Bruno Bich : Parlant de la percée il faut préciser qu’à l’époque les stylos à bille existaient en Europe et en Amérique du Nord, mais ils étaient chers et leur qualité n’était pas encore au point. Quand mon père a dessiné le Bic Cristal, après avoir construit des pièces de stylos à bille pour d’autres fabricants, son idée était de faire un objet très fonctionnel, très pur et d’en garantir sa qualité ; il avait acheté pour cela des machines d’une très grande précision. De fait, le Bic cristal était vraiment un produit de qualité qui répondait aux besoins des consommateurs d’une manière bien supérieure à tout ce qu’il y avait eu avant et à un prix beaucoup plus raisonable.
Le Bic Cristal a plus de 50 ans et son design n’a pas changé, comment expliquez-vous que ce design soit toujours dans l’air du temps ?
Le design intemporel du Bic cristal s’explique surtout par sa simplicité et sa pureté. Il se rappoche de celui d’un crayon mine ; il est octogonal, comme cela se faisait à l’époque et il est transparent, pour que les utilisateurs sachent où ils en sont de la consommation d’encre.
ARTE : Ce sont donc pour des raisons pratiques et fonctionnelles que le design du Cristal est né ?
Absolument. Il y avait aussi le bouchon et le capuchon qui indiquaient la couleur de l’encre. On peut dire que le principe du dessin est vraiment resté le même. Depuis, nous avons arrondi un peu les angles des facettes du corps pour qu’il soit plus agréable à la main, et nous avons allégé son poids d’environ 33% pour utiliser moins de plastique et contribuer au respect de l’environnement.
Quelle relation voyez-vous entre l’objet et le design? Quel rôle le design doit-il remplir vis-à-vis de l’objet?
Le design peut permettre de mettre en valeur la spécificité d’un produit. Il doit surtout réflèter les meilleurs atoûts du produit. L’esthétique d’un produit doit aller de pair avec sa qualité et son efficacité. Il faut que les trois choses soient réunies.
L’entreprise BIC s’engage à respecter l’environnement. Cependant les produits vendus, sont des produits jetables, est-ce vraiment cohérent ?
Notre philosophie est d’offrir la meilleure qualité au meilleur prix. Dans le Bic Cristal, par exemple, il n’y a rien de superflu. On ne peut pas se passer du capuchon, ni du bouchon. Nous produisons des objets qui sont utilitaires, mais nous offrons aussi des produits qui permettent au consommateur de se faire plaisir. Pour tous ces produits, nous réduisons au minimum les emballages. Nous offrons aussi des produits rechargeables ; nous laissons le choix aux consommateurs, mais nous constatons qu’ils achètent moins de recharges que de stylos non rechargeables.
Pourtant, actuellement la tendance occidentale est de diminuer la production et la consommation de produits jetables, qu’en pensez- vous ?
Je pense qu’il faut continuer à chercher à utiliser le moins de ressources naturelles possible et le faire d’une manière intelligente. C’est ce que nous faisons par exemple en intégrant progressivement une démarche d’éco-conception dans nos processus de recherche et développement de nouveaux produits d’écriture. Dans le rasage, l’analyse du cycle de vie a montré que l’impact principal vient de l’eau qu’on utilise en se rasant. Il faut donc réfléchir d’une manière analytique et effective.
Serait-il possible de produire le Bic Cristal et le rasoir dans des matériaux recyclables ?
Pour l’instant, aucun plastique recyclable ne répond à nos besoins, tant au niveau de la quantité que de la qualité. Si demain un des fabriquants de platique nous le propose, nous serions très ouverts.
Interview de Maike van Schwamen, 27 septembre 2005






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