Vous vouliez devenir journaliste, pourquoi avoir opté pour une carrière de comédien ? Comment le savez-vous ? Oui, c’est vrai, je voulais me tourner vers le journalisme. Mais à l’âge de 16 ans, mon grand désir a été de devenir comédien. Les premières années étaient épuisantes, je tenais des rôles très différents. Et un beau jour, on traverse une crise ; c’est normal, je sais que beaucoup de collègues sont passés par là.
Richard Burton disait de son métier que ce n’était pas une occupation pour un homme, un vrai !
Il est un fait que plus on vieillit, plus on pense à ce genre de choses. J’ai 35 ans, et pourtant, j’ignore si j’aimerais encore monter sur scène quand je serais plus vieux. Mon désir serait de vieillir dans la dignité et avec un certain sérieux. J’espère beaucoup y parvenir.
Avez-vous pris plaisir à vous glisser dans la peau d’Oswald, ce roi martial et belliqueux ? Oui, énormément ! Même si je ne savais pas au début dans quelle direction il fallait aller. Je savais qu’il était LE méchant, le Saxon, mais la dimension exacte de ce rôle ne m’est apparue que plus tard. Cela m’a beaucoup plu. Dans un opéra, on peut concevoir et interpréter un rôle avec plus de démesure que dans une pièce de théâtre dépourvue de musique et de danse. Au théâtre, l’économie de moyens est de mise. Toutefois, j’ai adoré forcer le trait.
De qui vous êtes vous inspiré pour jouer ce rôle ? Des méchants, il y en a à foison ...
Je n’avais personne de particulier à l’esprit. C’est quelque chose qui est venu de manière très spontanée, dès la première répétition. Ce qui a été décisif, c’était de me répéter : « Je suis le roi, j’ai le droit de tout faire, personne ne peut m’arrêter ». Dans la première scène, j’ai évidemment joué sur tous ces registres et j’en ai profité pour pousser les gens dans leurs derniers retranchements, les inciter à la révolte. J’ai eu envie de jouer avec ma voix, envie de faire le mal, de faire ce qui est interdit dans la vraie vie. Parfois, on joue à ça devant les enfants, mais il faut veiller à ne pas leur faire trop peur. Pour nos personnages, nous nous inspirons du théâtre pour enfants, sans trop réfléchi à la pertinence de notre jeu. L’important, c’est de laisser les choses suivre leur cours, c’est ça le grand art.
Vous connaissez M. Flimm depuis très longtemps car vous avez longtemps fait partie de la troupe du Thalia. Etait-il différent avec vous cette fois-ci ? Pendant les premières semaines, seuls les comédiens ont répété. Et c’était comme à l’habitude. La seule chose qui ait changé, c’est son envie de travailler dans d’autres disciplines et d’autres domaines. De ce fait, le centre d’attention s’est un peu déplacé. Il utilisait tout à coup un autre vocabulaire.
Comment cela ?
Par exemple, sur un plan professionnel, quand il parlait de musique avec les musiciens. En plus de cela, il arrive à s’adapter aux gens, il sait créer en un tournemain une ambiance qui ôte leur trac aux comédiens, cette incertitude qui les saisit quand ils veulent donner forme à leur rôle. Il nous a donné à tous le sentiment qu’il n’y avait pas lieu d’avoir honte. C’est ce qu’il y a de pire pour un comédien et cela arrive souvent avant les répétitions. Jürgen Flimm arrive à vous ôter de la tête ce filtre qui vous paralyse. Il a une grande sensibilité et se souvient parfois trois semaines plus tard de certaines choses ; il viendra alors vous dire : « Tu avais raison, on va faire comme tu as dis ». Altruisme, respect et écoute de l’autre, ce sont ses qualités.
Et Nikolaus Harnoncourt, comment intervenait-il ? Il nous faisait des compliments et apparemment, il était impressionné par notre jeu. Mais il ne s’est pratiquement jamais immiscé dans notre travail, sauf quand le volet scénique prenait le dessus sur la musique. Là par contre, il était très pointilleux.
Et pourtant, les comédiens semblent voler la vedette aux chanteurs.
Vous trouvez ? Ce qui m’a impressionné, c’est la manière dont Harnoncourt a ouvert une nouvelle voie aux chanteurs, mais aussi à nous les comédiens, en donnant des exemples simples mais parlants, et en faisant des associations. C’était très captivant.
Qu’est-ce que les comédiens peuvent apprendre des chanteurs ?
J’envie les chanteurs. Ils parviennent à créer des moments de grâce, de pure beauté, à la différence des comédiens qui n’y arrivent plus qu’avec d’autres moyens. Ils se distinguent par leur précision et leur faculté de concentration. C’est proche de ce que font les comédiens, mais les chanteurs ne procèdent pas de la même manière. Nous avons plus de liberté, nous ne sommes pas tenus à une partition dont chaque note doit être respectée. A la fin d’une scène, nous pouvons rattraper un erreur ou déplacer l’intrigue sur un autre coin de la scène. C’est ça qui me plaît tant dans le métier d’acteur.






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