Comment appréhender le rapprochement entre la France, et de manière plus large l'Europe, avec la Russie. Une interview exclusive avec Galia Ackermann, journaliste, essayiste, spécialiste du monde russe et post-soviétique. Une interview réalisée par Claire Stephan pour ARTE Journal.
ARTE Journal : Avec l'année France Russie, assiste-t-on à un réel rapprochement entre Paris et Moscou. Cela veut-il dire que les divergences politiques -notamment au sujet des droits de l'homme ou du Caucase- sont terminées au profit d'une coopération stratégique et économique tout azimut ?
ARTE Journal : Donc, vous le dites vous même, il n'y a pas que la France. Il y a l'Allemagne, depuis bien plus longtemps mais aussi l'Europe dans son ensemble qui collabore de manière étroite avec la Russie. Pensez-vous qu'on a un peu tendance à oublier les valeurs et les fondements de l'Europe, comme la démocratie, le pluralisme et justement la liberté d'expression, de création. Quel est votre sentiment?
ARTE Journal : Medvedev est-il pour Sarkozy un président plus acceptable, plus fréquentable que Vladimir Poutine, voire même plus démocrate ? Y a -t-il une vraie complicité?
ARTE Journal : Pour revenir à l'événement du jour, qui est l'inauguration de l'expo « Sainte Russie » par les présidents Sarkozy et Medvedev, quel est le rôle, selon vous, de l'Église en Russie aujourd'hui ? Cette exposition est justement placée aussi sous le signe de la religion. Est-ce d'une certaine manière pour faire oublier certaines horreurs de la réalité russe, comme le Caucase et les violations des droits de l'Homme ? Cette orthodoxie, aujourd'hui si omnipotente, contribue aussi à choisir l'image que la Russie véhicule à l'étranger? Et pour ouvrir l'année de la Russie en France, c'est une exposition non pas sur la création actuelle mais consacrée à l'art ancien russe d'avant le dix-huitième siècle qui est présentée.
ARTE Journal : Vous évoquiez le cas de l'art contemporain. Je souhaite évoquer avec vous le cas d'Andreï Erofeïev, l'ancien conservateur de la galerie Tretiakov qui est en procès depuis presque 10 mois en raison d'une exposition présentant des œuvres jugées blasphématoires par des groupements orthodoxes et antisémites. N'est ce pas là une bonne illustration des dérives autoritaires et ultra-conservatrices, voire moralisatrices de la Russie?
ARTE Journal : N'est-ce pas choquant, alors que personne aujourd'hui dans les instances culturelles françaises n'ignore le sort réservé à ces deux conservateurs et directeurs de musée, que leurs cas soient passés sous silence ?