Critique : « Harvey Milk » est l’histoire d’une utopie sociale, au même titre que les précédents films hollywoodiens de Gus Van Sant. Souvenez-vous de « Will Hunting », soit le jeune homme issu des taudis qui n’en a pas moins la bosse des maths, et « A la rencontre de Forrester », soit le basketteur adolescent qui se révèle un littérateur de génie. Harvey Milk est un homme politique gay et il a les traits de Sean Penn, qui livre une performance à mille de lieux de celle, gloussante, de Tom Hulce dans « Amadeus » de Milos Forman, à laquelle certains voudraient la ramener (quand l’un de ses amants s’étonne de le voir toujours le sourire au lèvre, Milk répond simplement : « Je suis comme ça, je n’y peux rien »). Sean Penn s’emploie à faire oublier dès les premiers plans du film l’idée du contre-emploi ou du coup médiatique. Son jeu solide et respectueux des conventions dramatiques ne lui pas valu sans raison l’Oscar du meilleur acteur.
Harvey Milk est même un personnage emblématique d’un grand scénario américain : un velléitaire chronique qui décide à quarante ans de faire enfin quelque chose de sa vie, quitte à la perdre. Milk sort du placard, abandonne son emploi dans un bureau et commence à militer. Le début des années 1970, façon « La Belle équipe », laisse rapidement la place à la nécessité de s’organiser. D’abord barbu, l’amateur politique découvre le cynisme, il se coupe les cheveux, s’achète une cravate et un costume. Il réalise qu’il ne lui suffit pas de motiver les gays. Puisqu’ils sont ostracisés en raison de leur orientation sexuelle, le seul moyen d’obtenir suffisamment de bulletins de vote est de courtiser les autres marginaux : hippies, bikers, fumeurs de hasch… Milk se prend d’autant mieux au jeu qu’il l’a accepté. On lui assure : « Si vous voulez gagner dans cette région de Californie, il faut positiver, non vous lamenter ».

De Gus Van Sant
(2008, USA, 2h08)
Avec Sean Penn, Josh Brolin, Diego Luna, James Franco, Emile Hirsch…

Le réalisateur mise d’ailleurs très peu sur le vintage : quelques images d’archive habillement exploitées, à peine un tube disco ou deux en fond sonore. A la différence d’un personnage comme Blake (Michael Pitt), sosie abstrait et mythifié de Kurt Cobain dans « Last Days », Milk est une figure tout à fait lisible et peu édifiante. Gus Van Sant dispose tout de même ses habituelles coquetteries Pop Art, mais les fond dans le classicisme (les bulletins de vote comme autant de confettis). Il élague avec intelligence la biographie de l’homme politique, avec le sens de la brièveté qu’on connaît à ce lauréat d’une Palme d’Or de 83 minutes, « Elephant ».
Les contradictions d’un tel personnage sont toutefois maintenues, celles d’un fonceur qui laisse le manque de confiance et la paranoïa le submerger, mais qui donne sur la place publique l’image d’un leader en contrôle de lui-même. Milk s’emploie à rassembler, mais n’a pas le temps de recoller les morceaux de sa vie privée. Il perd son amour (James Franco) et, par empressement, ne récupère qu’une catastrophe humaine (Diego Luna, plutôt bon dans un rôle ingrat et masochiste). Tout est donc compréhensible dans cet hommage à l’action d’un type normal soudain happé par sa prise de position. Bien sûr, il y a une scène d’opéra qui paraît en trop. Mais n’est pas le propre de toutes les scènes d’opéra au cinéma, y compris les meilleures (« Les incorruptibles », « Le Parrain 3 ») ?
Gus Van Sant
Livre de Stéphane Bouquet et Jean-Marc Lalanne
Editions des Cahiers du Cinéma






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( note Arte: 4.5 )





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