Visite virtuelle sur l'île Moya 1
Visite virtuelle sur l'île Moya 2
Visite virtuelle sur l'île Moya 3
ARTE : Qu’a représenté pour vous la découverte de Second Live ? Vous intéressiez vous aux mondes virtuels avant ?
MOYA : J'ai toujours voulu entrer dans l'image, être une créature plutôt qu'un créateur. Pendant mes études à la Villa Arson de Nice, dès 1973, j'utilisait la vidéo en direct pour tenter d'effacer le créateur au profit de la créature. Ensuite, j'ai posé comme modèle nu aux Beaux-Arts, ce qui était également une manière d'être la créature. Avant Second Life, j'ai tenté de créer mon propre monde virtuel comme un jeu vidéo et de vendre à des collectionneurs des parcelles de ce monde ou des sculptures virtuelles qui s'y trouvaient. Mais je n'ai pas eu l'envie de travailler plus à fond dans la technique pour en faire un univers accessible d'autant que Second Life était apparu. Alors je suis entré dans Second life et je n'en suis plus sorti.
ARTE : Aujourd’hui que représente l’île Moya dans votre travail, dans votre vie ?
MOYA : Second Life a pris la place la plus importante dans ma vie - quelquefois trop car n'étant pas professeur et ne vivant pas encore de Second Life, il faut que je fasse des toiles pour vivre et pour financer mes univers mais j'ai de plus en plus de mal à m'en détacher pour aller peindre.
ARTE : Ne trouvez-vous pas absurde de devoir vendre des toiles réelles pour pouvoir bâtir votre musée dans le SL ? Quel investissement en terme de coût cela représente-t-il ?
MOYA : Vendre des toiles a été longtemps comme une alchimie très jouissive mais Second Life l'est également. Une île revient à 300 dollars mensuel pour payer les frais de serveur qui servent à la faire tourner - et j'en ai deux. Cela finit par représenter le loyer d'un studio mais heureusement sur SL, je dispose de 65000 mètres carrés par île, ce qui laisse de quoi s'amuser.ARTE : Qu’en pensent vos collectionneurs ? Vous suivent-ils dans cette aventure ? En avez-vous rencontré d’autres grâce à Second life ?
MOYA : Les collectionneurs de peinture ne comprennent pas toujours ce travail dans Second Life, sauf un de mes galeristes qui y croit. Par contre il m'est arrivé de rencontrer sur SL des personnes qui ont des oeuvres à moi- récemment j'ai rencontré un japonais qui avait une de mes sculptures : je l'ai emmené dans l'un des musées de mon île où se trouve la reproduction de cette oeuvre. Je croise également des taïwanais qui connaissent les grandes sculptures que j'ai réalisé là-bas.
ARTE : Détrompez moi: dans Second Life vous ne pouvez rien vendre n’est-ce pas, mais pouvez–vous créer une œuvre dans la propriété d’un autre ?
MOYA : Bien que ça ne soit pas le but pour moi, je vends parfois des œuvres dans SL à des personnes qui visitent mon île et veulent mettre une de mes œuvres dans leur maison ou galerie virtuelle. Le Crédit Agricole m'a acheté une œuvre pour le bureau virtuel de Second Life.ARTE : Bien avant le web 2.0, vous aviez je crois déjà réalisé des films en 3D dont Dolly est l’un des personnages. Pouvez-vous nous raconter cet épisode de votre vie ?
MOYA : J'ai utilisé les premiers ordinateurs MO5 de Thomson dans les années 80, qu'on programmait en langage basic. Pour réaliser ensuite mes grandes sculptures en acier, j'ai utilisé un logiciel de 3D (cinema 4D) et aussitôt j'ai pu animer mes œuvres et faire des films, d'où l'idée de créer un univers virtuel dans lequel on pouvait vendre ces œuvres virtuelles. Ensuite, à l'occasion de chaque exposition, j'ai fait des films, comme par exemple pour les soirée techno Dolly Party en tant que VJ.
ARTE : Pouvez décrire la différence d’état, de contrainte, de concentration qu’exige la réalisation 3D par rapport à la peinture ? Qu’est-ce qui vous rend le plus heureux aujourd’hui en tant qu’artiste : bâtir votre univers dans SL ou peindre des toiles ?
MOYA : Peindre me rend heureux physiquement à cause sans doute des endorphines qu'engendrent les mouvements du corps, surtout quand je fais des toiles de 4 ou 5 mètres à toute allure pour les soirées "Dolly Party" ou pour le festival du cirque de Monte-Carlo. Etre assis devant l'ordinateur est parfois un peu fatiguant mais en compensation, on a la maîtrise complète d'un univers visitable et dans lequel on croise le spectateur : le hasard de ces rencontres quotidiennes et la vie très riche sur SL compensent le fait de rester devant un écran. Même sans bouger, on a le plaisir inouï de déplacer d'énormes sculptures, de voler ou même de danser dans une soirée.ARTE : Quels sont les outils que vous avez dû développer pour y implémenter vos œuvres dans SL?
