Synopsis : À San Diego, Leslie dix-sept ans, entre en hésitant dans un centre d’hébergement pour les enfants. Lorsqu’on l’interroge sur sa famille elle ne fournit que des réponses évasives. Huit ans auparavant, Leslie vit chez ses parents. Sur le chemin de l’école, un homme lui demande de l’aider à retrouver son chien qui s’est perdu dans le voisinage. Très affable, il la raccompagne à l’école. Le soir même, alors que Leslie est sur le chemin du retour, le même homme lui explique que ses parents l’ont chargé de l’emmener en urgence. Il la drogue grâce à un coca qu’il lui donne. Leslie se réveille, loin de chez elle, en compagnie d’un autre petit garçon Donnie, lui aussi drogué. Ces deux hommes prostituent les enfants qu’ils enlevent et les photographient pendant des années… Devenus adolescents, Leslie et Donnie sont livrés à eux-mêmes dans les rues. Ils dorment sur la plage ou sous les ponts et continuent à se prostituer…
Le trailer du filmCritique : « Mon plaisir et ton plaisir marchant / comme deux anges blancs / dans les jardins de la nuit… » Si le titre du film est tiré d’un beau poème romantique de Robert Bridges, a contrario le film de Damian Harris porte en lui la douleur de milliers de larmes d’enfants. Car ces « jardins » arrachent le cœur plus qu’ils ne le transportent. Peut-être parce que de la première image à la dernière, la caméra ne quitte pas les yeux limpides de Leslie, en gros plans continuels, qui reflètent son enfance et son innocence perdues, les bas-fonds qu’elle découvre malgré elle et sa vie brisée. Traitant d’un sujet particulièrement dur et tabou, les kidnappings d’enfants et de leur exploitation par des réseaux pédophiles, ce film mise sur ses deux grandes forces : sa modernité et sa subtilité.
Construit en un flash-back intéressant, l’image en tant que vérité s’opposant aux mots hésitants de Leslie, le film tout entier est un souvenir refoulé qui remonte lentement à la surface. Pour éviter tout faux-pas, le parti pris de la première partie du film est donc de filmer à la hauteur de ces yeux d’enfant : une caméra presque subjective, d’une tristesse insoutenable. Tout passe par le regard de Ryan Simpkins (jouant Leslie enfant) : la tristesse, la peur, la compréhension immédiate du mensonge, la violence de la vie quotidienne ou la dissimulation difficile d’une haine tenace envers les deux hommes. Ce qu’on comprend là de la nature humaine est quasiment insoutenable. Ce business bien rodé de l’innocence vendue parfois à des gens puissants – l’épisode du juge et de ses enfants est particulièrement abject… - est décrit de manière particulièrement frappante : les paroles calibrées et mielleuses des proxénètes distillent l’horreur d’un discours longuement rabâché à des dizaines d’autres enfants. Pour se protéger, Leslie se recrée un monde à elle à partir du Livre de la Jungle avec son compagnon d’infortune, le petit Donnie, qui devient son frère de souffrance à défaut de l’être par le sang sous une couverture utérus très rouge. La deuxième partie du film montre la vie de Leslie à dix-sept ans, ou plus exactement sa survie avec Donnie dans les parcs publics, sous les ponts, dans les squats… Cette fois la caméra est à l’épaule, plus rageuse, et le combat semble un plus égal s’il n’en est pas moins cruel. Le tout est d’un réalisme brutal.En plus de rencontrer des années durant des responsables de centres pour enfants, des policiers spécialisés dans les crimes pédophiles, des victimes ou des parents, Damian Harris a aussi lu pas mal de témoignages de rescapés de camps de concentration, sur leur vie d’après et leurs liens avec les autres survivants. Le point commun ? Après des années de torture, ces martyrs se heurtent en effet à l’impossible retour à la vie normale, avec souvent pour issues le suicide ou l’autodestruction. Le générique de fin nous rappelle que des centaines de milliers d’enfants sont concernés aujourd’hui aux États-Unis et des millions dans le monde. Et malgré les appels dans les médias, ses visages qui nous regardent, imprimés sur des bouteilles de lait, ou à la Une des magazines comme celui de Maddie McCann l’été dernier, le monde reste impuissant à protéger ses enfants, perdus à jamais dans les Jardins de la Nuit.
Delphine Valloire
Damian Harris : Né le 2-8-1958 à Londres. Fils d’acteur de cinéma, l’enfant assiste aux tournages sur les plateaux de David Lean ou de Sam Peckinpah et à dix ans, il joue dans OTLEY (réal. : Dick Clement) aux côtés de Romy Schneider. Formation à la International Film School de Londres. Participe à un séminaire d’écriture de scénario à l’école de cinéma de New York.







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Dans ces terribles « Jardins de la Nuit », Damian Harris révèle avec beaucoup d’intelligence et de réalisme le long martyr des enfants kidnappés et abusés. Douloureux et bouleversant…
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