Synopsis : Pendant quinze années, Juliette (Kristin Scott Thomas) n’a eu aucun lien avec sa famille qui l’avait rejetée. Alors que la vie les a violemment séparées, elle retrouve sa jeune sœur Léa (Elsa Zylberstein), qui l’accueille chez elle à Nancy. Elle vit auprès de son mari Luc, beaucoup moins enthousiasmé par cette venue, du père de celui-ci et de leurs deux fillettes.
Le trailer du filmCritique : C’est peu dire du premier long métrage de l’écrivain et scénariste Philippe Claudel qu’en dépit de l’idée du secret et de l’ostracisme dont Juliette est frappée, il souffre d’un excès de lisibilité. Au cours de cette ode à la vie provinciale et régénératrice, loin d’une capitale fustigée en quelques pics inefficaces par le mari de Léa ou leurs amis, rien ne nous sera épargné. Le scénario est absolument infaillible : voilà longtemps qu’il n’avait pas fallu esquiver une telle volée de répliques qui sonnent comme autant de coups de coude assénés fermement au public, complice malgré lui, au cas où il ne comprendrait pas pourquoi Juliette préfère se taire.
On doit pourtant à Philippe Claudel le scénario de « Sur le bout des doigts », une réussite du réalisateur Yves Angelo en 2002. Le pari qu’il souhaite relever ici n’est pas non plus anodin : comment dire l’indicible dans cette France où il faut laisser du temps au temps ? En s’offrant justement le luxe de multiplier les scènes de cafés ou de promenades, sans compter celle d’un week-end dans la traditionnelle maison de campagne. La petite famille s’y rend dans le véhicule conduit par papa, qui fend le paysage hexagonal et serein sur la gauche du cadre, pendant qu’un joli lâché de volatiles se charge de rééquilibrer le plan à l’autre extrémité. Cette latence n’est pas émouvante, ni même kitsch, mais préjudiciable car sitôt le film décidé à s’emparer enfin de son sujet, vers le dernier quart d’heure de la projection, qu’il est déjà temps de le conclure ! Philippe Claudel veut-il se persuader par ce moyen que dès le moment où Juliette aura verbalisé ce qui la hante, elle ira mieux et ses proches également ? Kristin Scott Thomas est une comédienne à l’autorité incontestée, mais on touche-là au cœur du problème rencontré par l’auteur : il donne l’impression de ne pas mettre sur un pied d’égalité le roman, ouvrage noble, et le cinéma, divertissement de masse où il faudrait tenir la main au spectateur. Julien Welter







Envoyer à un ami
Une fiction cathartique appuyée sur les retrouvailles de deux sœurs.
RSS
Facebook
Twitter