De Lenny Abrahamson
(2007, Irlande, 1h25)
Avec Pat Shortt, Anne-Marie Duff, Conor Ryan
Un DVD MK2Synopsis : Au fin fond de l’Irlande, de petits villages très tranquilles abritent encore des personnages comme Josie (Pat Shortt), à qui est confiée la gestion d’un garage. Josie fait le plein, vend des bidons d’huile. Il s’occupe aussi de la maintenance, à son rythme. La vie s’écoule lentement, jusqu’au jour où il est secondé par un adolescent. La fin de cette morne solitude est un évènement heureux qui a un prix : l’effondrement de l’univers béat et philanthrope de Josie.
Critique : Les premières scènes de « Garage », sont tapies sous la plus complète bonhomie et la succession des nano évènements à un point tel que, bien qu’on pressente un retournement, la question est d’emblée posée de savoir comment le réalisateur Lenny Abrahamson pourra tenir la durée d’un long métrage. Cela crée en soi un petit suspens, tout en l’alimentant. La surprise ne prendra pourtant pas le visage disgracieux d’une astuce de scénario à la mesure de l’attente, ou d’un évènement tellement malin qu’il en deviendrait obscène. Ici, on s’arrime au quotidien et à la tragédie tout aussi abordable qu’il abrite.
Lenny Abrahamson mise sur l’économie du dialogue, l’emploi des formules consacrées et autres marques de politesse inauthentiques, qui participent d’un malaise rampant, peu à peu révélé sous le pittoresque rassurant, anodin ou inoffensif des verts paradis irlandais. Ces automatismes de langage sont autant le fait de Josie, cet homme au corps désarticulé, presque infirme, que de ses rares concitoyens. Leur attitude à son égard oscille entre la condescendance (son patron), le mépris ou la moquerie (les clients plus rustres du pub local), que le garagiste accepte avec un égal stoïcisme. Josie est regardé par Lenny Abrahamson comme le représentant d’un monde galvaudé et peu à peu démantelé, un idiot du village toléré jusqu’il y a peu, quand il pouvait faire une erreur de caisse ou indisposer les clients par son regard torve.
Aujourd’hui, nous dit le réalisateur, on ne sait plus gérer la différence, on n’a plus le temps, on a perdu le mode d’emploi. Il n’y a qu’à la supprimer. Dans un monde aussi étriqué, pareille situation n’a qu’une seule issue. Mais Josie aura quand même son mot à dire. Il occupe littéralement l’écran de son corps déglingué et de sa démarche débonnaire qui parlent pour lui. Son allure pose les bonnes questions aux spectateurs, de manière d’autant qu’elles ne sont ni verbalisées, ni soulignées par la mise en scène. Dans le rôle du bouffon campagnard et candide, celui qui amuse un temps, jusqu’au moment où il devient embarrassant pour les autres, Pat Shortt crève l’écran. Comédien renommé en Irlande et spécialiste du one man show, il immortalise avec le trouble nécessaire le regard serviable que Josie porte sur ses congénères embarrassés, ou sur les filles du village, fanées d’être restées trop longtemps dans cette bourgade à voir leurs petits rêves s’envoler lentement.
Julien WelterEn complément :Une fable tragicomique : entretien avec Lenny Abrahamson
GarageDe Lenny Abrahamson
(2007, Irlande, 1h25)
Avec Pat Shortt, Anne-Marie Duff, Conor Ryan
Un DVD MK2