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05/08/02

Interview Christian Coiffier


Interview avec M. Christian Coiffier, directeur du département Océanie au Musée de l'homme et Commissaire principal de l'exposition "Le voyage de la Korrigane dans les mers du Sud". Nous tenons à remercier M. Coiffier pour les nombreuses images mises à notre disposition et que vous pourrez admirer dans ces pages.

A huit ans a lieu votre première rencontre avec la Papouasie, lors d’une exposition où vous voyez des piliers de maison traditionnelle de la région du fleuve Sépik. M. Coiffier racontez-nous comment et quand par la suite vous avez décidé de vous consacrer à l’étude de la Papouasie Nouvelle-Guinée.

J’ai découvert la Papouasie Nouvelle-Guinée en 1972, peu de temps avant l'indépendance de ce pays, je me suis émerveillé devant la qualité de l'architecture des villages du fleuve Sépik, puis j’ai décidé, à mon retour en France, de me consacrer à l'étude de cette région encore peu connue des Européens.

Pourriez-vous nous donner des précisions concernant le thème de vos recherches ?

Depuis plus de vingt ans j’étudie dans le monde océanien (en premier
en Mélanésie, puis en Polynésie) les interactions entre les populations et
leur environnement végétal à travers leurs techniques. J’ai séjourné en
Micronésie (Guam et Nauru), en Mélanésie (Papoua indonésienne, Papouasie Nouvelle-Guinée, îles Salomon, Vanuatu, Nouvelles Calédonie, Fidji), en Polynésie (Hawaii, île de Pâques, Tahiti, îles Marquises, Nouvelle-Zélande), mais également en Australie.

Quelles sont les spécificités des maisons-type d'un village de la région étudiée lors de vos recherches ? Quelles techniques et quels matériaux sont utilisés pour la construction de la maison des hommes, les maisons communes, et quels avantages apportent ces techniques en cas de tremblement de terre?

L'urbanisme local répond à des critères géopolitiques locaux, comme la
division des communautés en divers groupes hiérarchisés (selon la parenté, le sexe, l'âge,...) qui demeurent chacun dans des édifices particuliers construits sur de hauts pilotis en raison des crues annuelles du fleuve. Tous les édifices sont réalisés en matériaux d'origine végétale. Les éléments constituants les deux charpentes séparées (celle de la toiture et celle de la plate-forme) sont uniquement posés et parfois ligaturés entre eux à l'aide de liens de rotin. Ce système résiste assez bien au tremblements de terre fréquents dans cette région. La toiture couverte d'un chaume épais permet une isolation thermique adaptée au climat tropical, les cloisons suspendues, réalisées en folioles de palmiers tressées, sont légères et permettent aisément l'aération par les brises venant du fleuve.

Avec l’arrivée de la christianisation quels sont les changements du statut de la femme par exemple?

Le statut des femmes diffère d'un archipel à l'autre en Océanie.
Ainsi, dans la région du fleuve Sépik (Papouasie Nouvelle-Guinée), les femmes iatmules assurent la nourriture quotidienne de la communauté en pêchant et en commercialisant le surplus de poisson contre de la fécule de palmier sagoutier produit par les femmes sawos des villages voisins. Les femmes possèdent ainsi le pouvoir économique. Elles laissent aux hommes, les rôles de défense du territoire et d'organisation de la vie culturelle.

Pourriez-vous revenir sur les changements des représentations mythiques avec le changement culturel ? Vous illustriez l’exemple d’une espèce de poisson qui avait été introduite après la disparition d’une autre et que parallèlement nous pouvons également trouver dans les représentations mythiques peintes.

Dans la vallée du fleuve Sépik, le développement de la christianisation des populations, durant les soixante dernières années, a produit de grands changements dans le monde des représentations. De nombreux mythes ont été oubliés et de nombreux rituels sont tombés en désuétudes. Cependant, la vie culturelle locale est encore très riche. Il est probable que l'apport récent de la télévision dans certains villages va de nouveau bouleverser ces sociétés.

Comment peut-on s'imaginer la quotidienneté d'un village du Sépik?

La quotidienneté d'un village sépikois est rythmée par le travail des femmes qui partent dès le lever du jour pour pêcher ou pour échanger leurs poissons les jours de marché. Alors que les femmes vaquent à leurs occupations, les hommes travaillent dans les jardins et sur les rives du
fleuve où ils sculptent des pirogues et toutes sortes d'objets destinés aujourd'hui à la vente pour les rares touristes. Le soir, nombreuses personnes de la communauté se réunissent dans une maison pour regarder la télévision (par satellite).

Pourriez-vous nous dire deux mots sur l'exposition « Le voyage de la Korrigane dans les mers du Sud » qui avait lieu au musée de l’Homme à Paris?

L'exposition "Le voyage de la Korrigane dans les mers du Sud", évoque le thème de la collecte dans les archipels océaniens. L'aventure du yacht La Korrigane, avec à son bord, neuf hommes d'équipage et les cinq membres de l'expédition: Etienne et Monique de Ganay, Charles et Régine van den Broek, ainsi que Jean Ratisbonne, est à ce titre exemplaire. L'exposition présente quelques-uns des plus significatifs documents qui furent rapportés par cette expédition-croisière (1934-1936) parmi les milliers de documents qui furent durant un temps déposés au musée de l'Homme.




Vue d'une des salles de l'exposition.

Interview : Susanna Lotz

Edité le : 23-06-04
Dernière mise à jour le : 05-08-02