
Documentaire de Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudil
(France, 2005, 1h20)
Un DVD Bodega Films
Synopsis : L’intitulé de ce documentaire correspond à un extrait d’une fable de La Fontaine. Il s’intéresse à l’entreprise d’une psychologue et deux médecins, attachés à suivre des patients dont l’activité professionnelle est devenue la cause d’une souffrance manifeste et exponentielle : harcèlement, intimidation, humiliation...
Critique : Construit en une série d’entretiens, qui procèdent de la confession, ce documentaire se situe exclusivement dans l’intimité des cabinets de consultation. La sobriété du dispositif (un angle de caméra fixe le patient et son médecin de profil) entend privilégier l’écoute attentive du spectateur, mais aussi lui permettre de saisir les gestes et les expressions des patients, qui vont généralement bien au-delà des monologues… Les auteurs de ce film, Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudi, n’ont pas focalisé leur carrière sur les problèmes sociaux ou la dimension revendicative du documentaire, comme en témoignent "Pardevant notaire" et "Arbre", deux films d’inspiration différente sortis en salles récemment, pour être accueillis chaleureusement. Si le tandem s’intéresse aujourd’hui au monde du travail, c’est pour filmer des personnes qui, pour la plupart, aiment ce qu’ils font et s’y investissent. Le pays dans lequel ils vivent, lui, ne s’aime plus. Aimer son travail peut déjà provoquer la suspicion ou carrément le mépris, quand les notions de compétition, de stratégie, d’écrémage ou de dégraissage (des termes spécifiquement industriels) durcissent son quotidien, pour mieux le déshumaniser. L’homme peut beaucoup et on exige beaucoup de lui, de plus en plus et avec le moins de ménagement et de considération. Dans un tel contexte, le sentiment ou le ressentiment, bien que prévisibles, sont presque devenus obsolètes et le confinement attentif du cabinet veut leur accorder une place, non comme un simple mais primordial exutoire, mais aussi comme le début d’une réflexion sur les moyens d’inverser la tendance. Clair et édifiant, le film invite en effet à une vigilance collective et à la restauration d’un débat sur la société du travail. Si Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudi filment ces médecins, ce n’est pas uniquement parce qu’ils ont inauguré et promulgué un nouvelle antenne au sein de l’exercice de la médecine du travail, mais aussi parce qu’ils sont en réseau. Ils s’organisent afin de répondre au désarroi, d’où la scène « viatique » qui conclue le film, afin de ne pas abandonner le spectateur à un constat clinique et radical pourtant clairement revendiqué. Sans tempérer la gravité de la situation, bien au contraire, ces médecins, ces patients et le film qui a saisi leur collaboration appellent à la vigilance et à un regroupement concerté qui seul pourra opposer à la réalité du travail un discours viable et légitime.
Julien Welter
- Les bonus:
Mon diplôme c'est mon corps de Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudil (18 mn)
Dossier de presse du film
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Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés
Documentaire de Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudil
(France, 2005, 1h20)
Un DVD Bodega Films
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