Synopsis : Le pouvoir, l’argent et le sang. Telles sont les « valeurs » avec lesquelles les habitants de la province de Naples et de Caserte doivent se confronter chaque jour. En fait presque toujours, les gens n’ont pas le choix, ils sont forcés d’obéir aux règles du Système, la Camorra, et il faut une sacrée chance pour pouvoir seulement penser à mener une vie « normale ». Dans ce paysage de violence, cinq histoires s’entrecroisent.
L'interview du réalisateur Matteo Garrone
Le trailer du film (Windows Media Vidéo)
Critique : Film fleuve hanté d’une douleur implacable, « Gomorra » examine en plus de deux heures cinq destins brisés par une des mafias les plus puissantes du monde, la Camorra napolitaine. Matteo Garrone porte sur cette organisation criminelle un regard naturaliste sans effets, quasi-documentaire : un acte cinématographique presque salutaire. Car ce faisant, il balaie l’image glamour de la mafia forgée chefs d’œuvre après chef d’œuvre par de grands réalisateurs américains avec par exemple « Les Affranchis » de Scorsese, la trilogie du « Parrain » de Coppola ou encore le « Scarface » de Brian de Palma. Ce dernier est d’ailleurs abondamment cité dans le film par deux gamins, parmi bien d’autres, éblouis par la flamboyance mortifère du anti-héros Tony Montana et qui l’imitent pathétiquement avec des flingues volés en slip sur la plage. Garrone décrit frontalement de ce rêve de pouvoir, une malédiction qui frappe toutes les couches de la société en insistant son côté minable, sa médiocrité. Ce faisant, il montre des gens qui n’ont de toute façon aucune chance de s’en sortir quoiqu’ils fassent. Car cette malédiction de la Camorra touche les milieux les plus pauvres d’abord, les moins éduqués, les plus fragiles car sensibles au gain de l’argent facile, à l’envie de reconnaissance, au besoin de fratrie pour ensuite rayonner vers le haut sur toutes les classes sociales.
Ce film s’apparente à un combat. On le sent dans chaque plan, dans chaque visage. Adapté du livre de Roberto Saviano, devenu une sorte de chevalier anti-mafia livre avec ce best seller dans son pays, le film avait déjà un parfum de scandale avant même d’être fini. Inspiré de faits réels, il ne dénonce pas seulement le proxénétisme, le racket, le traffic de drogue mais aussi d’une corruption à plus haute échelle, dans des business « respectables » comme le faux traitement des déchets toxiques : si on ne meurt pas par balles de la mafia on peut en mourir par un cancer ! Garronne avoue avoir connu des conditions de tournage intenses sans toutefois s’être senti menacé comme Saviano sous protection policière depuis deux ans. Par contre, il est victime des attaques du gouvernement c’est-à-dire de la droite qui pensent que « Gomorra » donne une mauvaise image de l’Italie alors que le filml tente de donner un coup de pied dans la fourmilière et de faire bouger les choses. Avec ce film coup de poing, Garrone marque son appartenance à cette génération de réalisateurs qui porte un nouveau regard, sans concession, sur la société italienne. Avec Paolo Sorrentino le plus esthète et Marco Tullio Giordana (« Nos Meilleures Années »), ils s’attaquent à des sujets sensibles et sociaux, frontalement, sans avoir peur de l’ampleur de la tâche. Et prouvent que le courage et la lutte ne sont pas morts en Italie. Delphine Valloire







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Fleuve de douleur, « Gomorra » examine cinq destins brisés par une des mafias les plus puissantes du monde, la Camorra napolitaine.
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