(USA, 2005, 120mn)
Avec Don Cheadle, Joaquin Phoenix, Nick Nolte, Sophie Okonedo…
Synopsis : L'histoire vraie, pendant le génocide rwandais, de Paul Rusesabagina, un hôtelier responsable du sauvetage de milliers de personnes.
Critique : Plus de dix ans après le génocide rwandais, le cinéma tente de témoigner cette année à sa façon imparfaite avec deux films présentés cette année au festival de Berlin : "Sometimes in April" et Hotel Rwada". Rappel des faits : en avril 1994, des milices Hutu fanatisées et guidées par la radio des Mille Collines massacrent des Tutsis par centaines de milliers pendant plus de trois mois, enfants et femmes compris sous le regard impuissant des forces de l'ONU qui ont pour ordre de ne pas intervenir. Terry George a choisi de raconter l'histoire de Paul Rusesabagina, directeur d'un palace, qui a sauvé plus d'un millier de personnes en les recueillant dans l'hôtel assiégé. C'est donc par le regard de cet homme, qui s'est conduit comme un Juste, que le génocide est vu.La question du rôle d'un film, d'une fiction comme témoin imparfait et impossible de l'Histoire peut se poser encore et encore pour la Shoah comme pour ce génocide. Il n'en reste pas moins que l'on ne peut contester l'absolue nécessité de mémoire et l'absolue nécessité de faire passer un message. Terry George raconte l'histoire de ce couple, lui Hutu et elle Tutsi, qui se bat pour survivre et pour protéger leurs proches et les autres. Et des acteurs jouent magnifiquement ces rôles dans un Rwanda à feu et à sang entièrement reconstitué. Mais l'artifice est efficace et que lui demander de plus ? Il sera vraiment difficile d'oublier la peur qui ronge chacun de ces personnages, la voix sinistre et abominablement présente de la radio des Mille Collines qui incite au meurtre et à la haine absolue.
Le brouillard se lève un instant sur des milliers de corps au détour d'une route, un caméraman filme de loin une milice en train d'exterminer un village à la machette : le cinéaste a conscience ici de montrer l'inmontrable, de l'impossibilité de sa tâche et fait preuve de beaucoup d'intelligence. Paul Rusesabagina, incarné par l'excellentissime Don Cheadle, après avoir aperçu cette route jonchée de cadavres retourne à l'hôtel et s'écroule en essayant de nouer sa cravate : l'Occident l'abandonne dans un spasme horrible et tout ce à quoi il croyait s'est effondré devant la Mort à perte de vue.
Le film aborde avec l'amertume nécessaire la responsabilité des états occidentaux dont la France, l'horrible indifférence du monde devant sa télévision et l'impuissance douloureuse des forces ONU présente sur place. Nick Nolte interprète le colonel Oliver, commandant des forces ONU, dépassé mais résistant, ravagé par sa cupabilité et l'attitude impardonnable de ces dirigeants face au sort de l'Afrique. Un témoignage pour que ça ne recommence plus ? On peut rêver sans trop d'espoir que ces génocides ne se reproduisent jamais mais ce serait sans aucun doute avoir bien trop confiance en l'Homme. "Hotel Rwanda", en racontant par le biais de l'histoire d'un seul homme une des pages les plus tragiques de l'Histoire, nous montre l'humanité dans ce qu'elle a de plus terrifiant et de plus beau.
Delphine Valloire
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Hotel Rwanda
De Terry George
(USA, 2005, 120mn)
Avec Don Cheadle, Joaquin Phoenix, Nick Nolte, Sophie Okonedo…
Sortie le 30 mars 2004






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