Taille du texte: + -
Accueil > Comprendre le monde > ARTE Histoire

ARTE Histoire

Les mercredis de l'histoire Les mercredis de l’histoire proposent une approche critique des événements et épisodes de l’histoire européenne et internationale.

> Gargouilles > Hommes poisson et autres figures patibulaires

ARTE Histoire

Les mercredis de l'histoire Les mercredis de l’histoire proposent une approche critique des événements et épisodes de l’histoire européenne et internationale.

ARTE Histoire

L'image du mois - 30/11/05

Hommes poisson et autres figures patibulaires

Des lions en furie, des démons grimaçants, des griffons et d’autres animaux encore peuplent les extérieurs de la cathédrale. Les civilisations les plus diverses cultivent la croyance selon laquelle il serait possible de chasser les mauvais esprits par des masques à leur effigie.

a lire aussi



De même, les gargouilles de la cathédrale de Fribourg en Allemagne du Sud avaient pour fonction de préserver les hommes de ces esprits malfaisants. Mais nombreux sont aussi les sinistres figures, tout en haut de la cathédrale, qui étaient vues comme la personnification d’esprits malins, contraints de se mettre au service de l’église. Ils canalisent l’eau pour éviter que l’édifice ne soit trop vite attaqué par les éléments et pour que la nef, à l’exemple de l’arche de Noé, puisse naviguer vers des eaux étales. Les démons et les épouvantables visages des gargouilles expriment la terreur ressentie par la population de l’époque, mais aussi la certitude que le Créateur cantonne le Mal dans des frontières bien délimitées

« Les fesses à l’air »

Un personnage humain à deux têtes et aux cheveux longs s’arc-boute contre le pilastre, bras et jambes tendus ; entièrement dénudé, il tend son postérieur vers le spectateur. Ses deux têtes reposent sur la droite et la gauche du chapiteau du pilastre.

Cette figure obscène a donné lieu à des récits fantaisistes. L’explication la plus répandue attribue ce geste grossier à l’archevêque dont le Palais est situé en face de la gargouille ; or, la sculpture date du Moyen Age, alors que Fribourg-en-Brisgau n’est devenue résidence épiscopale qu’en 1827.

Le bicéphalisme du personnage pourrait être une allusion au diable qui, au Moyen Age, était souvent représenté avec plusieurs têtes. Sur la cathédrale de Fribourg, on peut voir également un monstre bicéphale sur le pilastre correspondant, côté nord. A l’époque, l’exhibition des parties génitales ou du postérieur était un motif très prisé. Dès le XIIe siècle, on le retrouve largement dans la peinture, la sculpture et l’art figuratif religieux mais aussi, à partir du Moyen Age tardif, sur des stalles de chœur. Il traduit un geste railleur, mais aussi apotropaïque, c.-à-d. destiné à conjurer le mauvais sort. Dans l’iconographie chrétienne, ce personnage pourrait symboliser le péché de luxure. Une gargouille similaire est exposée au Musée Cluny de Paris : un personnage masculin qui, en revanche, porte des vêtements, exhibe également son fessier dénudé.

Milieu du XIVe siècle, (0. Schmitt), début du XVe siècle (F. Baumgarten) (réplique)

Une truie et ses deux porcelets

L’animal, magnifiquement travaillé, avance avec vivacité son sabot droit, l’autre patte étant plaquée sur la pierre. Sa tête expressive et son corps allongé abritant deux porcelets en train de téter sont reproduits de manière très réaliste.

On trouve beaucoup de gargouilles qui ont la forme d’un porc. Dans la Bible, « la truie qui a été lavée [est retournée] se vautrer dans la boue » (2 Pierre 2 :1-22), symbolise les croyants inconstants qui se laissent toujours séduire par la « souillure » du monde séculier. Incarnant la cupidité et l’intempérance, le porc représente aussi un des sept péchés capitaux (cf. 91).

Début du XIVe siècle (réplique)

Homme barbu assis en tailleur

Ce personnage a la bouche grande ouverte, une main posée sur sa tempe et l’autre sur sa barbe. La sculpture ressemble à celle située sur la tour Ouest, qui incarne la colère dans le cycle des « Sept péchés capitaux ». (cf. 85).

Les gargouilles ont souvent la bouche ouverte, elles grimacent en signe de moquerie ou pour conjurer le mauvais sort. Ce motif récurrent au Moyen Age est déjà présent dans l’architecture romane, où des ouvertures en forme de « gueules » servaient de déversoir. Outre les dégorgeoirs des cathédrales (gargouilles), on trouve ces « gueules » sur certaines margelles de puits et meurtrières de châteaux forts et autres fortifications.

A la corniche située en dessous du dégorgeoir est accroché un singe. Vêtu d’un manteau (serait-ce une robe de bure ?), il tient de la gauche une pomme, évocatrice du péché originel. Souvent, au Moyen Age, le singe incarnait aussi le diable parce qu’il aimait à imiter les gestes des hommes et il était aussi utilisé pour parodier et se moquer de certains ordres de la société médiévale, comme le clergé, etc.

De nos jours encore, l’expression « singer quelqu’un » est révélatrice de la connotation négative liée à l’animal.

2e moitié du XIIIe siècle




Articles par Heike Mittmann, fotos par Jean Jeras.


Trouvez plus d'informations sur les gargouilles de la cathédrale de Fribourg ici :

Die Wasserspeier am Freiburger Münster

Heike Mittmann
Fotografien von Jean Jeras
Kunstverlag Josef Fink, 2002, 2. Aufl.
ISBN: 3931820432


Edité le : 30-11-05
Dernière mise à jour le : 30-11-05


+ de Comprendre le monde