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Berlinale 2009

Du 05 au 15 février, retrouvez toute l'actualité de ce prestigieux festival du film dans notre dossier.

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Berlinale 2009

Berlinale 2009 - Compétition officielle - 15/02/09

Gigante

Un film d'Adrián Biniez


Intrigue minimale pour personnage maximal dans « Gigante » : un gros vigile de surface commerciale s’éprend d’une frêle collègue. Une coproduction Arte

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Synopsis : Jara (Horacio Camandulle) est vigile dans une surface commerciale à Montevideo. Il travaille de nuit et son job consiste à éviter le chapardage en surveillant les ménagères qui prennent leur service dans le magasin vidé de ses clients. Il tombe amoureux de l’une d’elles, Julia (Leonor Svarcas), et s’ingénie à la suivre pendant la journée, lors de son temps libre.

Critique : Lorsque survient en plan fixe un bataillon d’agents d’entretien éclairés de manière peu amène par les néons du supermarché où ils officient, on se dit que le cinéaste uruguayen Adrian Biniez se recommande esthétiquement d’une ligne claire sud-américaine qui a caractérisé ses compatriotes Juan Pablo Rebella et Pablo Stoll (« Whisky » en 2004) ou ses aînés mexicains Carlos Reygadas et Amat Escalante, jusqu’à les faire passer pour des cinéastes autrichiens. Très vite, et pour notre plus grande surprise, Biniez saupoudre d’un humour candide ce programme qui s’annonçait particulièrement austère. Nous avons affaire à un émule d’Aki Kaurismaki et non à un disciple de Michael Haneke, un rêveur qui dynamite l’hyper réalisme par le gag, éradique le sordide par une touche fleur bleue mais conserve sa lucidité. Jara le vigile est un personnage tout à fait kaurismakien, un bibendum chaussé de Doc Marteens qui écoute du trash metal à longueur de nuit et porte des t-shirts qui reproduisent les logos des groupes Biohazard et Motorhead.

Gigante
D’Adrian Biniez
(2009, Uruguay, 1h24)
Avec Horacio Camandulle, Leonor Svarcas, Nestor Guzzini…
Compétition
Une coproduction Arte
Comme Robert de Niro, qui dans « Casino » de Martin Scorsese (1995) voit apparaître Sharon Stone à travers un écran de contrôle et la sublime par ce truchement, Jara contemple Julia de son poste de surveillance. Coincé dans ce rôle d’observateur, il se révèle incapable d’aborder la jeune femme. Quand ce gros bonhomme solitaire et gauche sortira-t-il de sa bulle ? Adrian Biniez nous fait patienter avec malice, ce qui est d’ailleurs légitime : dans ce (gigantesque) magasin où le travail nocturne est ennuyeux, le temps est figé. Le cinéaste ne nous assomme pas pour autant, il ne cède pas au regard uniformément clinique porté sur une société morose et témoigne d’une réelle affection pour ses protagonistes. Il délivre aussi près d’une idée par plan, ce qui est considérable au regard de l’état de cinéma d’auteur à tendance sociale et vériste.

Biniez évite même la plupart des lieux communs : l’idée émancipatrice d’une réappropriation du lieu de travail par la rêverie, l’envie de regarder une jolie fille plutôt que des boîtes de flageolets, ou la prédilection pour un rythme lent qui résulterait de la situation de Jaca, un amoureux sur son nuage pour qui l’existence est soudain suspendue. « Gigante » pourrait être rebaptisé « Lust in the Supermarket ».

Julien Welter

Edité le : 30-01-09
Dernière mise à jour le : 15-02-09