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05/08/08

Interview avec Angelika Kirchschlager

Madame Kirchschlager, votre dernier CD vient de sortir chez Sony : c’est un album entièrement consacré à Bach. J’ai été surpris, je ne m’attendais pas à trouver vos deux noms associés - Kirchschlager et Bach.

On n’a pas souvent fait appel à moi pour Bach. Mais j’ai déjà chanté des choses de lui, et même avec Seiji Ozawa – qui n’est pas forcément un spécialiste de Bach, c’est vrai. J’avais déjà interprété la messe en si avec lui au Japon, dans le cadre de son festival – d’ailleurs il en existe un enregistrement que l’on peut maintenant trouver dans les bacs. Evidemment, Ozawa et Bach, c’est une affaire de goût. Moi, j’ai trouvé ça formidable ! Il met beaucoup d’émotion dans son interprétation – et je pense que la musique de Bach est chargée d’émotion ! Il faudrait trouver un équilibre entre le style et l’affect, ce serait parfait.

Qu’avez-vous enregistré ?

Des arias de cantates, de passions, de l’oratorio de Noël, d’autres choses moins connues – de moi en tout cas.
Y avait-il une raison qui motivait la sortie d’un album Bach précisément maintenant et avec vous ?

En fait, non. L’idée vient de Sony – et j’en ai été ravie car j’ai toujours souhaité chanter Bach. Mais personne ne m’y avait encore invitée.

On vous a aussi invitée à participer à un projet encore plus inattendu : vous avez le rôle principal lors de la première représentation de « Sophie's Choice » de Nicolas Maw à Covent Garden.

Je travaille le sujet depuis un an et demi, depuis que je sais que je dois le chanter. J’ai commencé par lire le livre, évidemment.

Pourquoi avez-vous été pressentie pour ce rôle ?

Je n’en ai aucune idée. Ils cherchaient quelqu’un avec un accent. Et j’en ai un. Il y a quelques temps, j’étais à Amsterdam avec un groupe d’Allemands et je me suis sentie terriblement provinciale, avec mon accent autrichien. Et puis j’imagine que c’est à cause de la position orientale de l’Autriche au sein de l’Europe. Une Autrichienne perçoit sans doute les choses différemment qu’une cantatrice anglaise, par exemple. J’ai tout un tas de vieilles tantes qui sont originaires de l’Est...

La Première sera un événement considérable, si non l’Evénement culturel en Angleterre : il aura lieu à Covent Garden, prestigieuse adresse, ce sera la première audition d’un opéra de Nicolas Maw, l’un des compositeurs majeurs de Grande-Bretagne ; l’œuvre est mise en scène par Trevor Nunn, grand spécialiste de Shakespeare, et elle est dirigée par Sir Simon Rattle. A votre avis, quelles sont les qualités qui font de vous l’interprète idéale du rôle principal ?

Pour ce rôle, il faut une cantatrice qui aime jouer. C’est mon cas. Je veux toujours aller au bout de mes limites. Il ne s’agit pas d’un rôle qu’il suffit de bien chanter. Comme beaucoup de mes autres rôles, que ce soit Cherubino, le Compositeur, Nicklaus ou Dorabella. Là aussi, il y a de la passion et du drame, mais tout est bien contrôlé, contenu et bridé par l’esthétique. Sophie, c’est autre chose.

Ce rôle vous fait-il peur ?

Oui, très. Non pas de ne pas y arriver. Mais de devenir le personnage, d’être devant le même choix que Sophie. Peur que son personnage ne me quitte plus. Je ne suis pas encore dedans, les répétitions sur scène ne font que commencer. Pour l’instant, aucun de nous n’est encore vraiment dans l’histoire, sur le plan émotionnel. Mon mari avait interprété le rôle de Hans dans « Weisse Rose » de Zimmermann. Une histoire horrible aussi mais plus « courante », celle de gens qui attendent leur exécution. Mais cette idée de devoir choisir l’un de ses enfants, c’est atroce.

Vous n’avez pas encore beaucoup chanté d’œuvres contemporaines.

Non, pratiquement pas, en fait. C’est drôle : mon CD de Bach, auquel personne ne s’attendait, sort alors que je vais monter sur scène pour chanter un opéra contemporain, ce que personne n’attend de moi non plus. C’est peut-être un tournant qui s’annonce dans ma vie, qui sait ?

Un autre événement s’annonce pour l’été : vous allez incarner Nicklaus dans une nouvelle production des « Contes d’Hoffmann », au Festival de Salzbourg. Est-ce vraiment votre première à ce festival ?

Oui, c’est mon premier opéra à Salzbourg. Jusqu’à présent, je n’y avais donné que des récitals.

Pour vous qui êtes originaire de Salzbourg, c’est certainement important ?

Je dois vous dire que le rapport que j’entretiens avec Salzbourg est ambivalent. D’abord, ça n’a jamais marché avec Salzbourg parce que monsieur Mortier ne voulait pas de moi. Ce n’est pas grave, un chanteur est une affaire de goût. Maintenant, monsieur Mortier est parti et moi j’y suis. Mais il y a encore des problèmes : on m’a proposé un rôle important dans une nouvelle production pour l’été 2004. Et puis voilà que tout est remis en question. Je chante très volontiers à Salzbourg. Mais ce n’est pas une obligation, si l’on ne veut pas de moi. Je ne veux chanter que là où l’on désire vraiment que je chante.

En avez-vous assez des rôles travestis ?

Non, bien que je préfère les rôles de femme. J’aimerais chanter Mélisande ; c’est une musique pour moi. L’art lyrique français me convient parfaitement. J’aimerais aussi chanter Charlotte et j’ai terriblement envie d’être Carmen. Ce n’est pas difficile à chanter. C’est un registre très agréable. Il faut juste la mise en scène adéquate. J’aimerais être une Carmen jeune, fraîche, qui ne fait pas peur.

Bonne chance pour tous vos projets !


Source : Das Opernglas 12/02
Avec l'aimable soutien de


Edité le : 22-04-04
Dernière mise à jour le : 05-08-08