Critique : Lorsque survient en plan fixe un bataillon d’agents d’entretien éclairés de manière peu amène par les néons du supermarché où ils officient, on se dit que le cinéaste uruguayen Adrian Biniez se recommande esthétiquement d’une ligne claire sud-américaine qui a caractérisé ses compatriotes Juan Pablo Rebella et Pablo Stoll (« Whisky » en 2004) ou ses aînés mexicains Carlos Reygadas et Amat Escalante, jusqu’à les faire passer pour des cinéastes autrichiens. Très vite, et pour notre plus grande surprise, Biniez saupoudre d’un humour candide ce programme qui s’annonçait particulièrement austère. Nous avons affaire à un émule d’Aki Kaurismaki et non à un disciple de Michael Haneke, un rêveur qui dynamite l’hyper réalisme par le gag, éradique le sordide par une touche fleur bleue mais conserve sa lucidité. Jara le vigile est un personnage tout à fait kaurismakien, un bibendum chaussé de Doc Marteens qui écoute du trash metal à longueur de nuit et porte des t-shirts qui reproduisent les logos des groupes Biohazard et Motorhead.

D’Adrian Biniez
(2009, Uruguay, 1h24)
Avec Horacio Camandulle, Leonor Svarcas, Nestor Guzzini…
Compétition
Une coproduction Arte

Biniez évite même la plupart des lieux communs : l’idée émancipatrice d’une réappropriation du lieu de travail par la rêverie, l’envie de regarder une jolie fille plutôt que des boîtes de flageolets, ou la prédilection pour un rythme lent qui résulterait de la situation de Jaca, un amoureux sur son nuage pour qui l’existence est soudain suspendue. « Gigante » pourrait être rebaptisé « Lust in the Supermarket ».
Julien Welter







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