfants: Yair, Asher, Hagit, Tehila, David, Netanel, Hillel, Shilo, Rachel und Yinon.
La cousine Libiet son mari, 2002
Libi tient une photographie encadrée de son fils aîné Yair, tué en 1995 au Liban.
Tal R,fils du cousin Shmuel dans son atelier à Copenhague, Danemark, 2004
Tante Adina et Oncle Aharon, Herzliya, 2004
Devant leur piscine à Herzliya, au nord de Tel-Aviv.
Tante Yafa et Oncle Baruch,Bnei Brak, 1992
La tante Adina d’Herzliya et l’oncle Yafa de Bnei Brak sont frère et sœur. Comme vous le constatez, le fossé entre les générations se retrouve parfois aussi entre les membres d’une même fratrie.
Ma mère Rivka et mes enfants Gil et Roni, 2003
Cette photo est mon autoportrait. Elle représente mon passé et mon avenir, mon origine et mon devenir.
Vers la page d'accueil du dossier "Les 60 ans d’Israël"Le graphisme de cette page a été réalisé à partir d'une esquisse de Yann le Padellec qui a participé à notre concours "A vos pinceaux ". Nous le félicitons encore pour son coup de crayon ! Vous pouvez retrouver son dessin sous forme de carte postale à envoyer à vos amis.







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