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Les mercredis de l'histoire Les mercredis de l’histoire proposent une approche critique des événements et épisodes de l’histoire européenne et internationale.

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23/11/06

Hongrie : Le synopsis de l'entretien

Catherine HorelLa vocation d’historienne de Catherine Horel

La vocation d’historienne de Catherine Horel est indissociable de ses origines : petite fille d’une juive hongroise déportée à Drancy pendant la Seconde Guerre Mondiale, Catherine Horel a centré nombre de ses recherches sur la question des Juifs de Hongrie pendant la Seconde Guerre, et sur la restitution des biens juifs en Europe Centrale dans l’après-guerre. Estimant que tous les tabous de l’histoire hongroise sont désormais levés, elle choisit de parler de quatre tabous qui ont été levés au cours des trente dernières années avec des modalités très variées. Des fonctionnements différents sont à l’origine de ces tabous ; et des conjonctures diverses rendent possible la fin du silence, qui provoque – ou non – des controverses.

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La question des Juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale

Le premier tabou qu’elle évoque concerne la question de l’histoire des Juifs de Hongrie massivement déportés avec l’aide de la population et de la milice hongroises à la fin de la Seconde Guerre. Les deux années qui suivent la guerre voient des historiens et des intellectuels aborder la responsabilité des Hongrois dans la collaboration et la déportation des Juifs à travers des articles et des publications. Les débats ne touchent pas la population, soumise aux conditions économiques très dures et à l’occupation de l’armée rouge avec tous ses débordements. Les Hongrois se préoccupent plus de leur quotidien que du sort des Juifs. Mais ces deux années sont appelées « la parenthèse démocratique », car la liberté de pensée ne dure pas. Dès 1947, le régime communiste censure le sujet des Juifs au nom de l’unité nationale et de l’idée d’égalité que ne doivent pas perturber les différences religieuses. Le rôle fondamental des Juifs dans l’histoire de la Hongrie dès le 19ème siècle doit être mis sous silence. Il s’agit également de remettre toutes les fautes sur le dos des nazis et de déresponsabiliser les Hongrois : l’historiographie communiste est fondée sur une vision monolithique entièrement centrée sur la victimisation générale du peuple hongrois.

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Le tabou provient à la fois de la censure du Pouvoir mais également, et c’est là son originalité, du silence que les familles juives elles-mêmes s’imposent. En effet, pour des raisons idéologiques, chez les juifs communistes qui croient vraiment dans le régime, et pour des raisons de peur ou de désir d’intégration, les Juifs ne transmettent pas l’histoire de la déportation à leurs enfants. C’est au cours des années 1980, lorsque le régime hongrois s’assouplit, que les générations ultérieures commencent à s’interroger sur leurs ancêtres, en même temps que certains historiens. En 1989, la révolution débouche sur la levée du tabou sur l’histoire des Juifs : elle provoque des controverses au sein de la population juive parmi laquelle certains reprochent à leurs aînés leur « collaboration ». Le travail des historiens s’appuie à la fois sur les archives ouvertes en Hongrie et sur la re-publication des écrits parus au cours des années 1945-1947 (comme ceux de István Bibó).

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La révolution d'Octobre 1956

En 1989, c’est bien évidemment le tabou sur « Octobre 56 » qui est aussi levé. Cette fois-ci, la percée du secret correspond à la volonté massive de la population hongroise qui exige une « vérité historique ». Le travail des historiens hongrois est encouragé par le nouveau gouvernement qui ouvre toutes les archives. Un Institut consacré à l’histoire de la Révolte de 1956 est même fondé. La rapidité du travail des historiens pour dévoiler la « vérité » sur 1956 est également possible grâce à l’envoi des archives soviétiques, le « dossier Eltsine », qui permettent enfin de retracer la véritable chronologie des événements et de révéler que la volonté des Soviétiques d’envoyer ses troupes remontait en fait au 30 octobre.

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A l’origine du tabou sur 1956, il n’y a en revanche que la volonté politique du régime – contrairement au tabou qui a existé sur les Juifs. Les dirigeants hongrois qui répriment la révolte, comme Janos Kadar, dont Catherine Horel rappelle qu’il est passé du camp des révolutionnaires au camp des bourreaux, sont décidés à punir ceux qui parleraient de la Révolution. Pendant des années, les Hongrois n’en parlent donc pas de peur des représailles. Et ce silence est d’autant plus fort que 200.000 Hongrois, acteurs de la révolte de 1956, émigrent à l’étranger pour échapper à la répression. Le silence politique sur Octobre 1956 concerne vraiment l’événement dans sa globalité. En effet, ceux qui, contraints et forcés parfois, volontaires d’autres fois, ont été du côté des bourreaux, ont souvent eux-mêmes appliqué la loi du silence sur leur implication : en visionnant le film du procès des dirigeants de la révolte au musée de la Terreur à Budapest, Catherine Horel a ainsi découvert avec stupéfaction qu’un de ses cousins avait été juge au cours du procès... Or personne ne le savait dans la famille : le secret était total. Comme quoi, la Grande Histoire de ce tabou intervenait directement dans la petite histoire de cette famille. Et nous pouvons l’imaginer, de bien d’autres familles. Bien évidemment, au cours de toutes ces années, les manuels scolaires n’évoquent pas la Révolution de 1956, et les historiens la citent en la taxant de « contre-révolution fasciste ». Après l’amnistie de 1964, ils évoquent « les événements » sans les analyser.


