Head-Roc, également connu sous le nom de « The Mayor of D.C. Hip Hop », diffuse son message politique par le truchement de beats entraînants et de samples basiques. Aux États-Unis, il a conquis un large public en marge du mainstream. Cet homme d'une bonne trentaine d'années emporte partout son bureau : grâce à son ordinateur portable, il organise des battles, des séminaires universitaires sur le hip-hop et vit son rêve américain.
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« Mon rêve, je le vis. En 2004, j'ai quitté le monde du travail traditionnel et mon job d'ingénieur dans l'administration d'Arlington en Virginie. C'était un travail d’« esclave », il n’était pas en harmonie avec mes convictions et ce que je voulais apporter à la société. Quand j'ai compris que l'administration suprême de mon pays utilisait une partie de mon salaire pour des trucs que je refusais de cautionner, j'ai dit ciao. Et j'ai décidé de gagner ma vie en faisant des choses auxquelles je croyais vraiment. C'était il y a quatre ans. Si je réfléchis bien, j’ai commencé à vivre mon rêve depuis le premier jour de ma nouvelle vie. Faire du fric et être reconnu ne m’intéresse pas. Je n’ai pas besoin de poser un rictus aux lèvres sur des affiches placardées aux quatre coins du monde. Les gens doivent tout oublier quand ils me voient. J'ai juste envie de faire ma musique. A travers elle, je peux m'exprimer, partager des expériences qui me permettent d'écrire de nouvelles chansons, et je peux rassembler une communauté de frères et de sœurs. De cette manière, je peux communiquer sur des tas de problèmes auxquels on est confronté sur cette terre. Quand je suis sur scène, je sue parce que je donne tout. Grâce à l'argent que je gagne, je peux payer l'assurance maladie de ma fille. Et puis sur le chemin de l'aéroport je rencontre des gens qui voient bien que je suis dans la musique. Ils veulent savoir ce que je fais. On discute. Je leur dis ce que je pense. Neuf fois sur 10, on discute de l'humanité en général. 2008 marque le 40e anniversaire de l'assassinat de Martin Luther King Jr, et les gens pensent sincèrement que ces 40 années ont suffi pour régler six siècles d'esclavagisme. Beaucoup voient dans cet assassinat le point d’orgue du Mouvement des droits civiques, du combat pour la liberté. Personnellement, il est clair que le Mouvement pour les droits civiques m’a rendu la vie plus facile. Mais mon arrière arrière arrière-grand-père était encore un esclave. Le fait que ma vie soit plus facile ne signifie pas que le racisme et l’esclavage ont disparu, loin de là. Est-ce que je ne suis pas privé d’une partie de mes droits uniquement à cause de la couleur de ma peau et de quelques signes extérieurs ? Je ne sais pas en quoi je dois encore croire dans ce pays. Je ne sais pas ce que je dois penser des Blancs. Tout ce que je sais, c’est qu’au moment critique, je me ferai avoir. Sur scène, c'est génial de faire des sauts, de tout donner et de distraire les Blancs. Certains savent que j'ai quelque chose à dire, que je transmets des messages intéressants, et ils me rendent quelque chose en retour, ils me donnent même de l'espoir, ils m’apaisent. Mais si à un moment critique, ils se retrouvent face à leurs cousins, leurs frères ou leurs sœurs, qu’est-ce qu’ils feront ? Est-ce qu'ils me laisseront tomber ou est-ce qu’ils donneront leur vie pour moi ? Tout cela me donne à réfléchir. C'est ça la nouvelle Amérique. C'est aussi le moment où les Blancs qui savent doivent aller en première ligne. Nos leaders ont été assassinés sans broncher. Et on continue de les assassiner quand ils parlent de faire tomber les barrières de race ou de classe. Pour l'instant, tout se passe bien pour moi. Quand riches et pauvres se retrouvent à mes concerts, je dois faire très attention, mais quand des Blancs et des Noirs viennent aux battles de hip-hop, alors là, ça devient intéressant. »
www.head-roc.com
Ecoutez l'entretien (4'48'', en anglais)