Le site se trouve à côté du cimetière où Paul Klee repose. Et tout a commencé avec une première visite du lieu, où on a découvert ces collines douces, légères. Dans une certaine mesure, le dessin du bâtiment était déjà un petit peu là, dans les rayures du terrain, les collines… Et c’est comme ça qu’on a commencé par "labourer le champ", comme si on était des paysans avant d’être des architectes, par sculpter le terrain pour qu’il finisse par devenir un bâtiment, à travers une sorte de métamorphose. C’est une idée qui appartient à la poétique de Paul Klee, à sa modestie aussi.Pas de fausse modestie
Un chantier comme ça ne peut pas être non plus trop modeste, n’exagérons pas. Un bâtiment institutionnel pour Paul Klee, qui va durer je l’espère des centaines d’années, des milliers peut-être, c’est en tout cas l’idée folle qu’on a en construisant un musée, il faut que ça dure l’éternité ! Donc qu’il ait sa force, une certaine gueule, sinon ce serait de la fausse modestie. Le chantier du Centre Paul Klee m’a toujours donné du bonheur, parce que l’échelle est bonne. Les espaces sont grands, il y a de l’air, mais le bâtiment n’est pas monumental.Ce bâtiment est grand…dans l’esprit ! C’est la volonté d’un regard vaste. Il s’élève à proximité d’un grand champ de blé, avec ses vibrations, ses variations à travers les saisons, avec le vent, l’hiver, la neige qui est magnifique. C’est presque une zone de silence qui prépare la rencontre avec Paul Klee.
Un centre culturel
Nous avons en gros trois collines dans le musée : une grande, une moyenne au centre et une plus petite. La grande concerne plutôt les relations avec autrui : la musique, les congrès, les rencontres. La deuxième est vraiment dédiée à Paul Klee lui-même, avec les expositions permanentes et temporaires. La troisième est un centre de recherche. La plus grande exposition de son œuvre sera là, protégée contre le temps et les barbares, à jamais… Et ça c’est déjà la première fonction d’un musée. Mais il y a aussi les copains de Paul Klee, la culture de Paul Klee, Kandinsky, le Bauhaus…C’est donc un centre qui tourne autour de la figure de Paul Klee, et autour du rêve selon lequel les frontières entre les différentes disciplines artistiques n’existent pas.Aux sources de l’œuvre
Dans l’œuvre de Paul Klee, on peut tout trouver : la nature, les arbres, les terrains, les champs, les gens, les personnes, les oiseaux… Il parle le langage de l’art visuel, de la peinture, du graphisme, des signes. Il a toujours pensé être aussi musicien, il est mort sans trop bien savoir. Mais il ne faut pas se tromper. Si Paul Klee est dans cette œuvre d’architecture, profondément, ce n’est pas de manière littérale, c’est par sa poétique : une certaine légèreté, une certaine ironie, un certain bonheur, une certaine allégresse, une certaine innocence, par le drame aussi qui était contenu dans son œuvre.Entre sacré et profane
Nous avons cherché à créer, sur le plan acoustique et sur le plan physique, un lieu presque métaphysique, hors du monde. Tout est blanc, tout est simple ; les tableaux sont aux murs, les murs sont suspendus, ils s’arrêtent à deux centimètres du sol. Cela permet de créer une sensation de légèreté. Et il y a des velum en toile sur lesquels on a travaillé un an et demi pour doser la quantité de lumière et de transparence, parce qu’on veut que les œuvres de Paul Klee soient dans un espace qui vibre et qui respire et en même temps, qui donne un sens d’intimité. La dimension de l’innocence est aussi très importante. Et il y a une rue couverte qui est en quelque sorte l’espace profane – car dans un musée, il s’agit toujours de mélange entre le sacré et le profane.Propos recueillis par Susanna Lotz







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