Sophie Rosenzweig pour ARTE Journal : quelle est la situation à Port-au-Prince deux ans après le tremblement de terre ?
Franketienne : « Tout juste après le tremblement de terre, il y a eu des démarches tant du point de vue national qu'international. On a cru bien sûr que tout allait s'arranger, pour l'habitat, pour les gens qui ont été traumatisés par le tremblement de terre, que ce soit au niveau des handicaps physiques, que ce soit au niveau des handicaps psychiques. Il y a vraiment eu tout au début, un battage autour de ça, mais les traces sont encore évidentes et puis c'est encore très lent, parce qu'au niveau des édifices, il y a des édifices majeurs, où logeaient les étudiants, les facultés, les universités, les églises et rien n'a été fait. J'ai rencontré les étudiants qui se plaignent beaucoup, il y en a même qui sont en colère, parce qu'ils sont mal logés, il fait chaud de 10 heures à 16 heures, quant aux églises, quant à certains immeubles, là où étaient certaines institutions étatiques, il faut dire que rien n'a été fait. Il y a eu le discours du Premier Ministre avant-hier, ainsi que celui du Président, on est encore au stade des promesses. Je souhaite que cela se fasse très vite, parce que les gens commencent à être impatients.
Pourtant il y avait un énorme espoir au moment où les bailleurs de fond internationaux avaient promis 11 milliards de dollars. Où sont-ils passés?
Franketienne : « Je ne crois pas que les bailleurs de fond, les amis d'Haïti, je ne sais pas comment les appeler, disons la communauté internationale qui s 'est penchée sur le cas de Haïti ait donné tout cet argent. Ce qui est visible, c'est la relocalisation des gens qui étaient sous les tentes. Il y a certains endroits qui ont été non seulement déblayés, mais les gens ont été déplacés, parce que les tentes c'est traumatisant, cela représente encore la mémoire fraîche de ce malheur, ensuite le confort des gens qui vivent sous le soleil, nullement à l'abri des intempéries, que ce soit le soleil, que ce soit la pluie, que ce soit le vent, que ce soit les inondations, quelque part, il y a quelque chose qui a été fait. En dehors de ça, moi ce qui m'inquiète, c'est le mécontentement surtout de la jeunesse estudiantine. Après deux ans, ils n'ont pas encore de local, il n'y a que des hangars où ils sont dans un fourneau, dans une étuve, il fait très chaud et j'ai parlé à beaucoup d'entre eux, et ils sont vraiment fâchés.
Au sujet de la communauté internationale. Moi je crois que la crise qui est à l'échelle de la planète, contribue quelque part aussi à ralentir tous les dons qui étaient promis. A côté de ça, je crois qu'il n'y a pas eu de réorientation au niveau des constructions, dans le sens positif, dynamique. Il y a des choses qui ne relevaient pas de l'urgence qui ont été faites par l'actuel gouvernement. On aurait dû envisager la poursuite de la relocalisation des gens mais sur le plan du confort, parce ce qu'on dit en créole chez nous, enlever un fardeau sur la tête pour le déplacer sur les épaules, on ne peut pas échanger un malheur contre un autre malheur.
Est-ce que le séisme a encore un peu plus enterré Haïti, parce qu'on a cru qu'avec tout l'argent promis, le pays allait être sauvé. Or aujourd'hui il y a tellement peu de choses qui ont été faites ?
Franketienne : « ça a augmenté nos malheurs, ça a augmenté nos misères, nos pénuries, nos carences, mais sur le plan de l'éducation, il y a un effort qui a été fait. Bien sûr ce n'est pas la perfection, on avait dit qu'on enverrait à l'école près d'un million d'enfants, mais de toutes manières, à partir de ce qui est dit, je crois qu'il y a 500 000 enfants et c'est déjà beaucoup qui vont aujourd'hui à l'école, mais dans des conditions pas idéales du tout, c'est-à-dire, manque de professeurs, manque de matériels, il ya même des enfants qui pouvaient aller à l'école quivu la situation ont préféré retourner chez eux, mais quand même il y a quelque chose qui a été fait sur le plan de l'éducation, c'est un fait, au moins sur le plan de la scolarisation, tant à Port-au-Prince que dans la province.
Comment le nouveau gouvernement gère-t-il la crise?
Franketienne : « C'est toujours la lenteur haïtienne, beaucoup de promesses, beaucoup de paroles, c'est la fougue de certains ministres très jeunes et puis d'abord la fougue du Président qui semble être un moteur mais qui tourne comme ça, avec beaucoup de paroles, beaucoup de promesses, mais qui méritait une orientation sur le plan des idées, sur le plan des rêves et sur le plan d'un leadership général.







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