Sankt Pauli fait peau neuve. Après avoir été longtemps ignoré par les projets de ré-urbanisation, le quartier est aujourd’hui le terrain de chasse des spéculateurs immobiliers. L’assainissement de Sankt Pauli est en cours. La conséquence, c’est la gentrification. Dans le quartier, le coût de la vie augmente. Cela profite aux investisseurs et classes aisées, mais pas aux habitants à faible revenu. L’alternative est simple : plier bagage ou résister à l’évolution. Le documentaire « Empire Sankt Pauli », sorti en Allemagne l’été dernier aborde ce phénomène. Les réalisateurs du film vivent dans le quartier depuis plusieurs années. Le film raconte la vie du quartier et de ses habitants. Il explique les tenants et les aboutissants de la situation actuelle et donne la parole à ceux que personne n’écoute.
Au centre de la polémique : les gratte-ciel, qui poussent comme des champignons. Ils correspondent à une politique d’urbanisation qui privilégie les considérations économiques au détriment des besoins des habitants. Plus on paie, plus on peut construire haut. Et les loyers grimpent d’autant. Les artistes et les créatifs perdent peu à peu leurs espaces d’expression. Ted Gaier, du groupe Die Goldenen Zitronen, résume la situation : « La vie des gens est gérée de manière complètement féodale, par quelques gros commerçants, assis sur leur tas d’or. C’est comme avec la bourgeoisie d’autrefois : 20 % des gens jouissent des droits civiques. Et pour les autres, c’est : « Allez vous faire foutre, de toute façon, vous n’avez pas un rond ». Les « Goldenen Zitronen » sont un groupe punk du milieu des années 80, issu de la mouvance des squatteurs de la Hafenstraße. Au fil des années, le groupe développe son propre langage musical avec lequel il s’interroge sur les réalités d’un monde dominé par l’économie de marché.
A Sankt Pauli, les cultures underground et le divertissement grand public ont toujours cohabité. Mais l’équilibre entre les deux tend à disparaître. La politique culturelle de Hambourg se focalise sur les grands événements comme le Schlagermove, une sorte de Love Parade, ou d’autres comme le festival Harley Days. La gentrification vise à faire de Sankt Pauli un quartier propre et sûr. En un mot : un quartier mis en valeur. La résistance s’organise sur tous les fronts. Depuis 2008, le réseau « Es regnet Kaviar – il pleut du caviar » organise la lutte contre la soi-disant valorisation de Sankt Pauli. L’association citoyenne No BNQ (pour Bernhard Nocht Quartier ) s’oppose elle aussi au projet du futur quartier Bernhard Nocht. Une contestation pacifique, aux couleurs pop et fantaisistes, avec les Goldenen Zitronen.
En matière de résistance, Sankt Pauli peut se prévaloir d’une longue tradition. Dans les années 80, les forces contestatrices s’étaient rassemblées autour des squats de la Hafenstraße. Et déjà à cette époque, un projet de réhabilitation avait pu être stoppé, comme le rappelle l’historien Christoph Schäfer : « Les squats de la Hafenstrasse ont eu pour effet de geler les loyers pendant dix ans dans un rayon de 200 mètres. Les spéculateurs n’osaient plus investir dans le quartier. A l’heure actuelle, la question est de savoir si on parviendra à imposer l’idée d’un nouveau modèle d’urbanisation. Et cela devra se faire à un niveau plus élevé, cela ne se fera pas à partir de petites initiatives locales. En revanche, ce qu’on peut faire, c’est modéliser un concept en vue de ce que pourrait être la ville demain si la société dépensait son argent de manière cohérente, si elle investissait dans des villes plus intéressantes et plus agréables à vivre, au lieu d’investir dans des projets orientés vers le commerce. Ça ne se fera pas en deux ou trois ans, c’est un combat de longue haleine qui doit se faire à l’échelle mondiale. »
Liens
Album
Give me a Vollzeitarbeit (2009)Die Goldenen Zitronen
Label : Cooking Vinyl







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