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11/10/07

Interview de Giacomo Battiato

Le film "Karol - un homme devenu pape" a été présenté à Benoît XVI le mois après son élection en mai 2005 au Vatican, en présence de milliers de personnes. Par la suite, ce film a connu un véritable succès international. Interview du réalisateur Giacomo Battiato.

Pourquoi avoir choisi de traiter la vie du pape Jean-Paul II ?
Quand le producteur m’a proposé un film sur Karol Wojtyla je ne voulais même pas en entendre parler, j’ai refusé. Et j’ai longtemps persisté dans mon refus. Un film sur l’un des personnages les plus marquants du XXe siècle, si charismatique et médiatique : une pure folie ! En plus, même si j’ai reçu une éducation catholique, je ne suis pas croyant.
J’aime les biographies, et en même temps j’ai conscience des problèmes que pose un film biographique. Une vie ne peut pas tenir dans l’espace narratif d’un film. Je savais que de nombreux scénarios avaient été écrits sur Karol Wojtyla, sans qu’aucun soit exploitable. Pour finir, je redoutais de possibles interventions du Vatican. Toutefois, le producteur a tellement insisté que j’ai commencé à me renseigner sur Karol Wojtyla, son passé, ses origines. J’ai commencé à lire ses écrits, ses discours les moins connus, ses poèmes, les pièces qu’il a écrites dans sa jeunesse. Puis je me suis penché sur l’histoire de la Pologne et sa littérature. Il me semble que l’on ne peut comprendre Karol Wojtyla sans cela. Toutes ces lectures m’ont séduit, j’étais très intrigué et même fasciné par cet homme qui, à l’orée de sa vie, projetait de devenir acteur et dramaturge, de se marier et d’avoir une famille. Puis vint la guerre, la Pologne sous le nazisme. Karol a été témoin des pires atrocités pouvant être commises par l’Homme. Il a connu le désespoir à travers la solitude et la tristesse. Se considérant comme un survivant, il a alors décidé de changer complètement de vie, pour la consacrer à la défense de la dignité de chaque être humain. C’est une histoire superbe. C’est cela que je me suis finalement senti prêt à raconter dans un film.

Comment avez-vous choisi le comédien pour le rôle de Karol ?
Une des conditions que j’ai posées était que l’acteur qui jouerait Karol ait des origines slaves. Même si la plus grande partie du budget du film venait d’Italie, je n’aurais jamais accepté ni un acteur italien pour ce rôle (le premier pape non-italien en presque 500 ans !), ni un acteur connu américain, français, britannique ou autre. À mes yeux, il était essentiel, pour que l’acteur joue juste, qu’il ait une connaissance approfondie des origines du personnage, et cela était aussi nécessaire pour que les spectateurs de par le monde puissent bien le comprendre. C’est en Pologne que j’ai eu la chance de trouver l’acteur idéal. La première fois que j’ai
rencontré Piotr Adamczyk, j’ai remarqué ses yeux, la bonté de son regard, son humanité, sa simplicité. Puis j’ai visionné les films dans lesquels il avait joué. Il est venu à Rome, on a passé du temps ensemble
et nous avons eu de longues séances journalières de répétitions. Et finalement, j’ai pris ma décision. J’en suis très heureux aujourd’hui : ce fut une longue et riche aventure avec cet acteur réceptif et talentueux,
qui a joué le rôle avec tant de vérité et d’émotion, de 20 ans à 80 ans. Curieuse impression : dans la première partie je le traitais comme mon fils, dans la seconde comme mon père.

Le Vatican connaissait-il votre projet de film avant le tournage ? A-t-il eu un droit de regard ?
Comme je l’ai dit, je craignais de possibles interférences de la part du Vatican. Au début de la rédaction du scénario, j’ai donc demandé à rencontrer la personne au Vatican qui visionnerait le film. Cette personne était Pawel Ptasnick, un prêtre polonais secrétaire de Jean-Paul II. Il m’a tenu à peu près ces mots sur Karol Wojtyla : « Le pape n’est pas présomptueux au point de vous dire quoi faire. Vous êtes un auteur, vous avez votre personnalité et votre perception des choses. Travaillez comme bon vous semble. » J’étais très étonné : rien à voir avec l’idée que l’on se fait de la censure du Vatican ! Et ils savaient que je ne faisais pas une hagiographie – il ne le souhaitait pas – et que mon film serait un regard posé sur cette immense personnalité. Tout au long du film, quand j’avais besoin d’informations ou de détails, ils m’aidaient beaucoup sans jamais essayer d’imposer quoi que ce soit.

Deux parties étaient-elles prévues dès l’origine du projet ?
Non. Pour moi, après la 1ère partie, l’aventure était terminée. Puis, suite aux excellentes réactions qu’a suscitées le film dans le monde, on m’a demandé de faire une deuxième partie. Décision difficile. Dans la partie 1, j’avais raconté une histoire presque inconnue : un homme qui, en Pologne, traverse l’horreur du nazisme – en tant qu’apprenti acteur et écrivain – et la nuit du communisme – en tant que prêtre et philosophe. Un homme transformé par ces deux expériences. Mais Karol en tant que pape ? Tout le monde le connaît ou du moins croit le connaître. Alors, que faire ? Une énième fiction documentaire ? Quelle est l’histoire ? Quel est le film ? J’ai décidé de raconter l’histoire du « pape de ceux qui souffrent », partant d’une phrase qu’il a dite en Inde parmi les lépreux : « Si seulement je pouvais être le pape d’ici, et non pas du Vatican ». Tellement représentatif de sa personnalité profonde. Cet homme profondément humain qui, en sa vieillesse douloureuse, voit l’échec de tous ses rêves : la spiritualité de l’Est qui se réveillerait après le communisme et ignorerait le capitalisme le plus sauvage, les religions comme instruments de paix, un monde plus « humain ». Malgré l’échec de ses rêves les plus chers, il s’est battu jusqu’au dernier souffle pour donner espoir aux plus désespérés. J’aime à me remémorer une ligne d’un de ses poèmes : « …peut-être la vie est-elle une vague d’émerveillement, une vague plus haute que la mort ? »

Edité le : 10-10-07
Dernière mise à jour le : 11-10-07