Taille du texte: + -
Accueil > Mouvements de cinéma > Actualité Cinéma > In This World > In This World

Actualité Cinéma

Pour ceux qui aiment les macarons… (ou les costumes ou Michelle Pfeiffer)

Actualité Cinéma

29/10/03

In This World

Sortie du 29 octobre 2003

In This World

(Grande-Bretagne, 2002, 88 min)
De Michael Winterbottom
Avec Jamal Udin Torabi, Enayatullah, Imran Paracha, Hiddayatullah, Hossain Baghaeian


Ours d'Or Berlinale 2003

Trailer:

Real Video: Modem/ISDN Haut-débit

Synopsis : Jamal et Enayatullah, réfugiés afghans, sont cousins et vivent dans un camp vers Peshawar au Pakistan. Lorsque sa famille décide d'envoyer Enayatullah à Londres pour lui assurer une vie meilleure, Jamal les persuade que, malgré son jeune âge, il doit l'accompagner car il parle couramment anglais. Les deux garçons quittent le village et commencent un long voyage à travers l'Iran, la Turquie, l'Italie et la France jusqu'à Londres…

Critique : Après le très rock'n'roll "24 Hours Party People" consacré à la scène de Manchester, Michael Winterbottom passe radicalement à autre chose avec ce film sur le voyage éprouvant de deux jeunes réfugiés afghans à travers le Moyen-Orient puis l'Europe, retrouvant ainsi le ton militant de Welcome to Sarajevo réalisé en 1997. Une voix-off, utilisée avec parcimonie durant le film, explique dès les premières images la situation géopolitique du pays et donne quelques chiffres d'une froideur toute journalistique qui ne veulent à la fois rien dire et tout dire sur la misère de ces apatrides. Michael Winterbottom présente donc "In This World" comme un faux documentaire mais une vraie fiction, basée sur des témoignages recueillis notamment au tristement célèbre camp français de Sangatte. Les images tournées en vidéo digitale puis transférées au format cinémascope (2.35) balancent, elles-aussi, entre les deux genres, entre le noir et blanc et la couleur, entre l'esthétisme voire l'expérimentation artistique et la rudesse pour les séquences caméras à l'épaule. Ces visions ne s'oublient pas : paysages, lumières, visages, routes, déserts et poussière collée sur les bus. Elles s'ancrent dans une réalité brutale loin de tout artifice mais évoquent aussi les couleurs fondues des films hypnotiques d'Alexandre Sokourov en révélant le talent insensé d'un jeune directeur de la photographie, Marcel Zyskind. Winterbottom réussit donc là un exploit en réalisant un film politique mais humain que l'on suit avec passion, sur les traces chaotiques de ces jeunes hommes encore naïfs, brinquebalés de rencontre en rencontre, de pays en pays, des jeeps aux bus puis aux camions jusqu'à ce container sans issue parti d'Istanbul à Trieste. Les instants de drame ou d'angoisse sont soulignés avec sobriété par des violons et des cuivres sourds de tension. Après cette projection éprouvante restent des images envoûtantes : celles de fillettes souriantes aux robes scintillantes jouant au milieu du désert, les images fantômatiques de ces ombres, des corps fatigués d'enfants qui traversent la nuit les montagnes kurdes et se cachent terrifiés dans la neige illuminés par la flamme de coups de feu lointains. Ce film brûle comme un flambeau, il rend la peur palpable, ces sentiments et cette rage universels et cette histoire n'est plus une colonne de mots à la page " faits divers ". C'est eux, c'est nous.

Delphine Valloire



Synopsis : De même qu'un million de leurs compatriotes, les deux cousins afghans Jamal et Enayatullah ont fui les bombardements américains en octobre 2001 pour aller se réfugier à Peshawar, ville frontière du Pakistan. Jamal, un orphelin de 14 ans, vit dans un camp de réfugiés. Mais comme il parle et comprend l'anglais, le père d'Enayatullah décide qu'il accompagnera son fils adulte en Angleterre, où il espère pour lui une vie meilleure. Sans papiers en règle, le périple organisé par des passeurs professionnels à travers le Pakistan, l'Iran et la Turquie pour rejoindre l'Europe se transforme en une périlleuse odyssée.

Critique : La période pendant laquelle la détresse du peuple afghan a focalisé l'attention des médias occidentaux ayant été somme toute assez brève, le projet de Michael Winterbottom sur le tragique périple de deux clandestins vers l'Europe a d'abord été en avance sur son temps pour finalement paraître assez dépassé face à une guerre imminente en Irak. Longtemps avant le 11 septembre, le réalisateur britannique s'était déjà intéressé au sort des réfugiés et à l'hypocrite distinction que tous les partis britanniques se sont empressés de faire avant les élections législatives entre des réfugiés politiques qui était les bienvenus et des réfugiés économiques qu'il convenait de renvoyer dans leur pays. Terrifié par la mort atroce de 58 réfugiés chinois asphyxiés dans un camion en juin 2000, Winterbottom a transposé le début de son histoire au Pakistan, et est resté fidèle à son idée malgré tous les dangers auxquels il s'exposait durant le tournage en pleine guerre d'Afghanistan. Au terme de recherches sur le sort de centaines de réfugiés afghans, IN THIS WORLD retrace le drame mi-documentaire mi-fiction de deux réfugiés incarnés par des amateurs repérés dans les rues de Peshawar. Winterbottom ne leur a donc pas confié un scénario bien ficelé avec des dialogues à apprendre par cœur, mais plutôt un cadre d'action qu'ils devaient faire vivre par l'improvisation et le hasard des circonstances. Sur le plan de l'esthétique et de la dramaturgie, le résultat n'est pas toujours probant. Bien que jouant ce qu'ils n'ont pas eux-mêmes vécu, les deux acteurs principaux doivent pourtant endosser toute la détresse et le malheur de leurs compatriotes. On se croirait parfois dans une pièce de théâtre amateur, notamment quand le film leur impose des situations éminemment tragiques. Comme si le film se défiait soudain de son propre concept réaliste, les moments d'intense d'émotion sont accentués par une musique à forte charge dramatique. Bien difficile dans ces conditions de faire la part des choses entre fiction et réalité…

Martin Rosefeldt

Edité le : 20-04-04
Dernière mise à jour le : 29-10-03