Carole Trébor Mais, comme dit Catherine Horel, « ça chuchotait dans les familles » : personne n’oublie. Et les gens directement touchés par les événements tentent d’apprendre la vérité ; ils savent où sont enterrés les corps des 300 victimes exécutées. Une anecdote révèle bien comment le silence imposé sur « les événements » n’a pas empêché les familles de poursuivre leur quête de vérité : tout le monde a toujours su à Budapest où étaient enterrées les victimes. A la fin des années 1980, avant même la Révolution, des proches se réunissent à cet endroit et fondent le Comité de Justice Historique pour demander la reconnaissance des victimes et une sépulture digne. Leurs réunions sont dispersées par la police jusqu’à la Révolution de 1989. Et dès janvier de cette même année, la levée du tabou s’accompagne d’une transmission télévisée des images de ces parcelles où sont ensevelies les 300 victimes exécutées. Cette diffusion télévisée frappe beaucoup les esprits et participe, voire encourage, le désir de « vérité historique » de la population.

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Le rôle des médias

Depuis 1989, les médias sont en effet en Hongrie un relais très efficace de l’information historique pour l’opinion publique. Leur impact est d’autant plus puissant que la levée de ces tabous prend souvent la forme d’un véritable événement national. Cette ritualisation reflète d’une part la volonté du gouvernement de participer au rétablissement de la « vérité historique » et d’autre part la grande conscience historique des Hongrois, dont Catherine Horel remarque la vivacité. Des centaines de milliers de Hongrois assistent à de grandes cérémonies symboliques : « ré-enterrements », funérailles officielles, érections de monuments… En juin 1989, le gouvernement organise ainsi les funérailles officielles de Imre Nagy, le chef de la Révolution de 1956, exécuté en 1957. La cérémonie est extrêmement mise en scène et filmée par la télévision ; cette scénographie télévisuelle reflète le grand rôle accordé aux médias dans la levée du tabou. Catherine Horel insiste d’ailleurs beaucoup sur la vocation patriotique, au sens positif selon elle, de la télévision nationale hongroise.


L’entre-deux-guerres et l’amiral Horthy

Certaines de ces manifestations soulèvent toutefois des controverses dans la presse et l’opinion. Les débats idéologiques témoignent bien des enjeux politiques qui expliquent cet accompagnement étatique de la levée des tabous : en 1993, la droite hongroise célèbre par exemple en grande pompe le ré-enterrement de l’amiral Horthy, qui a été à la tête d’un gouvernement autoritaire dans l’entre-deux-guerres. Or l’amiral Horthy, longtemps jugé comme un dictateur, reste un personnage extrêmement trouble. L’instrumentalisation politique de ce chef hongrois par la droite relève d’une problématique délicate en Hongrie. En effet, une grande partie de l’opinion publique et des intellectuels est choquée par la célébration de celui qu’ils voient comme un ancien dictateur.

Catherine Horel rappelle d’ailleurs que le thème de l’entre-deux-guerres reste aujourd’hui un sujet de controverses parmi les historiens et le grand public – ce qui donnerait à penser que certains tabous ne sont sans doute pas levés à ce sujet. En effet, l’historiographie est passée d’une vision manichéenne, dominante à l’époque communiste, sur la dictature fasciste de Horthy, à une utilisation idéologique de ce modèle par la droite hongroise. Aujourd’hui encore, les historiens cherchent une « vérité » en tentant de passer à travers les mailles de la manipulation politique dont cette période de l’entre-deux-guerres reste l’objet.

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Catherine Horel Les Habsbourg et la Hongrie

Si pendant la période communiste, les historiens n’ont pas pu travailler sur Octobre 1956, ils ont réussi, et ce de façon officielle, à faire évoluer l’historiographie dans un sens qui n’était pas nécessairement celui de l’idéologie imposée par le Parti. Ainsi certains historiens ont-ils réussi à infléchir les théories politiques monolithiques qui dominaient l’historiographie endoctrinée ; ils ont réussi avec intelligence, tout en restant des historiens officiels et reconnus, à lever des tabous sur certains sujets – comme celui du lien entre les Habsbourg et la Hongrie pendant la période de l’Empire austro-hongrois. Se dégagent du carcan de l’interprétation marxiste, ils ont mis en place de nouveaux angles d’approche de cette période et de la place de la Hongrie dans l’Empire.


Il est intéressant de le relever : sans être dissidents, ces historiens ont pratiqué leur discipline historique dans une démarche autonome, en parvenant à se libérer des dogmes idéologiques – qui apparaissaient bien évidemment dans les introductions et les conclusions de leurs publications, mais sans en entacher le contenu. Des tabous ont ainsi été levés dès les années 1970 sur la position de la Hongrie dans l’Empire austro-hongrois, allant à l’encontre de la vision officielle.


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Il semble à ce propos important de conclure sur le fait que l’histoire hongroise a été écrite essentiellement par des historiens hongrois, sans que les Occidentaux viennent lever des tabous ou analyser la situation. Certains émigrés hongrois ont également participé à l’écriture de cette histoire hongroise – notamment pour le 19ème siècle, période où les archives leur étaient autorisées.

Le rapport des jeunes Hongrois avec leur histoire

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La bibliographie filmée

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Entretien réalisé en octobre 2006 par Carole Trébor, historienne et journaliste, collaboratrice d'ARTE France.
Caméra et montage: Delphine Bole
Rédaction du synopsis de l'entretien: Carole Trébor

Merci à Madame Catherine Horel de nous avoir accueilli pour cet entretien.

Site de Mme Catherine Horel au CNRS.

Edité le : 17-10-06
Dernière mise à jour le : 23-11-06


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