Toutes les hyperboles conviennent : Inde et Chine figurent aussi dans la catégorie des géants démographiques et géographiques, l'un et l'autre dépassent le milliard d'habitants (prévision d'un milliard et demi en 2025 en Inde), la population est jeune (plus en Inde qu'en Chine, en raison de la politique de natalité dictée par Pékin)...
L'Inde en mutation est prise très au sérieux
L'Inde d'ailleurs, plus que la Chine – intrigante, brillante et mystérieuse, voire menaçante – constitue un vrai modèle pour les pays émergents et en voie de développement. D'aucuns, et ils sont nombreux, parlent même de miracle indien, tout comme il y avait à une époque le rêve américain ; l'Inde est donc en mutation, la démocratie n'est pas uniquement l'apanage d'un Occident désormais vieillissant et le Parlement semble fonctionner sans accroc sur une population où la misère reste malgré tout très présente.
En janvier 2006, le forum économique de Davos ne s'y trompait pas : avec un thème sur « L'Inde est partout », la couleur était donnée. L'Inde, comme la Chine, se trouve emportée dans l'aventure obligée de la mondialisation. Sa société représente un fabuleux laboratoire pour en observer les effets en plein cœur d'un Etat-civilisation plus que nation et ses grands argentiers rachètent des fleurons du capitalisme mondial et européen (Lakshmi Mittal ou Ratan Tata, repreneur de Jaguar et Land Rover, par exemple) tandis que des villes comme Bombay ou Bangalore se transforment en Silicon Valley on ne peut plus dans l'air du temps. Au-delà de cet aspect, les principaux dirigeants de la planète ouvrent à présent les yeux et se déplacent en Inde, tout comme la littérature, l'art, le cinéma de ce sous-continent (avec Bollywood) intéressent à présent la planète entière.

A 1800 euros, la Tata Nano du constructeur indien Tata Motors est la voiture la moins chère du monde. Le rêve des nouvelles classes moyennes des pays émer- gents - un cauchemar pour l'environnement ?
Vidéo - 12'

Autre symbole du développement de l'Inde, également porte-étendard de l'innovation technologique : la Nano, Volkswagen au sens propre (la voiture du peuple). Cette voiture fabriquée par le groupe Tata Motors est actuellement la moins chère du monde. Le président du conglomérat économique, Ratan Tata, a présenté ce véhicule de 1800 euros à peine au salon de New Delhi. Le public européen l'a découvert au dernier salon de l'automobile de Genève. La Tata Nano devrait être produite à hauteur de 250.000 exemplaires cette année, et certainement un million au moins par an dans les années à venir. Quand la classe moyenne indienne représente 300 millions de personnes (600 millions d'après les prévisions en 2015) qui se déplacent essentiellement à pied, en bus ou dans des trains bondés, et quand on sait qu'un Indien sur 100 possède sa propre voiture, la Nano campe forcément la liberté par excellence. De se déplacer et de consommer. Une situation liée au développement de l'industrialisation en Inde mais qui, d'après certains experts, suit un cours dangereux, notamment en termes environnementaux à cause des émissions de gaz à effet de serre.
Chine : l'usine du monde a quelques lacunes
La Chine, elle aussi, est confrontée à ce dernier problème. Tout comme elle fabrique des voitures à bas coût pour correspondre aux attentes et au niveau de vie des Chinois. Avec les investisseurs étrangers, les exportations et nombre d'autres facteurs, la Chine vit également aujourd'hui dans une phase de croissance exponentielle. Mais origines, démarche et réalité sont autres qu'en Inde.
Malgré son rang démographique, la Chine ne dispose pas d'un réservoir de jeunes, et donc de main d'œuvre meilleur marché, aussi important que son voisin. La population vieillit et la politique de l'enfant unique y est pour beaucoup. Par ailleurs, sur un plan économique, la Chine n'applique pas une stratégie fiscale pour les entreprises aussi agressive que l'Inde : taux et investissements directs à l'étranger restent pour l'heure plus avantageux en Inde. Quant au système du parti unique, il freine grandement la modernisation du pays. La productivité des entreprises nationales dépend bien souvent du bon vouloir de certains ministères, le développement du secteur tertiaire et des services – spécialité indienne – n'a pour l'heure pas le même avenir en Chine puisque Pékin est à la traîne en termes de communication et de techniques managériales et, si les infrastructures semblent en meilleur état en Chine qu'en Inde, leur fonctionnement, ajouté au monopole étatique, coûte énormément d'argent au pouvoir.
L'Afrique, un marché juteux pour l'Inde et la Chine
Malgré cela, la Chine est en passe de devenir la première puissance commerciale au monde. Depuis 1979, elle a tout fait pour réussir la modernisation de son économie : elle a abandonné le plan pour le marché, mobilisé ses immenses ressources de main d'œuvre et tiré parti de la mondialisation en devenant l'usine du monde. Seul couac d'importance : la Chine est devenue grande puissance avant d'être riche car l'exode rural et l'urbanisation en sont encore à leurs débuts. La Chine va-t-elle réussir à passer d'une croissance forte à un développement équilibré ? Comment peut-elle freiner l'aggravation des inégalités sociales et des disparités régionales ? Nonobstant ces questions, un constat s'impose : la montée en puissance de la Chine bouleverse l'économie mondiale.
Dernier terrain d'affrontement en date entre Inde et Chine : le continent africain. Dehli joue la carte de la coopération, de l'aide au développement. Exportation de machines à broyer le riz au Niger, construction d'hôtels en Afrique du Sud pour la Coupe du monde de football 2010, construction d'autoroutes et aussi mise sur pied d’un « pan-African e-network » en Éthiopie, réseau qui permettra aux écoles et hôpitaux de 53 pays africains d’être en lien direct et permanent avec les meilleures institutions indiennes afin de bénéficier de leurs compétences. En somme, l'Inde veut rattraper son retard sur la Chine pour mieux s’implanter sur le continent, vendre ses produits, construire de nouvelles usines et développer une plate-forme afin de se rapprocher du marché européen. Sans omettre les innombrables ressources en matières premières en Afrique, forcément intéressantes pour les deux puissances.
L'Inde toutefois bénéficie d'une bonne image auprès de la population et de la communauté internationale quand la Chine remporte certaines parties à coups de milliard de dollars et de lobbying extrêmement agressif. Sa proximité avec le gouvernement soudanais alors que le Darfour subit un nouveau génocide contribue à ternir encore plus cette image.
Peut-on parler aujourd’hui d’un modèle de croissance indien ou chinois ?
Certains experts entendent minimiser la suprématie des deux futures superpuissances. « Un potentiel redoutable », d'après Pranab Bardhan, professeur d'économie à l'université de Californie à Berkeley, « mais deux pays plus arriérés que puissants ».
Au préalable, il s'agit de résoudre des problèmes graves qui mineront tôt ou tard le développement des deux pays : l'extrême pauvreté à résorber (près de 65% des Indiens et des Chinois gagnent moins de deux dollars par jour), un analphabétisme très important, un secteur agricole encore surreprésenté par rapport aux secteurs industriel et tertiaire, des crises sociales latentes, notamment en Chine, ou encore une bureaucratie écrasante combinée à une réforme du marché nécessaire mais loin d'être acceptée culturellement.
Alexis Fricker
Galerie photos Inde
Galerie photos Chine







Envoyer à un ami





RSS
Facebook
Twitter