MOYA : Aucun car tout est dans SL, c'est un univers parfaitement abouti : on a droit a un logiciel similaire à un logiciel de 3D qui permet de tout faire. Le langage des scripts est spécifique à SL mais on peut récupérer pas mal d'éléments déjà prêts - et souvent gratuits - dans différents forums. D’ailleurs, je pense que certains "builders" (ceux qui se spécialisent dans la construction de bâtiments ou d'objets à vendre ou sur commande ou pour des expositions) sont aussi des artistes.ARTE : Mario Gerosa le commissaire de l’exposition où vous êtes invité à Florence compare le phénomène SL à celui d’une « Renaissance virtuelle » considérant que l’art émane cette fois du peuple, des gens, du public. Vous êtes d’accord avec cela ?
MOYA : Avant, on disait aux artistes "mon fils peut en faire autant", maintenant on dit "mon fils en fait autant" ou "mon fils l'a déjà fait" … En plus c'est souvent vrai.
Ce qui ne veut pas dire que l'artiste n'existe plus mais qu'il doit redéfinir sa spécificité qui est, selon moi, de "tout faire". Comme à l'époque de la Renaissance, l'artiste peut se permettre aujourd'hui de retrouver cette forme d'universalité : être partout, toucher à tout, utiliser tous les médias… D'une manière différente de la Renaissance, sans doute, mais avec la même volonté d'universalité.
L'art contemporain l'y autorise car s'il se spécialise ou se fige, il perd la partie, face au grand architecte ou au grand designer. Je crois que l'art va passer de l'idée qu'il doit absolument être contemporain (ce qui veut dire en avance) à l'idée qu'il est simplement présent. Et c'est largement suffisant, car dans le présent, il y a des futurs qu’ on ne soupçonne pas.
ARTE : Pensez-vous que ce soit un épiphénomène ou est-ce quelque chose que vous voyez émerger dans d’autres champs d’expression artistique plus classiques ?
MOYA : A chaque nouveau medium, on est tenté de faire correspondre une avant-garde spécifique en appliquant les méthodes de l'art contemporain (le vide, la cassure, le trop, le décalé, le choquant, etc.), alors que, d'après moi, le problème n'est plus là.Le médium, que ce soit un univers virtuel comme Second Life, un réseau communautaire ou même le net en général, est un vecteur sur lequel l'artiste ne doit pas perdre son temps à travailler, à réfléchir et encore moins à faire de son art la démonstration de ses réflexions.
Il faut au contraire rendre ce medium le plus transparent possible, afin d'atteindre le spectateur dans une relation directe et instantanée. Quand je suis dans Second Life, la technique est absente et même la réflexion artistique : je suis comme une créature dans l'œuvre qui ignore tout de l'acte de création. En ce sens, on s'éloigne complètement de l'art contemporain et encore plus de l'art numérique.
En fait, Second Life n'est pas un outil pour l'art contemporain ni pour l'art numérique, il ne s'y prête pas très bien, mais il est un outil pour l'artiste au delà de l'art car il offre un univers qui n'a pas à être exposé ou mis en scène mais seulement à être visité.
ARTE : Comment aimeriez-vous que ce monde virtuel évolue ?
MOYA : Le Web 3D va selon moi devenir la norme : je ne sais pas si ce sera Second Life mais en tout cas, cet univers virtuel a une avance considérable.
Je suis également présent sur d'autres univers mais ils sont très loin derrière SL.
Par contre, il faudra que les avatars puissent voyager d'un monde à l'autre : chacun possèdera son île comme on a aujourd'hui un site ou un blog, chez des hébergeurs différents et on pourra passer de l'un à l'autre.
Quelques livres
Les livres "sont en vente sur la Boutique ebay DERIVED'ARTLa chapelle MOYA
par Florence Canarelli
aux éditions Melis
Pour tout savoir sur la chapelle peinte par l'artiste niçois Patrick MOYA, à Clans, Alpes Maritimes. Sur les murs d'une petite chapelle de montagne, MOYA raconte la vie de saint Jean-Baptiste à sa façon très personnelle - à base d'autoportraits ! Retrouvant pour l’occasion son ancien métier de modèle dans les académies de beaux-arts, Patrick MOYA se prend lui-même en photo pour se portraiturer en ange ou en bourreau, en adolescent, en vieille femme, en saint Sébastien ou en Christ. Pas aussi sacrilège qu’on pourrait l’imaginer, la fresque signée MOYA est de facture classique, réaliste : un art catholique figuratif dans la tradition de la Renaissance ... remixé avec une symbolique propre à notre époque...
MOYA practical tourist guide, 2008
Edité par l'office du tourisme du Moya Land, ce petit guide vous emmène en visite sur l'ile Moya, "une destination de rêve". Hébergée par Second Life, l'ile Moya est l'une des plus belles destinations du web 3D. Tout ici s'inspire de l'oeuvre de l'artiste Moya Janus, ex-Patrick Moya ! Pour une immersion virtuelle dans l'oeuvre de l'artiste revisitée sur Second Life.
Le cas MOYA
Par Florence Canarelli
Une psycho-journaliste dans les coulisses de l'art. Pour tout savoir sur l'artiste niçois Patrick MOYA, depuis les ressorts psychologiques de sa créativité jusqu'au pourquoi de ses thèmes fétiches.
Quelques liens
>> Le site officiel de MOYA>> Patrick Moya, ou la tentation d'une île - sur le site de Florence Canarelli
>> Patrick Moya sur Wikipedia






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