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Actualité Cinéma

Pour ceux qui aiment les macarons… (ou les costumes ou Michelle Pfeiffer)

Actualité Cinéma

Sortie du 9 mars 2005 - 21/03/05

Hotel

De Jessica Hausner
(Autriche, 2004, 1h22)
Avec Franziska Weisz, Birgit Minichmayr, Marlene Streeruwitz
Une coproduction Arte France 
Sélection Officielle Cannes 2004 – Un Certain Regard

 
Interview avec Jessica Hausner (Réalisatrice)
Video 1  Video 2 

 
Interview avec Franziska Weiß (Irene)

Video  



Extraits du film 
 
 Synopsis : Irène est une jeune femme réservée, mais d’un naturel assez volontaire. Elle obtient un travail de réceptionniste dans un grand hôtel des Alpes autrichiennes et, peu à peu, trouve ses marques, malgré une atmosphère qui n’est pas des plus chaleureuses. Sa combativité s’altère néanmoins lorsqu’elle découvre qu’elle remplace une autre employée, disparue dans de mystérieuses circonstances. Essayant d’en savoir plus, elle se heurte à d’autres membres du personnel, dont la sécheresse se transforme dès lors en hostilité. De la prudence à la crainte, les incertitudes d’Irène n’auront de cesse de se faire plus présentes.

Critique : Au même titre que « Psychose » d’Alfred Hitchcock (qui a carrément engendré un remake plan par plan, réalisé par Gus Van Sant en 1998) , « Shining » (1980) est une sorte de film-matrice qui inspire le monde audiovisuel dans ses expressions les plus diverses, du cinéma aux installations d’art contemporain, et qui ne cesse, avec les années, de produire de troublantes variations.

Après le court métrage suédois « Do you have the Shine ? » de Johan Thurfjell (présenté à Cannes l’an passé), où les célèbres déplacements en tricycle du petit Danny se voyaient ré-agencés en mouvements de jeu vidéo, les bases du film de Stanley Kubrick permettent à la réalisatrice autrichienne Jessica Hausner de construire un film extrêmement tenu, où la revisitation, voire les similitudes (un hôtel en montagne, des phénomènes inexpliqués, la récurrences des trajets, l’isolement), conduit à une confrontation passionnante : celle où s’entrechoque la quintessence d’un esprit très matérialiste et concret (où un « oui » veut toujours dire « oui » et un « non » immanquablement un « non ») à une subjectivité et une logique aléatoire, propre à la nature spéculative du genre fantastique.

Là où « Hotel » tient d’une réussite incontestable, c’est que cette confrontation entre le chaud et le froid ne s’annule jamais. Au contraire, c’est la raideur de la mise en scène, où chaque cadrage et chaque coupe sont au cordeau, qui permet une préservation continue de l’imprévu. La réalisatrice ne cède à rien,  et surtout pas à un crescendo dans l’inexpliqué qui aboutirait à une signification de plus en plus nette et restrictive. Le goût de ce cinéma pour les lignes droites et les angles à 90 degrés conduit au contraire à une déambulation permanente de l’imaginaire du spectateur.

 Julien Welter

 Synopsis : IRÈNE (Franziska Weiss) vient de commencer son apprentissage de réceptionniste dans un hôtel des Alpes, quand elle apprend que l'employée qu'elle remplace a disparu dans d'étranges circonstances. Elle décide de mener sa propre enquête pour résoudre cette énigme, mais se heurte à l' indifférence et à l'hostilité de ses collègues. La menace diffuse qui pèse sur elle se fait chaque jour plus insoutenable. Elle décide alors de prendre la fuite...

Critique : L'hôtel « Waldhaus » est un endroit comme on en trouve dans les contes de Grimm les plus terrifiants : situé loin de tout quelque part dans les Alpes autrichiennes, entouré de sombres forêts et d'une légende macabre à souhait pour titiller le touriste, celle d'une sorcière brûlée vive dans une grotte au Moyen-Age. La direction, très à cheval sur les principes, veille avec rigueur sur la propreté et sur le service d'un personnel maussade. Des murs lambrissés et ornés de ramures de cerfs, d'interminables couloirs aux teintes blafardes gris-bleu ou verdâtre, tout cela crée une insupportable atmosphère d'angoisse. C'est dans ce décor rébarbatif que débarque Irène, jeune fille bon chic bon genre à la raie coquette et lunettes assorties, et bien décidée à faire aussi consciencieusement que possible son boulot de réceptionniste.

Mais voilà, certaines choses dans cette maison ne sont pas très nettes : il y a par exemple ce haut-parleur dans le plafond de l'ascenseur qui émet des crissements bizarres et parfois des bribes de chansons, ou encore les innombrables portes obstruées et les couloirs qui ne mènent nulle part… D'ailleurs, l'employée qu'Irène remplace s'est évaporée sans laisser de traces. Et puis il y a ces policiers silencieux alignés en rangs d'oignons qui font penser qu'il pourrait s'agir d'un meurtre..

« Hôtel », second film de Jessica Hausner (après « Lovely Rita ») à être présenté à Cannes dans la section Un Certain Regard, fait penser de prime abord à un thriller à la Hitchcock. Le côté inhabituel des perspectives de la caméra et des montages suscitent un sentiment de désarroi, et bientôt le spectateur comme la protagoniste ne se sentent plus en sécurité nulle part, ni dedans ni dehors. Mais alors qu'il espère encore une élucidation du crime et guette les détails réalistes ou les indices psychologiques qui pourraient lui fournir des informations, le spectateur pressent que la menace diffuse qui émane de cet hôtel pourrait bien être liée à l'inconscient de la jeune fille. Comme la protagoniste de David Lynch dans « Lost Highway », Irène a perdu sa boussole intérieure, elle ne fait plus la différence entre réalité et imaginaire. Car au fond, il y a plus grave encore que de disparaître à jamais dans une forêt obscure : le plus grave dans l'affaire, c'est ce quotidien qui n'a rien d'autre à offrir que de l'indifférence et des déceptions.

 Martin Rosefeldt

Edité le : 07-03-05
Dernière mise à jour le : 21-03-05