Vous êtes l’aînée des enfants de Jehudi Menuhin et son unique fille. Il semble que vous étiez très proche de lui. Qu’aviez-vous en commun, en dehors de votre ressemblance physique ? Z. M. : Peut-être ce côté introverti, ce penchant à philosopher, et l’amour de la musique. Nous ne nous parlions pas beaucoup mais nous étions très liés. Il était fort occupé, comme vous le savez.
- Quelle a été votre enfance ?
J’ai grandi en Amérique, à New York, mes parents ont divorcé quand j’avais huit ans. A onze ans, j’ai quitté ma mère et rejoint mon père en Europe, entre-temps il s’était remarié. Il m’a emmenée en Suisse allémanique et m’a inscrite dans un internat. Je suis restée avec lui jusqu’à ce que je sois devenue adulte, puis je suis aussi allée en France.
- Pour une petite fille, c’est une décision difficile de laisser sa mère à New York et de s’installer chez un père qui est très pris…
J’adorais mon père. Nous avions beaucoup d’affinités. Ma mère n’a pas toujours été heureuse, c’était difficile pour moi quand j’étais enfant. Je me sentais souvent seule. Diana Gould, ma belle-mère, m’a accueillie à bras ouverts, et puis j’ai retrouvé là-bas mes deux demi-frères. On ne peut pas vraiment changer les choses, il faut accepter son destin - et mon destin, c’était mon père. Ce fut un changement radical… En Amérique, vous savez, les choses marchent autrement. Je dois dire aussi que je me suis toujours sentie européenne.
- Qu’avez-vous fait après votre scolarité ?
J’ai fait des études d’art et de français, pendant deux ans, en France. Puis je suis partie pour la Grande-Bretagne où j’ai fait la connaissance d’un pianiste chinois dont je suis devenue l’agent. Il a fallu que je prenne tout en mains, il ne voulait rien faire d’autre que jouer du piano, répéter et voyager.
- Cela ne vous rappelait-il pas votre père ?Si, en effet (rires). Seulement, quand on est aussi connu que l’était mon père, on est entouré d’un tas de gens chargés de vous faciliter la vie. Ce n’était pas mon cas. Pourtant, cette période a été très intéressante. Un garçon est né de cette union et il fallait aussi que je m’en occupe. Aujourd’hui, il est déjà presque vieux… il a 42 ans.
- Vous vous êtes séparée de votre mari…
Oui, et j’ai alors vécu huit ans seule avec mon fils. Puis j’en ai eu assez de mon activité d’agent, c’était devenu très difficile. Je suis partie pour l’Italie et j’ai travaillé pour les éditions Mondadori. J’ai inscrit mon fils dans un internat suisse. Au bout de huit ans, je suis retournée en Grande-Bretagne, pour retrouver mes racines. C’est là que j’ai rencontré mon second mari, un anthropologue.
- Le nom de Menuhin ne vous a-t-il jamais paru lourd à porter ?
Non, jamais. Lorsqu’on porte un nom célèbre, c’est vrai qu’on attend beaucoup de vous. Mais j’aimais mon père, je croyais aux mêmes choses que lui. J’aimais sa façon d’être avec les autres. Je n’ai jamais eu l’ambition de devenir musicienne, peut-être que cela a facilité nos relations. J’imagine que, pour mes frères, cela a été plus difficile.
- Votre frère Jeremy est pianiste, mais il paraît que Gerard, un autre fils du second mariage de Yehudi Menuhin, écrirait des commentaires dans la presse d’extrême droite ?
C’est un sujet très pénible pour moi, bien que je ne lui aie plus parlé depuis 25 ans. Je ne désire pas m’étendre sur ce sujet.
- Dans le monde entier, votre père était incontestablement considéré comme une autorité morale, presque comme un monument. En famille, à la maison, jouait-il un rôle de rassembleur ?
Je crois que le comportement de mon frère serait différent si mon père était encore en vie. Je ne veux rien dire de plus là-dessus.
- Votre père a laissé d’innombrables enregistrements. Il assumait par ailleurs la responsabilité de toute une série d’organisations et de projets, dont la Yehudi Menuhin School.
L’office religieux à la mémoire de mon père a été célébré dans un cadre somptueux, l’Abbaye de Westminster, en présence de têtes couronnées. En sortant, deux femmes sont venues à ma rencontre. Elle m’ont dit qu’elles avaient besoin de mon soutien pour diverses organisations, notamment pour « Live music now » (LMN).
L’objectif de cette association est de trouver de jeunes musiciens doués capables d’éveiller l’intérêt pour la musique de personnes qui ne vont jamais à des concerts, ou qui se trouvent en situation difficile, dans des foyers d’accueil pour SDF, des hôpitaux... Je suis présidente d’honneur et je fais de mon mieux. Pendant des années, j’ai collecté des fonds mais il est arrivé un jour où j’ai remarqué que je n’étais pas vraiment faite pour ça. En Allemagne, vous avez une conscience sociale très développée. Pendant cette période, j’ai rencontré des gens merveilleux. Qui ont à la fois la musique au cœur et qui savent aider les autres.
Propos recueillis par Teresa Pieschacón Raphael






Envoyer à un ami
RSS
Facebook
Twitter